I. Cf. Rauschen, Die Légende Karls des Grossen, pp
La DESCRIPTÎÔ de SAINT-DEÏÎlS 17^
dans son récit les deux premières, alors qu'il laissait de côté la troisième, étrangère en effet à l'histoire de Charlemagne. De même, la plupart des historiens d'Aix-la-Chapelle ont considéré la Descriptio comme contenant une histoire de ses reliques, et n'ont pas hésité à l'utiliser comme telle. C'est notre récit, qui supplée à l'absence de tout autre texte concernant Aix-la-Chapelle, pour la période du ix* au xn* siècle'.
Mais, une étude plus approfondie de la Descriptio a montré, combien était fausse cette façon de se représenter sa composition et l'impossibilité d'y distinguer un récit primitif, ayant pour objet de défendre des intérêts autres que ceux de Saint-Denis. Aussi bien, pourquoi Aixla-Chapelle aurait-elle eu recours, pour authentiquer ses reliques,' à la fable mensongère du Voyage en Orient ? L'histoire suffisait à justifier toutes ses prétentions. C'est de Charlemagne, en effet, qu'elle tenait ses reliques, et lui-même les avait véritablement reçues du patriarche ou des princes orientaux, avec qui il avait eu des rapports* Qu'aurait gagné Aix à renoncer à la vérité historique, pour lui substituer une fiction qui ne lui appartenait pas en propre, que des sanctuaires rivaux pouvaient et devaient en effet s'approprier ? En fait, Gaston Paris, qui était l'auteur de cette hypothèse *, l'avait bientôt abandonnée, en présence des critiques qu'elle avait soulevées, et la forme atténuée sous laquelle l'a reprise M. Morf n'a pu la rendre plus acceptable K
C'est à M. Rauschen, le premier éditeur de la Descriptio^ que revient le mérite d'avoir montré, qu'elle n'était ni le remaniement, ni la continuation par un moine de Saint-Denis d'un récit primitif écrit par un clerc d'Aix, français ou étranger, en faveur des reliques de son église 4. Aucun indice ne révèle dans la Descriptio l'existence
1. Comme nous le verrons plus loin, cela ne va pas, d'ailleurs, sans de graves inconvénients pour Thistoire vraie d'Aix-la-Chapelle et de ses reliques.
2. Cf. Histoire poétique de Charlemagne, p. 55 et Poésie du tnoyen-dge p. 145.