Cf. le chapitre suivant
3. C'est en particulier l'opinion de M. Morf. Il considère comme certain, que le lignum dominicum était déjà à Aix du vivant de Charlemagne. Cf. Romania, XIII, p. ai6.
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Tout ainsi semble concourir à diminuer l'importance d'Aix-la-Chapelle, pour grandir au contraire celle de Compiègne et d'Orléans. Leur popularité de fraîche date ne pouvait en effet que gagner à les voir traitées en contemporaines et en égales de la vieille basilique carolingienne. Le récit a certainement été écrit au moment, où, par suite du démembrement de l'empire de Charlemagne, Aix devenue pour les Français une église étrangère perdit à leurs yeux beaucoup de son prestige et de son importance.
Dès le règne de Charles le Chauve, mais surtout au x* et au XI* siècles, s'élèvent sur la terre de France des sanctuaires nationaux, que crée ou protège la faveur royale, dont la célébrité, la popularité se forment aux dépens d'Aix-la-Chapelle et de ses reliques. Les plus importants furent, avec l'abbaye royale de Saint-Denis et l'église de Chartres, précisément les deux qui dans le récit de la Saga sont mentionnés concurremment avec Aix, le cloître de Saint-Corneille de Compiègne et l'église Sainte-Croix d'Orléans. De bonne heure, leurs efforts durent tendre à effacer le prestige qu'Aix avait pu conserver sur l'imagination populaire. Ils durent cherchera se constituer un passé glorieux, à égaler l'ancienneté, l'illustration et les richesses de la chapelle de Charlemagne. C'est ainsi, que le récit de la Saga se représente en effet la situation de Compiègne et d'Orléans par rapport à Aix. On peut donc considérer ce récit à la fois comme l'écho, le témoin et peut-être l'instrument des ambitions et des prétentions de ces deux églises. Si nous ne pouvons discerner tout d'abord, laquelle des deux tenait le plus au cœur de l'auteur, il est du moins légitime de supposer, que cet auteur était un clerc français, tout disposé à sacrifier la gloire d'Aix-la-Chapelle pour le plus grand honneur des deux sanctuaires de Compiègne et d'Orléans.
Il est cependant possible de voir, qu'entre les deux il ne tient pas la balance égale, et que c'est surtout de Compiègne qu'il entend servir les intérêts. C'est son Suaire qui, dans l'énumération des reliques données à Charles par le roi grec, occupe la première place. « Il lui donna un morceau du Suaire avec lequel Notre-Seigneur avait essuyé sa sueur, après qu'il eut parlé au peuple, et sa hosa et une partie de la Sainte Croix, et la pointe de la lance qui lui avait
CouLET. — Voyage de Charlemagne en Orient. ii
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percé le flanc, et la lance de saint Mercure. . » Si, plus loin, au moment de la « désevrée » des reliques, Charles donne d'abord à Aix la hosùy c'est une concession, destinée à renforcer la vraisemblance du récit, et qui était presque imposée par la donnée générale. Dans l'histoire comme dans la légende, Aix était la résidence habituelle de l'empereur. C'était de là, qu'il était parti pour son voyage en Orient comme pour toutes ses expéditions, et c'était à Aix, qu'il devait naturellement retourner, avant d'aller à^ Orléans ou* à Compiègne. Au surplus, Compiègne garde toujours le pas sur Orléans, et le Suaire lui est attribué, avant que le lignutn dominicum le soit à l'église de Sainte-Croix.
Il n'est pas exagéré d'inférer de l'ordre, où sont énumérées les reliques, les préférences et les partis pris de l'auteur. C'est ainsi, que dans la Description si manifestement écrite par un clerc de Saint- Denis en faveur de son abbaye, ce sont les reliques de Saint-Denis, le clou, la couronne d'épines et le bois de la Croix, qui figurent au premier rang. Le Suaire qu'elle cite comme appartenant à Compiègne et les reliques dont elle concède à Aix la possession ne sont au contraire énumérées qu'après. Il paraît donc naturel de supposer que le récit, tournant à la plus grande gloire de Compiègne, a dû être écrit par un de ses clercs. Nous savons, en effet, qu'antérieurement à la grande popularité de Saint-Denis c'est surtout Compiègne, qui s'efforça de s'imposer à la vénération des fidèles et, précisément, en prétendant tenir la place occupée par Aix-la- Chapelle, au temps de Charlemagne. Ainsi que l'a montré M. Morf, la légende de sa fondation a été exactement calquée par son clergé sur celle de la chapelle d'Aix *. Non seulement Charles le Chauve y joue le même rôle que Charlemagne dans celle-ci, mais les circonstances et les détails s'y retrouvent les mêmes. C'est Charles le Chauve qui construit l'abbaye, qui la dote, qui lui confère ses privilèges et, si dans l'acte de fondation de 877, il n'est pas question des reliques qu'il lui aurait attribuées, du moins, quand elle eut acquis ses reliques, est-ce de sa libéralité qu'elle prétendit les tenir. Certains