‹ Publicistes modernesChapitre 14 sur 32 · TII. MORUS · texte numérisé non relu

TII. MORUS

Thomas Morus est le père du communisme moderne revêtant la forme philosophique. 11 est le précureeur de Mably, de Morelly, de M. Cahel et des autres communistes contemporains. Il a donné à VUtopie son nom même. La doctrine est fausse, antisociale, anarchique. L’iiomme qui s’en est fait l’apôtre et le prophète est vertueux, soumis à l’ordre, plein de |)iété, d’un désintéressement et d’un dévouement admirable. Il forme le plus parfait contraste non-seulement par son caractère , mais par l’élévation générale de ses pensées avec ce qu’il y a d’avilissant dans le régime de la communauté. Inconséquence qui remonte à Platon dont il est l’élève, mais inconsétjuence inexcusable chez un chrétien, qui aurait dù comprendre que le christianisme était venu consacrer et non supprimer les droits de la personne humaine, relever l’individu et non l’humilier, même pour son bonheur, si son bonheur était conciliable avec un tel abais-

‘ Le Communisme jugé par l’histoire, par M. Franck, de l’Iiislituf. — Histoire du communisme , par M. Sudre. — Histoire de Thomas More, par Slaplcton, traduit par A. Martin, avec des notes du M. Audin.

TH. MORüS ET LE COMMCNISME MODERNE. 261

sement, devant le despotisme à bonne intention d’une autorité extérieure, maîtresse des propriétés et des personnes. Si l’inconséquence cs^dans l’homme, elle n’est point dans la doctrine du moins au même degré. Presque toutes les conséquences légitimes du communisme y sont contenues. Jugeons donc d’abord cette doctrine du communisme qui semble reprendre autorité et empire. Voyons à quels résultats la logique la condamne. Le plus honnête de ses maîtres théoriques nous l’enseignera. La doctrine examinée en elle-même , appréciée en vue de notre temps, nous jugerons l’homme, nous jugerons l’œuvre, qui ont le plus contribué peut-être à répandre dans le monde moderne celte idée de la communauté aussi vieille d’ailleurs que le monde lui-même, et qui risquera d’y subsister tant que la distinction entre ce qui doit rester ou devenir commun et ce qui doit rester ou devenir propre ne sera pas nettement établie, tant qu’il y aura des esprits Aiussés par une générosité sans intelligence ou par une basse envie, enfin tant qu’il y aura des abus naissant de l’intérêt personnel, de la propriété, du libre arbitre, ce qui durera autant que l’imperfection de l’individu humain qui est originelle, autant que l’imperfection des sociétés qui est indélébile, en dépit du progrès.

Le communisme est celte doctrine qui , au nom de l’intérêt général et de la justice absolue, voit dans la mise en commun des personnes et des choses le type de la perfection sociale. Nous disons des personnes et des

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