‹ Publicistes modernesChapitre 13 sur 32 · III · texte numérisé non relu

III

L’auteur du Traité des délits et des peines doit être jugé par la valeur des services rendus, des réformes accomplies. Ce sera son honneur durable d’avoir attaqué et flétri l’insuffisance des lois relativement aux détentions préventives, le serment de dire la vérité qui était impos<; aux accusés, les interrogatoires suggestifs, espèce de torture morale que les juges faisaient' subir aux prévenus, enfin la procédure secrète qui enveloppait dans scs ombres toutes les charges de l'instruction. On peut regretter sans doute, au point de vue de la renommée scientifique de Beccaria, que ces idées ne soient pas toujours soutenues dans un ordre assez lucide, avec une

assez grande a^ndance de preuves et toute la précision désirable. Mais il n’est pas contestable, après qu’on a lu le Hatc des délits et des peines, que ces idées, alors nouvelles et qu’anime un généreux accent, ii’assurent • à Beccaria une place immortelle dans la famille d’élite des adorateurs de la justice, qui vaut peut-être celle des adorateurs de la science.

Cette place, M. Faustin Délie la lui a faite dans une édition nouvelle qu’on peut regarder comme définitive.

Il a placé en tête une introduction vraiment forte et lumineuse, inspirée par une philosophie élevée, remplie d’une profonde science juridique. Cette introduction, Irès-développéc , et qui est une œuvre à elle seule, restera inséparable de l’œuvre capitale du criminaliste italien, aussi bien que le commentaire qui l’accompagne dans toutes ses parties. On ne saurait dire, en effet, à quel point le texte reçoit de clarté de ces réflexions qui terminent chaque chapitre. En réunissant ces commentaires, qui portent sur des points spéciaux, et les vues générales de l’introduction, ^ui marquent tous les progrès de la philosophie du droit criminel depuis Beccaria, on obtient comme un cours abrégé de droit pénal qui ne présente ni beaucoup d’épines ni beaucoup de fatigue, même en y Joignant la lecture de l’auteur original. Beccaria a su donner à son oiivi*agc un mérite dont ne devraient pas se dispenser les génies qui oc , sont pas de premier ordre; il a écrit un livre court. C’est la brièveté même de ce livre qui a fait sa fortune. Plus volumineux et plus lourd, l’oubli l’aurait englouti déj.à. Réduit aux proportions modérées d’un assez mince volume, il surnage encore, et il vivra comme la '

revendication de l’humanité et de la raison éloquente contre l’inutile atrocité des lois spécieusement parée par des sophistes, dupes de leurs propres arguties, des ‘ couleurs de la nécessité et de la justice. Il a identifié son nom avec une grande cause, et il en a fait le synonyme d’un grand progrès et d’une grande espérance. Permettons au genre humain , qui ne marchande pas les couronnes à ce qui l’éblouit et l’opprime, de mettre la renommée du bien accompli à côté de la supériorité de la force et même de l’intelligence; et estimons, dans notre temps où les idées abondent, ceux qui n’en ont eu qu’une seule, fécondée par un sentiment puissant et efficace. Le sentiment ! il a sa place dans cet ordre d’idées morales et de perfectionnements sociaux. Montesquieu ne serait point tout ce qu’il est s’il n’avait écrit son éloquent et ironique chapitre sur l’iniquité de l’esclavage, et si à la pénétration incomparable de son esprit ne se joignait jamais l’accent ému de la justice et de l’humanité. Il n’y a pas de grand homme sans âme dans les sciences morales et politiques ; Machiavel lui-même n’obtient son pardon pour ses immoralités et n’a toute sa gloire que parce qu’il est un admirable patriote; un réformateur généreux est contenu et palpite dans tout publiciste de génie.

L’HEPTAPLOMERES DE J. BODIN '

Nous annonçons comme une bonne nouvelle pour l'érudition la publication, pour la première fois complète dans le texte latin, d’un livre curieux et étrange qui a beaucoup occupé les savants jusqu’au dix -huitième siècle, V Heptaplomeres de Jean Bodin. Il en existe plusieurs copies (quatre, à ce que nous croyons), et une traduction manuscrite en français, à la Bibliothèque de la rue Richelieu. Presque toutes les grandes bibliothèques de l’Europe possèdent de même des copies de V Heptaplomeres. Mais le livre n’avait jamais été imprimé, si ce n’est en 1841, par un savant distingué, M. Guhraüer, qui en a publié les trois premiers livres en langue allemande, et les deux autres en latin. Aujourd’hui un autre docte Allemand, M. Louis Noack, nous donne le texte tout entier collationné avec soin. Nous voudrions apprécier aussi rapidement que possible l’importance de cette publication.

Cet ouvrage de Bodin, du même écrivain qui a composé le livre demeuré célèbre sous le titre de la République, du vieux publiciste qui, sur tant de points et

• Joannis Bodini coltoquium Heptaplomeres de rerum sublimium arcanis abditis, publié pour la première fois par M. Louis Noack.

230 l’heptaplomere» .pe bopiw.

pour l'a méthode générale appliquée à la science de la politique, a devancé Montesquieu ; cet ouvrage, dont le nom même est à peu près oublié aujourd’hui, mérite-t-il l’honneur d’une impression qui s’est fait attendre pendant près de trois siècles? Avant d’exprimer une appréciation personnelle sur cette question, nous citerons l’opinion d’un critique incomparable, de Leibnitz, dont le jugement sert déjà à donner une idée de ce livre, désigné seulement sur un ton d’hornnir mystérieuse par quelques érudits et théologiens du seizième siècle comme une œuvre singulière d’audace et même d’impiété. Leibnitz s’est, à deux âges différents, occupé de VUepiaplomeres. Il le lut pour la première fois vers l’âge de vingttrois ou vingt-quatre ans, à Mayence, dans la maison du . baron de Bt>ineburg. G’est de là qu’il écrit, en parlant de V Ueptaplomeres : Legi alifjuando opm integrmn, volumen sane ingens, sed plus hahens doetrinœ quam pietalis. Ainsi, à cette épo(iue, le livre de Bodin est,

. pour le grand philosophe, un ouvrage considérable, mais qui lui paraît plus fait pour mériter l’admiration des savants que rassurant pour la piété des fidèles, il ajoute môme : Vereor ne edatur aliquando liber hic magno puhlico dam?io. Voilà l’opinion do Leibnitz dans SH jeunesse ; il craint comme un danger public pour la foi chrétienne la publication de X Ueptaplomeres.

’ Leibnitz fit plus encore à cette époque : il entreprit de le réfuter. Le premier éditeur, M. Guhraüer, nous dit qu’il possède toute une réfutation écrite de la main même de Leibnitz, sous ce titre : Bodini colloquium Ueptapldr mcres , etc., examinatum et refutatnm a Leihnitio. La bnilz devait revenir encore, mais dans des sentiments

x'bEPTAPLOHERES de J. BODIN.

bien différents, sur l’oumge de Bodin. Il p<iraît alors beaucoup moins inquiet du danger que le livre pourrait avoir; il déclare meme ce danger nul, et il émet à plusieurs reprisés le vœu que V Heptaplomeres trouve enfin un éditeur. Voici les termes dans lesquels il écrit à Sébastien Bortholt, le 2i janvier 1716, après avoir parlé de l’ouvrage qui De tribus impostoribus audacter appellatur^ et d’autres écrits sur la religion, selon lui, trop indignes de voir le jour : « .l’excepte un seul livre de Bodin qu’il a intitulé : De arcanîs sublhnium collaquhim Ilcptaplomeres. 11 est impossible, en effet, de ne pas reconnaître une vaste érudition dans ce livre, comme dans tous ceux de Bodin ; aussi je désirerais le voir publier par quelque savant qui l’actximpagnâl de remarques critiques dignes du texte... Celui qui voudrait argumenter contre un tel livre devrait être versé dans la philosophie, dans la philologie sacrée, c’est-à-dire dans la langue originale des livres saints, et meme dans le rabbinisme, enfin dans la lecture des Pères grecs et latins. » Leibnitz devait répéter encore ce vœu en faveur de la publication de YTJeptaplomeres. Il écrivait au même correspondant Je 19 mars : Bodmi opus, cum viri eruditi animadversionibus exguisitis, edi meretur. Ce désir, exprimé avec une telle insistance, ne devait point être accompli de longtemps. M. Guhraüer nous parle {X)urtuit d’une tentative qui fut faite peu de temps après la mort de Leibnitz, en 1720. La publication de \Iieptaplomercs fut annoncée par la Gazette de Leipsik, mais la cour de Brunswick y mit oj)position. Le livre courut donc manuscrit jusqu’à notre temps.

On vient de voir que Leibnitz ajoutait au vœu qu’il

232 l’hkptaplomeres de j, bodin.

formait pour la publication de V Heptaplomeres le souhait que ce livre fût annoté et critiqué par le savant éditeur qui se chargerait de cette impression. Cette dernière partie du vœu de Leibnitz n’a point été accomplie par M. Louis Noack, qui s’est borné à nous livrer le texte du livre, en divulguant pour ainsi dire, sans aucun commentaire ni précaution oratoire, cet ouvrage de Jean Bodin, relégué jusqu’ici parmi les curiosités et raretés littéraires, et qui offrait hier encore un certain attrait de fruit défendu. Nous n’oserions en faire un reproche au savant éditeur. Le christianisme (si tant est qu’aucune conclusion positivement contraire au dogme puisse être tirée de Y Heptaplomeres, ce qui reste un point encore controversé) a passé par bien d’autres épreuves que la criti({uc dont il est l’objet dans l’ouvrage de ce penseur du seizième siècle. Quant à la discussion des textes invoqués avec une grande richesse d’érudition par Bodin, textes hébreux et grecs, mis au service des controverses les plus hardies, l’Allemagne philosophique et philolo-; gique, si passionnément occupée de travaux d’exégèse, en fera, s’il y a lieu, son profit. Dans sa Demonstratio èvangelica, Huet, le célèbre évêque d’Avranches, s’applique à défendre avec un zèle érudit l’authenticité de plusieurs textes des livres saints contestée par im des principaux interlocuteurs de Y Heptaplomeres , le juif Solomon. De même une réfutation a été, en 1084, composée par Diecman sous forme de thèse pour obtenir le , grade de docteur en théologie ; elle a pour titre ; Sehediasma inaugurale de naturalismo turn nllorum, tum maxime J. Bodini. Elle fit" fortune dans Sou temps, . valut à son auteur non-seulement l’estime des théolô-

. l’hEPTAPLOMERES de J. HODIN.

gienset des^ savants, mais des distinctions à la cour des princes, et obtint les honneurs d’une seconde édition en 1701. Il est difficile de penser qu’un nouvel examen de Y Heptaplomeres, c’est-à-dire encore une fois d’un livre où une grande connaissance et un fréquent usage de l’hébreu sont employés à la discussion de l’authenticité des textes, paraisse absolument stérile et tout à fait dé- . nué d’intérêt aux érudits d’outre-Rhin.

Ce qui ne l’est pas même pour de bien moins savants, pour ceux-là qui le sont tout juste assez pour lire le texte latin, c’est l’esprit d’examen qui se déploie dans YHeptaplomeres avec une abondance de vues, une hardiesse de critique et un contraste de raison sévère et d’inqualifiables rêveries éminemment remarquables. Ce contraste étonnera moins d’ailleurs ceux qui savent que Bodin réunit en lui L’homme qui a écrit la Démonomanie, ce livre insensé qui élève la superstition de la sorcellerie à la hauteur d’une théorie philosophique, et l’écrivain plein de sagesse qui a répandu de vives lumières sur les sujets politiques les plus élevés, sur des matières alors inexplorées d’économie publique, enfin l’énergique et honnête député aux États de Blois, qui se montra jusqu’à la fin fermement dévoué à la cause de la tolérance religieuse.

\j'Heptaplomeres, que nous ne voulons pas analyser ici complètement (nous l’avons fait ailleurs dans un ouvrage consacré tout entier aux travaux de J. Bodin '), mais que nous voudrions caractériser dans ce qu’il pré-

‘ Jean Bodin et son temps, Tableau des théories polilifues et des idées économiques au seizième siècle , i vol. grand in-8°, chez Guillaumin, Paris.

234 l’heptaplomewes de j. bodin.

sente de plus essentiel, est un dialogue composé >sur le modèle des dialogues de Platon, ou plutôt de Cicéron,roulant, le titre l’indique, sur les arcanes des choses su-' hlimes, c’est-à-dire sur les problèmes les- plus obscurs' de la métaphysique, et particulièrement sur les points les plus controversés de la religion. >•.

Quant à ce titre meme d'Ueplaplomeres, il désigne non un livre à sept parties, mais à sej)t personnages, desquels il suffit de donner une idée pour qu’on s’en fasse une du livre même. Toralba, un des principaux interlocuteurs, est un philosophe grave, raisonneur, dédaigneux de la foule, ennemi de l’autorité, tolérant, enfin purement théiste. Il expose les doctrines métaphysiques de VJ/eptaphmeres, qui, en dépit de quelques beaux passages, sont loin d’en former la partie la meilleure. On trouve là, avec tout le mouvement d’esprit et d’érudition de la Renaissance, les bizarres conceptions sur la nature et sur les puissances supérieures^ que Bodin a jeU:es dans un autre de ses écrits, X Amphilheatrum naturœ. Représentant du rationalisme pur, Toralba d’ailleurs lient tète aux chrétiens et aux juifs, en même temps qu’il traite l’épicuréisme avec une vertueuse sévérifé; il réunit dans son personnage le raisonneur et l’inspiré. — La figure la plus fortement accusée, avec celle-ci', est celle de Salomon. Ce personnage est un juif talmudiste, censeur acerbe et subtil du christianisme, enfermé dans la Bible et armé d’une érudition redoutable. — Chacun des autres interlocuteurs offre également un type déterminé. C'est, par exemple, un personnage et mêmfe assez amusant que Senamus. Ce Senamus paraît . bien personnifier , avec son raisonnement fin ,• son nn-

■' r/lIEI’TAPLOWERES DE J. BODIN. 235

tipathio contre lè surnaturel, sa modération ironique, ce que le dix-huilièine siècle devait appeler, dans un sens un peu restreint, les lumières. Le paganisme interprété, tel que, par exempte, renlendait reni[>ereur Julien, lui semble beaucoup moins absurde qu’il ne le })araît à ses adversaires, et devient dans sa bouche l’objet d’une espèce de défense. Quant à lui, nous dira-t-il dans sa volage croyance, il fréquente tour à tour les temples, les églises , même les mosquées. « Au moins, ajoute-t-il ironiquement, on ne me prendra j>as pour un athée. » Bodin n’a pas voulu que le mahométisme manquiit, dans un dialogue sur les religions, de représentant et d’avocat. C’est Iq rôle qu’il a résené à Octave, chrétien renégat, qui, fait prisonnier par les Turcs, a adopté le mahométisme et a fini par prendre sa nouvelle foi assez au st’rieux pour la défendre. Il en loue la sini|)licité, la tolérance, prétend que le Koran est calomnié, et en présente l’apologie. C’est, selon lui, dans le mahométisme seul que l’unité de Dieu est respectée. Trois autres personnages achèvent de compléter le cercle savant et discoureur : Cuiiius le zwinglien, le luthérien Frédéric, le catholique Coronœus. C’est ici surtout qu’il faut se donner le spectacle des querelles Ihéologiques du seizième siècle, à l’épo{iue de llcuri III. Pas un de ces personnages qui ne soit le symbole vivant de quelqu’une des dispositions d’esprit et des partis alors aux prises. Curtius, c’est le libre examen agressif, la critique véhémente des abus ecclésiastiques, l’invective railleuse contre ce qu’il appelle l’idolâtrie catholique. Frédéric, plus dogmatique, plus sérieux, discute les sources sacrées, les mystères, la philosophie chrétienne. Quant au

236 l’heptaplomkres de j. bodin.

catholique Coronœus, Bodin en fait le s^bole de la . doctrine de l’autorité. Pieux et bon, mettant la paix entre ses hôtes, se retranchant invariablement, dès que quelque grande difficulté est mise en relief par les autres inter- < locuteurs , derrière la parole de l’Église, on peut voir en lui l’image de l’obéissance passive en matière de dogmes.

Il est difficile de ne pas reconnaître ce que la conception seule de ces caractères offre d’ingénieux et ce qu’elle présente de hardiesse, surtout si on se reporte à l’époque où cet étrange livre a été écrit. Il y a déjà là , ce semble , du moins en partie et comme ébauchés, les éléments de ce que de nos jours on appellerait une philosophie des religions. Les types qui les réalisent sont dessinés avec énergie, parfois avec une Traie finesse; les divers points de vue engagés dans cette immense controverse du seizième siècle, qui naît de la Renaissance et de la Réforme, sont habilement saisis,

- mis en présence. Pourquoi faut-il qu’il y ait abus de développements insipides?

Tel qu’il est, V Heptaplomeres reste un monument remarquable de l’esprit critique au seizième siècle. Cet esprit se manifeste ici avec une puissance qui produit souvent un véritable étonnement. On est frappé par le sérieux de la discussion, par l’amour de la 'vérité qui respire dans ces pages inquiètes. On est ébloui par la diversité, par la quantité des points de vue qui se croisent en tous sens. Je ne, crois pas qu’il y ait un seul doute né dans l’esprit humain au sujet du dogme, qui' ne soit exprimé ici avec une force singulière, sauf à être e nsuite combattu d’ordinaire par les meilleures raisons

LUEPTAPLOMERES DE ,1. BODIN.

qui puissent être alléguées. On croirait lire plus d’une ' fois tel passage d’un philosophe du dix-huitième siècle. Ici c’est la divii^é même du Christ qui est combattue par le raifeonnemenl et à l’aide de textes cités, contrôlés, interprétés. Ailleurs l’examen des prophéties, dans leur sens vrai et dans leur lettre originale, celui de la généalogie du Christ et des actes de sa vie , celui de la conformité ou de la non-concordance des Évangiles, tous les doutes que Voltaire a répétés à l’aide d’une érudition plus légère, appardssent successivement. Les arguments les plus spécieux empruntés à la raison naturelle sont comme épuisés au sujet du péché originel, des miracles, du culte des saints, de l’Eucharistié. Est-ce à dire que Bodin voulût tirer de celte comparaison des religions ou des sectes entre elles, ou du rapprochement qu’il en fait avec un certain idéal de raison abstraite, une leçon d’incrédulité? ou bien son but était-il seulement de conclure à une mutuelle tolérance? Les deux opinions ont été soutenues. La première fait valoir en sa faveur qu’il est difficile à une âme pieuse et bien pénétrée de la sainteté de ses croyances de les traiter, même dans une arrièrepensée d’édiûcation, avec l’audace de pensée et parfois l’irrévérence de . langage qu’emploie l’auteur de VBeptaplomeres; il y a telle façon d’insister sur l’ohjeçtion et de la présenter, dans laquelle il réputé de nd Connaître qu’une hypothèse et qu’une manière de jeu. Oa a pu se eonvaincre que Leibnitz voyait dans l’^i^/aplomeres autre chose qu’un plaidoyer de circonstance contre les guerres religieuses et qu’un manifeste philosophique en faveur de la tolérance. D’autres autorités

238 l’heptaplomeres de j. bodin.

peuvent être invoquées dans le même sens, lesquelles s’accordent à ne pas donner l’idée la plus édifiante dè l’orlhodoxie de Bodin, .lacques Gillot«écrit à Scaliger,' le 9 février 1607, au sujet de V Heptaploïneres : « C’est un livre bien fait, mais fort dangereux, parce qu’il se ■ moque de toutes les religions et conclut qu’il n’y en a point. Aussi l’auteur n’en avait-il point lui-même : il mourut comme un chien, sine ullo sensu pietalis, n’étant ni juif, ni chrétien, ni turc. » Le même ajoute : tt Bodin était un étrange compagnon en fait de religion.^. Il mourut de la peste à Laon en 1396, assez vieil, et ne ' dit pas un mot de Jésus-Christ. » — Hugues Grotius déclare que Bodin « avait fait de grandes brèches à sa foi par sa fréquentation des juifs. » C’est aussi l’opinion de Casauhon et celle de Diecman dans le De naturalismo. Nous ne manquerions pas de textes pour montrer que Bodin a paru tour à tour à ses contemporains huguenot, indifférent, incrédule, juif et athée. Quant à l’opinion qui veut mettre d’accord ensemble VHeptaplomeres et l’orthodoxie, elle s’appure d’ime part sur ce que rien dans la vie connue de Bodin ne paraît contraire à la foi orthodoxe et particulièrement sur ce qu’aucune conclusion manifestement opposée au dogme n’est émise dans V Heptaplomeres^ qui n’est qu’une sorte de miroir dans lequel se reflètent également les croyances et les doutes. Si l’on éprouve quelque embarras à prendre parti entre deux' opinions aussi respectables par les vraisemblances qu’elles invoquent « du moins faut-il convenir que Si Bodin est resté ferme dans la foi, ce n’est pas faute d’en avoir sondé les glus eflrayauts abtmes« . ^

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l’hEPTAPLOHŒRES de J. BODIN. 239

Il n’y a ni à se scandaliser comme l’eussent fait les âmes pieuses au dix-septième siècle, ni à se réjouir comme reusscnt l'ait les philosophes du dix-huilième, des hardiesses d’un vieil auteur cpii a pris soin de se défendre lui-mème en plaçant habiluellenient la solution do la diflicullé théologique tout près du développement destiné à l’exposer. Le sentiment qu’inspirera la publication de M. Louis Noack à ceux qui n’ont pas lu l’ouvrage manuscrit ne sera ni le scandale, ni l’édification, mais tout simplement la curiosité. Ün s’étonnera peut-être que nos pères aient j)arfois connu à ce* point toutes les raisons sur les(]uels s’appuie le scepticisme moderne, et qu’ils en aient si bien senti la force. On verra qu’en tout temps il y a eu des intelligences tourmentées et ardentes qui ont osé tout penser.

De la diversité des cultes qui se partagent la terre, Toralba conclut qu’il faut adopter la simple religion naturelle, celle, dit-il, des patriarches et des sages. Peu s’en fiiut qu’il ne répète avec Erasme : Sancte Socrates, ora pro nobis.

Salomon, (jui, de son côté, réduit presque le juda'isme à la religion naturelle, veut néanmoins des cérémonies, un culte public, des prières, un livre consacré.

Senamus s’en tient à son scepticisme épicurien.

Coronœus persiste à faire l’éloge de l’autorité en matière de croyance.

Le zwinglicn et le luthérien restent également lidèles à leurs sentiments, ennemis de la messe et de la confession auriculaire et des indulgences, grands partisans du dogme de la grâce interprété avec la liberté protestante.

l’uEPTÂPLQMERES de J. BOUIIS.

Mais si aucune conclusion théologique ne se dégage de V Heptaplomeres , la conclusion sociale et politique qui en ressort s’y étale pour ainsi dire au grand jour ; nous l’avons déjà dit, c’est la tolérance.

Comment, en un sujet qui admet tant de partages, remarque un des interlocuteurs, pourrait-on se croire le droit d’être intolérant? Pourquoi des guerres religieuses? Pourquoi interdire le libfe exercice du culte de chacun? L’honnêteté, la vertu n’est-elle rien d’ailleurs sans la vraie religion qui , dans toute hypothèse, n’est donnée qu’à la minorité des hommes? Même aux yeux des chrétiens, la tolérance ne résulte-t-elle pas de plusieurs passages des livres saints et de la conduite même de Dieu, dont la protection s’est étendue et s’étend encore sur des peuples étrangers à l’orthodoxie?

La tolérance a donc en sa faveur la raison humaine qui la conseille au nom de la diversité contradictoire des cultes, et elle s’appuie sur l’autorité de la révélation elle-même. .De là à l’éloge des édits que les gouvernements ont publiés en faveur de la liberté de conscience il n’y a qu’un pas, et c’est par cet éloge, en effet, que se termine Y Heptaplomeres.

F. BACON

La vie politique de Bacon et l’influence qu’il a exercée non-seulement sur l’esprit humain, mais sur la marche de la société, occupent une place curieuse à étudier dans l’ensemble de sa biographie et dans l’appréciation de son rôle. Il y a peu de philosophes dont le nom ait été plus invoqué que ce grand nom de Bacon; aussi en est-il peu que nous croyions mieux connaître. A force de le citer, chacun s’imagine l’avoir lu. La chose paraît douteuse lorsqu’on parcourt la plupart des jugements énoncés sur l’illustre chancelier. Telle préface d’un livre de science nous dira que Bacon a inventé la méthode inductive, quelques-uns semblent lui attribuer même l’invention de l’induction, honneur qui n’appartient qu’à l’esprit humain ou plutôt à son divin auteur. D’autres répètent que Bacon est le père du matérialisme du dix-huitième siècle. Qu’y a-t-il de vrai dans ces éloges et dans ces accusations? En quoi consiste précisément l’œuvre du célèbre philosophe? Voilà ce que peu de personnes savent; j’ajoute que pour le savoir il ne suffit pas d’ouvrir le Novum Organum: il

* Bacon, sa vie, son temps ^ sa philosophie et son influence jasqu’ù nos jours, par M. Ch. de Rémusat, de l’Académie française.

F. BACON

faut se rendre un compte exact de la portée de ses principes, il faut être en état de faire la part de ce qui revient en propre au réformateur de la méthode. Or tout cela n’est possible qu’à la condition d’une grande habitude des questions philosophiques ou d’un excellent guide qui jusqu’à un certain }K)int en tienne lieu.

M. de Rémusat, dans l’ouvrage qu’il a publié, sous le titre de Bacon, sa vie^ son temps, sa philosophie, son influence jusqu'à nos jours , se présente à nous comme ce guide. Il nous introduit dans la philosophie baconienne, et nous y mène pour ainsi dire pas à pas.

Il remplace l’exposition un peu confuse de l’écrivahi . anglais du dix-septième siècle et ses aperçus souvent disséminés par un tableau où tout est à sa place et à son rang.

■ Le service rendu à la biographie par ce nouveau travail de M. de Rémusat n’est pas moindre. Comme dans ses œuvres précédentes, Abélard et Saint Anselme, la vie du philosophe ne forme pas la partie la moins intéressante du livre.

Que faut-il penser de Bacon lui-même? Quel a été son caractère? Les Anglais , qui se montrent fiers de l’auteur de V Instauratio magna presque autant que de Newton et dé Shakspeare, ont plus d’une fois cherché à jeter le manteau sur les bassesses et sur les iniquités de l’illustre chancelier. Est-ce patriotisme? est-ce une suite de la répugnance d’instinct qu’on éprouve à -mépriser ce qu’on admire? Quoi qu’il en soit, ils ont tout tenté pour obtenir en sa faveur le bénéfice des circonstances atténuantes. Un écrivain français vivant de notre temps ne peut être retenu par les mêmes scrupules. Le

P. BACON

besoin de logiçjue poussait souvent les écrivains d’autrefois à prêter sans mesure à leurs héros cette unité désirable de l’intelligence et de la conduite, des principes et de la pratique, ne nous tourmente plus guère. L’idée que le même individu peut réunir les dons supérieurs de l’esprit et les faiblesses du caractère est acceptée sans trop de peine par nos contemporains, et l’historien n’a pas besoin, pour la faire passer,, de s’entourer d’un excès de précautions oratoires.

L’homme privé chez Bacon se recommande par de^ mœurs honorables, beaucoup d’aménité, de la bonté même, unœsprit gracieux, un commerce siir, toutes les fois que la peur et la cupidité n‘étaient pas en jeu; mais iLy eut pen de natures plus faibles. C’est ce qui explique qu’un personnage qui, dans les rangs ordinaires, aurait laissé la réputation d’un philosophe honnête ■homme, paraisse devant l’histoire chargé de péchés, et de péchés, il faut le reconnaître, les moins véniels.

Nous n'avons pas l'intention de reproduire ici cette histoire trait pour trait. Mieux vaut à tous égards renvoyer à l’ouvrage même. Aucun lecteur de M. de Rémusat n’ignore combien il excelle dans ces biographies, à quel degré s’y unissent la supériorité philosophique des vues, l’exacte fidélité des faits,, et le. talent si fin, si varié et si ferme de l’écrivain, avec quel art ingénieux il sait dire tout ce qu'il veut et faire entendre ce qü’il se contente d’indiquer. D’ailleurs, à raconter fians cette vie dé Bacon ce qui accuse l’homme en supprimant tous les accessoires et tous les commentaires, je craindrais d’en tracer plutôt une caricature qu’un portrait. Je me bornerai à remarquer qu’il y a chez Bacon, considéré

F. BACON

comme homme public, un côté quelque peu comique et un côté décidément odieux. Au milieu des plus hautes études de la philosophie et des honorables labeurs de sa- profession d’avocat , qu’on se figure un solliciteur acharné, infatigable, poursuivant à travers les déboires les plus amers, et pendant nombre d’années, la solution de ce problème tout pratique : devenir attorney général. 11 est vrai qu’il eut fort à faire pour y arriver. Sans appui du côté de sa famille et de son oncle, le puissant lord Burleigh, vieil homme d’ÉUit dont l’ex- ' périence désabusée goûtait peu la hardiesse d’idées d’un jeune homme plein d’esprit, d’ardeur et, pour tout dire, de vanité, en lutte ardente avec le grand juriscon- ^ suite Coke dont l’influence l’éloigna, tan! qu’elle fut prépondérante, de l’objet de son 'ambition, Bacon employa néanmoins tous les moyens imaginables, et même, s’il est possible, un peu au delà, pour parvenir à son but. En voici un échantillon qui peint l’homme et le temps. Lui qui devait trop connaître un jour la séduction des cadeaux, n’eut-il pas l’idée de l’essayer sur la reine Élisabeth, afin d’obtenir la place de solliciteur général devenue vacante? Il se permit d’envoyer avec sa demande un joyau à sa souveraine. Un des amis de Bacon, courtisan délié, confident discret, homme d’esprit et de bon conseil, Fulke Greville, présent au moment où la reine avait reçu la lettre et le cadeau, écrit là-dessus à Bacon une lettre qui a son prix. Informant Bacon que la reine a refusé le bijou, mais en l’admirant beaucoup, il ajoute : « Ou je me trompe, ou efle avait au fond grande envie de le prcjidre. Cent livres sterling ou cinquante, et vous serez son solliciteur général. »

La prévoyance de' Grevilfe ne se montra pas aussi sûre que sa perspicacité à démêler le secret désir d’Élisabeth. Bacon passa par vingt alternatives d’espérance et de découragement. Il alla jusqu’à composer une allégorie assez froide que son protecteur, le fameu* comte d’Essex, fit représenter devant la reine. Élisabeth s’en montra fort satisfaite. Mais le pauvre courtisan courait, il le dit lui-même , comme un enfant après un oiseau qui s’envole au moment où il se laisse le plus approcher. Un autre fut nommé au poste qu’il ambitionnait et qu’il ne devait obtenir que longtemps après.

La publication de ses Essais (1S97) le servit mieux que toutes ses prières. Grâce aux Essais, il conquit une immense réputation qui, accrue bientôt du succès de ses autres ouvrages, allait faire pleuvoir sur lui, durant le règne suivant, tous les titres, toutes les pensions, tous les emplois par lesquels le philosophe eut le malheur de se croire grandi, et auxquels l’homme public dut une éclatante considération suivie des plus amers retours de la fortune et de l’estime publique.

On n’épuiserait pas le côté légèrement comique de ce rôle d’ambitieux, si on ne rappelait la velléité d’oppo- • sition politique tentée par Bacon au sein du Parlement. Nommé en 1 593 par les électeurs du comté de Middlescx, il fit entendre quelques réclamations fondées et d’autant plus hardies' par là même sur le désordre des finances. Peu s’en fallut que le malheureux orateur ne fût envoyé à la Tour. On se contenta de lui signifier qu’il n’eût plus à compter sur les bontés ’de la reine. Bacon eut bien vite connu toute l’étendue et toute l’énormité de son tort. 11 multiplia les protestations, les

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excuses. Il demanda f^râce au lord trésorier. Il chercha à désarmer le garde du grand sceau par des IcUres pleines de soumission. Cette opposition, quelque conrte qu’elle ait été, et quoique suivie du plus prompt et du plus entier repentir, nuisit à son avancement; elle irrita d'autant plus que depuis peu de temps il avait été nommé conseiller extraordinaire de la reine, titre alors nouveau, qui lui donnait le droit d’être eroplayé dans les procès de la Couronne et de porter une robe de soie, honneur insigne qui comblait d’heur et de joie son enfantine vanité.

ÇjB qui mérite d’être flétri dans la vie de Bacon n’est que trop présent à la mémoire. Le comte d’Essex était ^ son hienfaiteur. C’est de sa libéralité que Bacon tenait le -domaine de Twickenham. Les sentiments d’Essex pour Bacon n’avaient pas été ceux d’une protection hautaine et dédaigneuse qui laisse tomber le bienfait de haut, mais ceux d’une véritable amitié qui donne avec le cœur et qui mérite que le cœur de l’obligé s’en souvienne. Malheureusement la reconnaissance du bien reçu ne survivait pas longtemps chez Bacon à l’espé- ' rapce de nouveaux bienfaits à recevoir. Quand l’étourdi mais généreux favori d’Élisabeth fut mis en jugement pour la seconde fois. Bacon, qui déjà avait pris la parole contre lui lors de son premier jugement, mais en faisant alors quelques efforts sincères pour lui être utile, le malheureux Bacon soutint avec la plus grande violence contre son protecteur l’accusation capitale. Par lui , l’accusé fut pathéticiucmeut comparé à Caïii , à Pisistrate, au duc de Guise; on dit uiêiue que cette derjiièrc comparaison, dont la terrible poiiée ne pouvait

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échapper aux jupres, entraîna la condamnation. Ce n’est pas tout. Essex était mort populaire. U parut nécessaire de justifier sa condamnation. La reine, se voyant froidement reçue dans la Cité, tenait beaucoup à cette apologie; de qui fit-elle choix pour l’écrire? de Bacon, et Bacon 1 écrivit, flétrissant en phrases aiguisées à loisir dans le silence du cabinet la mémoire de son ami, après avoir sollicité judiciairement sa mort. Ce n’est pas encore la fin de cette histoire ni le dernier terme de cette bassesse. A l’avénement de Ja<x|ues I", Bacon eut un peu de peine à faire oublier sa participation à la mort du noble accusé. Les amis du comte étaient en faveur à la cour. Il se rapprocha d’eux avec affectation, essayant de leur faire croire qu il les avait servis secrètement , tandis que plusieurs d’entre eux étaient en prison. « .le puis enfin aujourd’hui, disait-il à Southamplun, ami et complice d'Esscx être pour vous’ publiquement et sûrement ce qu’auparavant j’étais véritablement dans le fond de l’àme, votre ami! » Ce mot n’est-il pas sublime à sa manière? Ce qui y met le comble, cest que Bacon eut tout le succès qu’il souhaitait. Il était difficile qu’on en voulût longtemps à un homme qui suivait avec une espèce de naïveté les suggestions sans scrupule de l’égoïsme; la méchanceté de 1 acte sut se faire oublier par la bonhomie des manières. C’est ainsi que Bacon put vivre longtemps, objet des aj)préciations sévères d’un petit nombre d’esprits chagrins , mais environné de la considération générale.

Cette fortune devait toutefois subir de bien grands retours. Qui ne connaît les grandeurs et la chute ignomi-

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nieuse de François Bacon, baron de Verulam, vicomte de Saint-Alban? Qui ne sait à quelle opulence il parvint? Triste réalisation du rêve qu’avait formé Platon de voir la philosophie au pouvoir ! Ce n’est pas la philosophie que Bacon y porta, mais l’avidité la plus notoire, une ambition à laquelle nul grand dessein ne sert d’excuse, une faiblesse se laissant aller parfois à une cruauté sans' passion et sans haine. L’histoire ne saurait avwr trop de rigueurs contre la condamnation de sir Walter Raleigh, qui, en vertu d’un arrêt vieux de près de seize ans, eut la tête tranchée. Cet acte est un des plus odieux du règne odieux de Jacques P*". Guerrier, navigateur, colonisateur, savant, historien, poète, politique et courtisan, Raleigh est un des personnages les plus extraordinaires de ce temps. Ses fortunes diverses, ses découvertes, ses exploits, ses écrits, ses fautes, des traits, héroïques , d’indignes intrigues , une vie d’aventurier, une mort admirable, répandent l’intérêt le plus varié sur l’histoire de cet homme remarquable qui fut bas- ' sement sacrifié par son roi à la jalousie de l’Espagne et par Bacon à la lâcheté de son roi. .

L’attitude de Bacon mis en accusation par la Chambre des communes pour les concussions dont il s'était rendu coupable, et qui lui valaient une partie de ses immenses richesses , celte attitude peint l’homme on ne peut mieux. De sa prison il écrit au roi pour essayer de le toucher, niant d’abord toute culpabilité, aussi pur, dit-il, du reproche de corruption qu’aucun des enfants' nés le jour des Saints-Innocents, et poussant « le gémissement de la colombe. » Au reste, en soutenant que- « son cœur n’a. point élér souillé par l’habitude coupable

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de pervertir la justice moyennant salaire, » il avouait que, comme tant d’autres, il avait pu recevoir des présents. Abandonné par le roi. Bacon n’eut pas le courage de se défendre pour son propre compte, et de déplaire à son souverain sans se sauver. 11 était hors d’état de détruire les faits articulés contre lui, et il n’avait ni l’énergie, ni l’impudence qui guerroie longtemps contre la vérité. Dans une lettre habilement calculée pour émouvoir ses juges, il confessa, pallia, excusa ses torts. « Milords, cette lettre où je m’accuse, elle est de moi ; c’est mon acte, ma main, mon cœur. Je supplie Vos Seigneuries d’être remplies de pitié pour un pauvre roseau brisé. » La Chambre des lords, à l’unanimilé, déclara le chancelier d’Angleterre coupable de corruption. Il fut condamné à payer quarante mille livres sterling d’amende, à demeurer prisonnier dans la Tour de Londres tant que ce serait le bon plaisir du roi; déclaré incapable d’occuper aucun poste dans l’État, aucun siège dans le. Parlement; il eut défense, sa vie durant, de séjourne! où résiderait la cour. Qui le croirait? cette chute profonde ne parut guère aux contemporains qu’un simple revers de fortune. Bacon lui-même ne se crut que malheureux. Dans ses lettres, il se compare à Démosthènes, à Marcus Livius, à Sénèque, tous exilés, dit-il, pour des affaires d’argent et restaurés avec éclat dans leurs dignités. Gracié trois ans plus tard, après bien des supplications, il rentra dans la vie privée, dont il reprit les travaux et les vertus ; il n’aurait jamais dû les quitter pour son honneur et pour celui des lettres.

Le philosophe chez Bacon se présente sous deux aspects. Il y a en lui le philosophe pur; il y a le philo-

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sophe au sens plus pratique, préoccupé au plus haut point des intérêts et de l’avenir de la civilisation. En remettant les sciences , particulièrement l’étude de l’histoire naturelle et de toutes les branches qui s’y rapportent, sur la voie de l’observation et de l’expérience, il rendit un immense service à une époque trop asservie encore à l’hypothèse dans les recherches scientifiques. Ce n’est pas sans raison que le nom de Bacon est une ' date. Fort inférieur, comme génie créateur et purement philosophique, à Descartes, l’auteur du Novum Organum marque par ses préceptes une ère nouvelle pour les directions scientifiques et les applications toutes pratiques de l’esprit humain , de même qu’il justifie son immense renommée par l’éclat de son talent d’écrivain. 'La grandeur, tel est le caractère de ce talent. Cette grandeur, qui appartient à la fois à son intelligence et à son imagination, surnage à travers bien des subtilités, bien des allégories bizarres dont il n’est pas plus exempt que son prodigieux contemporain Shakspeare.

. On sent le prophète dans Bacon ; c’est le prophète des prochaines grandeurs de la science, des triomphes futurs de l’industrie.

A certaines expressions pompeuses, inspirées, on le prendrait pour le poète de la raison pratique. Il y a du Platon dans cet adversaire du pur idéalisme; mais c’est un Platon du Nord. Il n’a qu'exceptionnellement le goût et la mesure. C’est un Platon britannique plus grandiose encore que sublime, parlant avec magnificence des choses toutes terrestres dans lesquelles l’Angleterre allait marquer la supériorité de son génie et par lesquelles elle devait assurer sa fortune. Un amour en-

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thousiaste de rhunianité, une vériüible ivresse de la civilisation, respirent dans les pages de l’auteur du Novum ürgamim. C’est par là surtout que Bacon me parait mériter le titre de précui-seur, bien que sur un point spécial, duquel on a voulu tirer sa principale gloire, la théorie de l’induction, M. de Bémusat le convainque de manquer d’une suftisante profondeur. Son nouvel interprète s’attache à démontrer qu’en creusant davantage, Bacon eût’ rencontré, sous l’induction môme qui nous fait prévoir le retour des événements de la nature, la croyance instinctive à la stabilité de ses lois , à un certain ordre permanent dans le monde, croyance que la seule observation des sens n’explique pas suffisamment et qui se rattache aux principes les plus élevés de la raison.

Si Bacon ne donna pas une théorie complète du procédé inductif, on ne peut lui faire honneur non plus d’avoir su en tirer lui-même des applications neuves et fécondes. Mais il indique avec une sagacité de génie quelques-unes des lacunes de l’invention humaine, au point de mettre les inventeurs sur la voie par des pressentiments d’une sûreté souvent étonnante. Dans l’armée des savants et des inventeurs qui montent à l’assaut de la vérité. Bacon semble remplir, lui-même s’est ainsi caractérisé , le rôle de trompette , sonnant vaillamment la charge, de manière à se faire entendre au loin et à exciter les courages , mais se tenant en dehors de la . bataille.

La part qu’il y prit parfois n’est pas fort heureuse. Bien qu’il se mêlât aussi d’observer et d’expérimenter, et ne se contentât pas toujours de célébrer l’utilité de

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l’expérience en en retraçant les règles, il ne sut pas reconnaître les grandes vérités physiques récemment promulguées. Il crut à la magie et eut le malheur de méconnaître Galilée, ce vrai génie créateur auquel ûl. Biot veut qu’on rapporte plus qu’à Bacon l’honneur du grand mouvement scientifique qui allait se produire en Europe.

Fut-il matérialiste, comme on l’a tant répété? Le caractère positif de sa philosophie, ou, pour mieux dire, de sa méthode, sa préoccupation exclusive des sciences naturelles, l’ont fait croire faussement; il ne mérite, à ce point de vue, ni les éloges du dix-huilièrnc siècle, qui voulait se donner en lui un ancêtre selon son cœur, ni les anathèmes du comte de Maistre.

Son christianisme paraît même avoir été fort sincère. On a cité bien des fois cette pensée de lui insérée dans ses Essais : « Un peu de philosophie naturelle fait pencher les hommes vers l’athéisme; une connaissance plus approfondie de cette science les ramène à la religion. » Loin de proscrire les causes finales, comme on l’a dit, il en recommande l’usage comme fournissant les plus belles preuves de la sagesse divine, et il n’en combat que l’abus , cause d’hypothèses et d’erreurs. Il a écrit des Méditations sacrées et une Confession de foi, trouvée dans ses papiers, d’une irréprochable orthodoxie, assure-t-on. Le savant abbé Émery, ancien supérieur de Saint-Sulpice, a composé un livre exprès pour opposer la foi chrétienne du maître à l’incrédulité des disciples, sous le titre de Christianisme de Bacon.

C’est le caractère éminent de la philosophie de Bacon

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de ne pas séparer lulililé de la mérité. Il attaque la métaphysique avec une sorte de passion. En ce sens il est juste l’opposé de Descartes, dont l’entreprise d’affranchissement et de renouvellement de l’esprit humain par la méthode offre d’ailleurs avec la sienne tant d’analogies. Descartes, c’est partout la science pure, au besoin c’est l’hypothèse. Le champ de sa pensée est l’infini. Quelques expériences anatomiques , quelques grandes vues sur les perfectionnements que l’espèce humaine pourra devoir à la médecine n’infirment pas ce caractère général de son génie. 11 condamne même en termes exprès les novateurs dans l’ordre politique et social ; il n’est, du moins il ne voudrait être que le révolutionnaire de l’esprit pur, ne prévoyant pas que la liberté de penser en philosophie devait entraîner la liberté d’examen et par suite l’esprit de changement en toutes choses. Tout autre se montre Bacon. La domination de la nature au profit du bien-être humain est sa suprême visée. Il entrevoit une science de l’humanité, science morale , science historique, science critique appliquée à riiistüire des lettres. Il a même sa philosophie dé l’histoire qui donne la formule du développement successif des époques de l’humanité : « Dans la Jeunesse des empires, dit-il, c’est la profession militaire qui fleurit, puis viennent les lettres, les sciences et les arts. A l’époque suivante, postérieure de très-peu à celle, qui précède, les armes et les arts libéraux fleurissent ensemble pendant quelque temps. Enfin, sur le déclin des États, ce sont les arts mécaniques et le commerce qui sont en honneur. »

Le caractère pratique, social, politique de la philo-

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Sophie de Bacon se retrouve 'dans presque tout^ ' ses œuvres ; il règne dans ses Essais de morale et de politique et dans le sixième livre de son De augmentià, consacré à l’éthique. L’homme qui , portant partôut un génie réformateur, voulut refondre les lois de l’Angleterre, et qui, comme homme d’État, concourut de tout son pouvoir à l’union de l’Écosse et de l’Angleterre, l’écrivain qui, en composant son Histoire de Henri VII, donna à son pays le premier ouvrage qui mérite le nom d’histoire, ne perd jamais de vue le perfectionnement de l’homme et de la société. 11 s’occupe de la réforme de l’éducation. 11 voudrait que l’on commençât, par examiner les différents caractères 'des hommes, puis leurs ^ passions et leurs affections, enfin les moyens propres à modifier la volonté et l’appétit, tels que. la coutume, l’imitation, la société. On sait qu’à ces règles pratiques de la culture morale il donnait le nom expressif de « Géorgiques de l’âme. » Le modèle ou idée du bien lui apparaissait plutôt dans la recherche du bien des masses que dans celui des individus. C’est le germe de la fameuse doctrine de l’utilité générale à laquelle Bentham attadiera son nom. Son idéal est la vie active .11 la met fort au-dessus de la vie contemplative , contrairement à l’opinion exprimée par Aristote dans sa morale. On sent en lui le génie de sa race. L’activité, l’utilité, voilà ses principes. La philosophie de la vie civile, embrassant la conduite des hommes dans leurs rapports mutuels, et cette prudence d’un ordre plus élevé qui doit présider à radminislration des États, forment l’objet de ses recherches. Sa morale est éminemment sociale. Quels sont les moyens d’agrandir la limite d’un État;

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quels sont les principes de la jurisprudence universelle ou plutôt de la législation universelle; comment donner aux lois un caractère de certitude; comment il est juste que la loi avertisse avant de frapper : voilà les questions qu’il agite. Il veut que dans les cas omis par le législateur on se montre très-circonspect à leur étendre les lois déjà existantes. « C’est cruauté, dit-il avec cette façon pittoresque qui ne l’abandonne jamais, de donner la torture aux lois pour la donner aux hommes. » Il soutient avec force le principe de non-rétroactivité des lois. Il réduit ses principes sur les lois en quatre-vingt-dix-sept aphorismes ou règles sommaires, qu’un juge compétent, M. Ilallam, déclare encore aujourd’hui dignes d’être étudiées pour la grande expérience qu’elles révèlent, pour la vocation toute spéciale dont elles témoignent pour cette branche de philosophie pratique.

(Jui peut s’étonner après cela que la doctrine du progrès compte Bacon comme un de ses pères les plus illustres? Il y avait dès lors des rêveurs qui abusaient de l’idée de la perfectibilité. L’auteur du Novum Organum s’attache à les ruiner comme on déblaye un terrain sur lequel se sont écroulées de mauvaises constructions pour établir à leur place un édifice plus solide. « Il n’a paru, dit-il, que trop de charlatans et de songe-creux, en partie dupes de leur enthousiasme et en partie fripons, qui ont fait au genre humain de si magnifiques promesses qu’ils l’en ont fatigué, telles que prolongation de la vie humaine, retard de la vieillesse, prompte cessation des douleurs, moyens pour corriger les défauts naturels, etc. On ne doit donc pas être étonné que tous ces imposteurs aient fait naître un violent préjugé contre

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toutes les nouvc.nnlés de ce genre, et que le dégoût général qu’ont inspiré leur charlatanisme et leur excessive vanité intimide encore aujourd’hui tout mortel eourageux qui serait tenté d’entreprendre quelque chose de semblable » 11 faut citer le passage empreint de majesté auguste et d’une singulière précision que semble avoir imité Pascal, en le revêtant de sa couleur, sur le respect exagéré des anciens et sur la supériorité scientifique des modernes due à l’accumulation et à la transmission des expériences : « Une des causes qui ont le plus fait obstacle aux progrès que les hommes auraient pu faire dans les sciences, et qui les a, pour ainsi dire, cloués à la même place, comme s’ils étaient enchantés, c’est ce profond respect qu’ils ont d’abord pour l’antiquité , puis pour l’autorité de ces personnages qu’ils regardent comme de grands maîtres en philosophie. (juant à l’antiquité, l’opinion qu’ils s’en forment, faute d’y avoir suffisamment pensé, est tout à fait superficielle et n’est guère conforme au sens naturel du mot auquel ils l’appliquent. C’est à la vieillesse du monde et à son âge mûr qu’il faut attacher ce nom d’antiquité. Or, la vieillesse du monde, c’est le temps même où nous vivons, et non celui où vivaient les anciens, et qui était sa jeunesse. A la vérité, le temps où ils ont vécu est le plus ancien par rapport à nous; mais, par rapport au monde, ce temps était nouveau. Or, de même que lorsqu’on a besoin de trouver dans quelque individu une grande connaissance des choses humaines et une certaine maturité de jugement, on

Ifomm Orgmvm, liy. I, aph. 87.

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cherchera plutôt Tune et l’autre dans un vieillard que dans un jeune homme, connaissant l’avantage que donnent au premier sa longue expérience, le grand nombre et la diversité des choses qu’il a vues, ouï dire ou pensées lui-même; c’est ainsi et par la même raison que si notre siècle, connaissant mieux ses forces, avait le courage de les éprouver et la volonté de les augmenter en les exerçant, on aurait lieu d’en attendre de plus grandes choses que de l’antiquité où l’on cherche ses modèles; car le monde étant plus âgé, la niasse des expériences et des observations s’est accrue à l’infini. Et ce qu’il faut encore compter pour quelque chose, c’est que , par le moyen des navigations et des voyages de long cours qui se sont si fort multipliés de notre temps, on a découvert dans la nature et observé une infinité de choses qui peuvent répandre une nouvelle lumière sur la philosophie. De plus, ne serait-ce pas une honte pour le genre humain d’avoir découvert de nos jours dans le monde matériel tant de contrées, de terres et de mers et d’astres, et de souffrir en même temps que les limites du monde intellectuel fussent resserrées dans le cercle étroit des découvertes de l’antiquité? »

J’ai essayé d’indiquer ailleurs quels accroissements avait reçus cette idée du progrès*, qu’avait déjà plaisamment esquissée Rabelais sans avoir la prétention

‘ Éloge de Turgoi, inséré au tome I de mes Éludes de philosophie morale et W économie politique.

* Voici quelques passages de la lettre du bonhomme Gargantua à son fils Panlagruel, alors étudiant à Paris. Il indique d’abord ce privilège de l’humaine nature qui lui permet, en état mortel, d’acquérir une sorte d’immortalité, puisque ce qui périt dans les

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de ^donner à l’idée qu’il jetait en riant la portée d’un dogme philosophique et historique. •• : • ' * ^

« Bacon, écrit lord Macaulay (au tome III de ses Crîtical and historical .Essays) , a créé l’école philosophique du fruit et du progrès, theschool of fruit and progress. » Il faut entendre par fruit le bien de l’humanité, et par progrès celui de l’empire de l’homme sur la nature. Bacon lui-mème en avait bien conscience. Il se comparait à Christophe Colomb. Si de son vivant Isaac Wallon l’appelait le grand secrétaire de la nature et de toute science, Vico, le fondateur principal de la philosophie de l’instoire, qui devait au De sapientid veterxnn l’idée de chercher la vérité dans la mythologie, louait le grand philosophe politique Bacon de Verulam. Voltaire voit en lui « le père de la philosophie expérimentale. » Diderot et d’Alemberl inscri-

pères SC transmet et se perpétue dans les fils. L’exhortant ensuite 'à profiter des ressources qu’on rencontre à présent pour l’étude, il les compare à celles de l’époque où il étudiait lui-méme, car, dit-il, « comme tu peulx bien entendre, le temps n’cstoyt tant idainc ne commode ès lettres comme est de présent, et ii’avoys copie de tels précepteurs comme tu lias eu. Le temps ëstoyt encore ténébreux, et sentant l’infelicité et calamité des Gotliz, qui auoyent mis à destruction toute bonne littérature. Mais, par la bonté divine, la lumière et dignité ha esté de mon eage rendue ès lettres... Tout le monde est plein de gens scauants, de précepteurs très-doctes, de librairies très-amples, et m’est aduis que ny au temps de Platon, ny de Giceron, ni de Papinian, n’estoyttelle commodité d’estude qu’on y veoit maintenant. Et ne se faul- 'dra plus doresnanant trouuer en place ny en compagnie, qui ne sera bien expoly de l'officine de Minerve. Je voy les briguans, les bourreaulx, les adnenturiers, les palefreniers de maintenant, plus doctes que les docteurs et prestenrs de mon temps. »

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virent son nom au frontispice de leur Encyclopédie. La Convention nationale décréta la traduction, aux frais de la république, des œuvres de Bacon, /)OMr hâter les progrès de la philosophie et de la raison. Auguste Comte, en vingt passages, assigne à Bacon une grande part dans le mouvement vers cette philosophie positive dont lui -même a entrepris l’organisation. « Si j’échoue, dit-il, l’interrègne philosophique se prolongera nécessairement. » Tous ces témoignages attestent que Bacon ne fut pas seulement un réformateur de l’entendement humain, mais un promoteur social. Il conçut l’empire que la science devait prendre dans la société, et son plus récent interprète, qui le combat plus d’une fois, et qui défend contre lui, avec une supériorité de talent qui sait se faire admirer et aimer, les droits de la spéculation métaphysique niés par une philosophie ultra-positive, M. de Bémusat a pu dire de Bacon : « Il semble avoir prévu cette marche régulière des nations qui, du régime sacerdotal et militaire, doivent enfin arriver à celui où la puissance scieulifique fait prédominer la puissance industrielle. »

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