‹ Publications spécialesChapitre 89 sur 274 · I. V objet de la Descriptio et sa composition · texte numérisé non relu

I. V objet de la Descriptio et sa composition

Le troisième texte, où se retrouve mise en œuvre et développée la légende du Voyage en Orient, se présente à nous avec un caractère très net, et se révèle tout d'abord comme un récit clérical, à tendances plus ou moins édifiantes, mais destiné surtout à soutenir certains intérêts. Son objet précis est défini par le titre que lui donnent la plupart des manuscrits : Descriptio qtialiter Karolus Magnus clavum et coronam a Constântinopôli Aquisgrani delulerit qualiterque Karolus Calvus hec ad Sanctum Dyonisiutn retulerit\ C'est expressément une histoire des deux grandes reliques de Saint-Denis, destinée à expliquer leur présence dans la célèbre abbaye et l'établissement

I. Tel est le titre que porte le récit dans l'édition qu'en a donnée M. Rauschen, d'après deux manuscrits, l'un de Paris (Bibl. Nat. latin, no 1 2710) et l'autre de Vienne (Hofbibliothek vfi 3398), dans son ouvrage, paru en 1900 et intitulé Die Légende Karls des Grossen im Kl und XII JahrhuTtderi, pp. 103-125. lia utilisé également les différents textes de la Fi ta Karoli Magni, composée peu après 1 165 sur Tordre de Tempereur Frédéric I, et qui s'est, comme on sait, incorporé purement et simplement la plus grande partie de la Descriptio. Sans avoir eu, semble-t-il, connaissance du travail de M. Rauschen, M. Castetsa publié en 1902 {Revue des langues romanes, XXXVI, pp. 417 sq.), sous le titre d lier Hierosolymitanumy le texte de cette même Descriptio, d'après un manuscrit de Montpellier, qui représente une tradition assez particulière et renferme des variantes importantes. Enfin, une autre copie de ce texte, qui fut très répandu, se trouve dans le manuscrit de la Bibl. Nat. latin, no 5997, fo 80 — fo 92. Cf. Riant Archives de F Orient latin, II, p. 139. Il serait à souhaiter qu'on étudiât comparativement ces différentes copies afin de donner de la Descriptio l'édition critique qui nous manque.

ÎJO CHAPITRE IV

en leur honneur de la fète annuelle, autour de laquelle se développa la fameuse foire de TEndit.

C'est à tort, en effet, que l'on a parfois considéré l'histoire des reliques comme la partie accessoire du récit, comme l'ornement littéraire destiné a masquer son véritable dbjet. La DescriptiOy d'après certains', n'aurait été écrite que pour prêcher la Croisade. Elle appartiendrait à la littérature spéciale, qui, vers la fin du xi^ siècle, se répandit par les soin du clergé pour enflammer le zèle des popubtions chrétiennes. Elle serait un <r exciutoire », analogue à la fameuse lettre de l'empereur Alexis et à tant d'autres écrits plus ou moins authentiques, qui racontèrent alors les souffrances subies par les chrétiens de Palestine. Sans doute, la situation de la Terre Sainte, telle que nous la dépeint la Description présente beaucoup d'analogie avec l'état de choses créé par la conquête turque et qui détermina l'intervention de l'Europe. Charlemagne va en Orient pour mettre un terme aux malheurs des chrétiens et au scandale, que cause la possession des Lieux Saints par les infidèles ^. Ce sont les mêmes raisons, qu'invoquait le clergé, vers la fin du xi* siècle, pour décider les peuples à prendre la croix. La légende du Voyage en Orient pourrait donc n'avoir été remise en œuvre, que pour proposer en exemple le zèle pieux de Charlemagne.

Cependant le peu de développement, donné par la Descriptio au récit proprement dit de la Croisade, et la disproportion considérable de cette partie avec le reste du récit auraient dû suffire à attester, que là n'étaient ni son véritable intérêt ni son objet propre. Le tableau des malheurs de la Terre Sainte, les lettres de l'empereur grec et du patriarche ne sont que des détails, ajoutés pour rendre vraisemblable l'expédition de Charlemagne '. Cette croisade, qu'il eût fallu vraiment raconter, pour agir sur la piété des lecteurs, intéresse si peu l'auteur lui-même, qu'il n'en rapporte ni une circonstance ni un épisode^. Une anecdote assez bizarre, relative à un oiseau qui parle

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