‹ Publicistes modernesChapitre 15 sur 32 · TH. MORDS · texte numérisé non relu

TH. MORDS

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certains coniniunistes prétendent établir entre les unes et les autres. 11 est impossible de s’emparer du produit et de respecter le producteur. Cette première usurpation ' entraîne toutes les autres , et aboutit à l’accaparement , de la personne humaine à tous les points de vue. "f

' Aussi le communisme , pour peu qu’il ait de lo--^ gique (et nous verrons qu’il n’en a pas manqué), ert vient-il fatalement à tenir à peu près le langage suivant à l’humanité : « Je m’emparerai d’abord des produits matériels pour les répartir conformément à l’in-*^' térêt général; mais pour qu’il n’y ait pas sur certains ’' points surabondance et sur d’autres disette, et par con-^; séquent impossibilité d’une bonne répartition, je diri-‘i gérai la production, ce qui ne se peut faire que si je' dispose comme je l’entends des producteurs eux-mêmes, t J’assignerai donc à chacun sa tâche ; et, pour m’assurer*’^^" comment il la remplit et qu’il n’en remplit pas une autre, je le forcerai à travailler en commun. De même, pour qu’il ne puisse être suspecté de dérober à ses frères, par une économie coupable et spoliatrice, quelque parcelle de la part sociale qui lui revient, il devra aussi consommer en commun. Voilà la famille trans- . portée sur la place publique. ‘ • ' * \

Mais cette famille, pourquoi la laisser elle-même subsister? Ignorez-vous l’ardeur jalouse et la prévoyance ombrageuse du père et de la mère pour les enfants? maintenir la famille , c’est créer une conspiration permanente contre la communauté au sein de la communauté même, c’est se condamner à voir bientôt, sous les noms trompeurs de liberté, d’émulation, d’éco-

nomie , d’attachement conjugal , paternel , maternel et filial, se glisser la licence, la concurrence, l’épargne, la jalousie, le faTorItisme, la préférence de soi ou des siens aux autres. Ce n’est pas tout. Il y a au sein de l’individu de mauvais penchants qui résistent en tendant à lui persuader que la communauté n’est pas le meilleur régime. Il faut de très-bonne heure, dans son intérêt bien entendu, lui en insinuer l’amour par Védur cation. Donc que l’éducation soit, elle aussi, commune.

Enfin l’on sait combien les religions qui ne prétendent s’occuper que des choses du ciel influent sur celles de la terre. Quelles sources de diversités et do luttes que les idées et les croyances ! Pas de sectes donc, pas d’hérésies, pas de communions diverses, pas d’opinions individuelles. La religion sera commune pour tous.

Or, comme ce grand travail ne se peut faire tout seul et sans qu’un certain nombre d’individus se croient en droit de murmurer, l’État sera chargé de le remplir et de réprimer les mécontents jusqu’à leur entière conversion. L'État seul produira, répartira, consommera, enseignera, prêchera, priera, réprimera; il sera le grand agriculteur, le grand manufacturier, le grand commerçant, le grand professeur, le grand prêtre ; il sera l’esprit et la matière, le dogme et la force, la religion et la police.

Combien il est chimérique ce partage qu’il plaît à quelques-uns des adeptes du communisme de faire des choses et des personnes, de la propriété et de la famille, de l’action de l’État et de l’initiative individuelle! A proprement parler, y a-t-il des personnes pour le com-

TM. MOUUS

munisme? non, non, il n’y a que des choses. La déchéance dont il frappe la propriété atteint jusqu’au dernier principe de liberté; il attire dans sa sphère la vie intellectuelle et morale comme la vie physique; l’homme, dont il ne prétendait souvent saisir qu’une seule faculté et n’intercepter qu’un seul ordre de produits , y passe , en définitive , tout entier, y passe corps et âme.

' Détruire la liberté, qu’est-ce sinon détruire l’individu dans son essence même? Un écrivain a défini l’homme philosophiquement : une intelligence seme par des organes. 11 serait peut-être plus vrai de dire : « L’homme' est une liberté servie par des organes, » en comprenant parmi ceux-ci l’intelligence même, la force physique, la terre, le capital. Mettre les organes en liberté, c’est y mettre l’homme; les réduire en servitude, n’cst-ce pas y réduire l’homme même?

Disons un mot de l’erreur fondamentale du communisme. Cette erreur peut se résumer, suivant nous, dans lu préférence qu’il accorde à l’égalité sur la liberté.

Or, par cela seul qu’il préfère l’égalité, il la manque.

Prouvons-lc.

L’égalité suppose quelque chose qui lui est antérieur, un fait sur lequel elle porte et qui d’abord la puisse admettre. Or, au vrai, sur quoi porte l’égalité? Est-ce sur rintelligonce? Prenez deux hommes au hasard : vous les verrez différer et dans le degré et dans la nature même de leurs aptitudes. Ainsi de tout au sein même dé l’homme et au dehors, dans l’ordre moral et dans l’ordre matériel. Voulez-vous trouver le type, le fond, la règle de l’égalité? Adressez-vous à la liberté,

à elle seule. La liberté de chacun reconnue et garantie, telle est l’égalité véritable. Nous sommes égaux dans et par la liberté.^^ Cette vérité est la règle absolue, la seule origine en fait et en droit de l’égalité entre les membres de la grande cité. En dehors de l’égalité dans la liberté, tout est chimère et déception.

Dire qu’on met l’égalité au-dessus de la liberté, c’est proférer un contre-sens tel que ni la liberté ni l’égalité ne peuvent en sortir, car qui nie l’une nie l’autre. Prétendre assurer l’une par l’oppression de l’autre, c’est une contradiction monstrueuse. Cette contradiction est le début du communisme.

Ne sachant pas voir l’égalité où elle est, il- est conduit à la mettre où elle n’cst pas. Car l’idée de l’égalité est une idée inhérente à l’esprit do l’homme, un besoin impérieux de son cœur, une loi nécessaire de son développement. L’ayant méconnue dans la liberté qui seule en est capable, il voudra l’imposer aux passions, aux idées, aux besoins, aux choses, en un mot à tout ce qui ne la comporte pas. Il ne tiendra nul compte de cette inégalité providentielle, on peut le dire, des facultés, qui permet à la diversité des vocations de se faire jour et qui crée une nécessaire hiérarchie dans la grande armée du travail intellectuel et matériel. A ce mélange d’unité et de variété qui est l’ordre et la vie même , il substituera une uniformité écrasante. Effacer toute frontière au sens intellectuel et moral , combler les vallées, aplanir les montagnes, aboutir ainsi à l’universelle plafttude , voilà son essence. Avec l’égalité civile, personne ne naît général ni grand manufacturier, tout le monde peut le devenir. Avec l’égalité ab-

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