‹ Publicistes modernesChapitre 16 sur 32 · TH.'MORüS · texte numérisé non relu

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solue des conditions, tout le monde naît et reste soldai et ouvrier. Turenne tisse le colon, Corneille garde les ' •troupeaux, Leibnitz travaille aux mines. Après avoir méconnu la vraie nature de la liberté, comment le communisme n’arriverait- il pas à la tyranniser quand il la > rencontre comme obstacle? Demandez, par exemple, à JM. Cabet ce qu’il fait de la liberté de la presse et de la discussion avec son journal unicpie émané du gouvernement d’Icarie, et sa censure s’exerçant sans pitié sur tout ce qui tendrait a contredire la marche de ce gouvernement paternel.

Fausse idée de l’égalité et de la liberté, voilà le point de départ du communisme : tout le reste en découle.

IMéconnaissant et mutilant la liberté et l’égalité, il sacrifiera par là même les vrais droits pour inventer des droits chimériques.

Être libre, j’ai le droit de disposer de mes facultés, de mon activité, le droit de travailler, avec toutes les dépendances que ce mot rappelle. Un tel droit n’est pas autre chose que la reconnaissance de la liberté générale, et en conséquence il est évident qu’il n’opprime personne. Suivant le communisme, j’ai le droit au travail , avec toutes les nécessités que ce mot entraîne : c’est-à-dire que je puis exiger du travail, forcer les au-‘ très à m’en donner. Voilà donc une portion de l’humanité, je ne dis pas obligée moralement et au nom de la sympathie, mais physiquement contrainte, mais obligée par autorité à fournir à l’autre du travail. Quand j’assiste le pauvre, je ne.fais aussi, d’après le système, que lui payer une dette; ne lui rien donner, quand on le peut, ce n’est plus être seulement un cœur dur, un

méclianl; c’est être un Toleur. On mérite donc d’être traité comme tel, c’est-à-dire d’être emprisonné ou pendu , suivant les temps. Nous ne calomnions pas le communisme. Nous ne faisons que rendre hommage à sa logique.

Le communisme arme l’individu de droits mensongers; pour y satisfaire, il surchargera l’État de devoirs impossibles. Double germe d’anarchie et de despotisme, qui ne laisse à la société d’autre alternative que la guerre acharnée de tous contre chacun et de chacun contre tous, ou que la plus dure servitude.

Les conséquences économiques et morales intimement liées entre elles du système communiste ne découlent pas avec moins de rigueur de ses prémisses erronées. Où la liberté individuelle est sacrifiée, où l’efTort plus ou moins heureux est compté pour rien , comment y aurait-il mérite? A la formule consacrée :

A chacun suivant son mérite, le communisme substitue celle qu’il emprunte à la prétendue sainteté des instincts : A chacun selon ses besoins.

Ainsi, travaillez peu ou beaucoup, produisez avec plus ou moins de zèle, de soin, d’abondance, il n’iin- ^ v. porte. Vous êtes un mauvais ouvrier, mais vous avez beaucoup de besoins, dès lors vous consommerez beaucoup.

. Qui ne voit où conduit la mise en pratique de ces, maximes? Elles invoquent la justice et elles violent l’équité la plus vulgaire. Elles prétendent parfois se placer sous le patronage du spiritualisme , et elles ne sont que l’expression la plus éhontée du matérialisme.

Eue société aussi paresseuse à produire qu’empressée f

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à consommer, tel est leur résultat le plus net. Abandonné à lui-même, le communisme produit ce beau chef-d’œuvre de surexciter tous les instincts en diminuant tous les moyens de les satisfaire. C’est pourquoi, quand il se tempère et se contredit en partie pour pouvoir subsister, on le voit, après les plus bellps promesses, aboutir à un jeûne général, et changer un troupeau d’épicuriens en un couvent d’ascètes. C’est un état dont les titoyens, quand ils ne sont pas ivres, sont condamnés à ne boire que de l’eau. Point de milieu pour ces gens-là entre l’excès et l’abstinence.

Le communisme détruit-il du moins les abus qu’il prétendait abolir radicalement? Il est facile de prouver qu’il ne fait que les aggraver et les généraliser. Il attaque la qpncurrence (c’est-à-dire au fond encore la liberté), on sait avec quelle fureur. Mais à la j>lace de la concurrence légitime, laborieuse, éclairée, profitable à tous, des intérêts , il met la concurrence aveugle , stérile et anarchique des appétits. Il se plaint de trouver le vol dans la société, et, pour le supprimer, il décrète la spoliation générale. Il gémit sur la prostitution, et il proclame la promiscuité des femmes. Il s’irrite de voir un certain nombre d’individus qui n’ont eu, pour jouir, qu’à prendre, comme il dit, la peine de naître, et il déclare qu’il suffit à tous, les hommes d’avoir pris cette peine pour participer, sans travail suffisant, * sans effort méritoire, aux avantages sociaux. Il accuse enfin l’exploitation du prolétariat, et il rend tout le monde esclave de l’État, Ajoutons que cet esclavage n’est pas seulement la servitude politique et economique, mais une servitude morale qui doit pei-pétuer

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indéfiniment l’une et l’autre. Quand on a, en effet, aboli dans le cœur de l’homme, avec le libre arbitre, la dignité personnelle, le souci de ravenir, les calculs et les affections qui donnent un but à l’existence, l’essor de l’imagination et les fantaisies permises qui y jettent un peu de diversité, que reste-t-il pour remplacer tous ces ressorts brisés, pour compenser tous ces biens perdus? Encore une fois, des instincts égoïstes, des appétits, et si l’autorité est panœnue à les mâler et à les réduire au minimwn de satisfaction, une lâche et sourde corruption, unique dédommagement d’une vie condamnée au monotone supplice de l’ennui.

On voit ([ue si le communisme est une erreur bien liée dans toutes ses parties, il n’en est pas moins vrai qu’il aboutit, quant aux résultats, comme c’est le propre de toute erreur et de tout excès, à des contradictions souvent monstrueuses. En énervant ou en faussant tous les mobiles qui constituent l’essence, la santé, l’énergie de l’être moral, il a du même coup tari toutes les sources de la richesse qu’il se {troposait de développer au profil de tous. En frappant de stérilité le principe de liberté, il a partout créé la mort.

Le communisme a cherché à suppléer à ce principe si fécond en faisant appel à V amour. Réduit à l’instinct, il cherche dans l’instinct même de quoi corriger ses mauvais effets.

Celte prétention est chimérique.

L’instinct ne peut être tempéré dans ce qu’il a d’excessif et de désordonné, avivé dans ce qu’il a d’inerte, que par ces forces qui lui sont supérieures comme la lumière aux ténèbres, comme la règle au hasard, par le devoir

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qui est fixe et précis et par l’intérêt qui agit toujours. Quant à faire de l'amour, de la fraternité, le seul res-^', sort de la production, c’est rêver la plus irréalisable des utopies. 11 est insensé d’exiger que l’honune laboure, fabrique, vende, avec ce perpétuel enthousiasme que les occupations les plus hautes de la pensée et la religion meme ne comportent pas toujours. On ne saurait^ vouloir qu’il vaque aux travaux quotidiens les plus su-, baltemes dans ce sublime esprit do sacrifice dont les actions héroïques, précieusement recueillies dans la mémoire des hommes, ne sont que les rares éclairs. Jamais le mot de Pascal : « Qui veut faire l’ange fait la bête » n’a été mieux justifié que par le communisme qui commence par supposer à l’homme d’angéliques vertus pour aboutir à le montrer constamment en pratiqué grossier et brutal. Quelle illusion n’est-ce pas aussi dô compter que l’individu aimera tout le monde , se dé-, vouera à tout le monde, quand on lui a défendu d’aimer sa famille et de se dévouer à elle 1 La sympathie , comme toutes nos autres facultés, a besoin d’exercice et ■ d’aliment; elle s’étend peu à peu, elle va du moins au plus. On ne commence pas par aimer le genre humain, on finit par là, et ce n’est le fait que de quelques natures très-développées. Combien de lumières, quelle élévation ne suppose pas un sentiment si compliqué ! Le communisme, en prenant le contre-pied de cette loi si élémentaire, noie pour ainsi dire la sympathie et le dévouement au sein de cet océan sans limites qui s’appelle le genre humain , comme il engloutit l’individu dans cette immense et vague abstraction qu’il nomme société. X- ' ■ T'

ET LE COMSnmiSME MODERNE. 271

Voilà le commùnîsme, considéré comme système ! Tel il est chez Monis, malgré quelques rayons purs de christianisme, malgré quelques contradictions honorables que je signalerai. Tel il nous apparaît chez ses successeurs, se précipitant dans toutes les erreurs et dans toutes les contradictions au nom d’un faux principe, exagérant tous les maux dont il se plaint, en déchaînant de nouveaux sur l’humanité, ne trouvant pour créer l’immense capital dont il aurait besoin, pour réaliser ses plans que le principe peu productif en industrie de la fraternité, rendant enfin cette fraternité elle-même impossible en ^ conviant clique membre de la communauté à se jeter sut une quantité nécessairement de plus en plus réduite de produits ou à se courber sous la loi dure d’un État qui ne peut que distribuer savamment la misère , répartie avec une égalité désolante par une main inflexible. On peut s’étonner qu’une pareille doctrine trouve des adeptes. Cependant le communisme invoque en sa faveur une longue tradition perpétuée dans tous les siècles à travers les révolutions de tous genres. Il a sa source, comme toutes les utopies sociales , dans toutes les imperfections, les unes susceptibles d’amendement, les autres inévitables, de l’état social , il s’explique à la fois par un sentiment de pitié pour les misères humaines et par de détestables passions.

Le communisme a été vu à l’œuvre : on peut le juger par scs fruits. ,

Comment parler du communisme sans nommer Sparte, rappelée par Morus comme par Mably à titre de modèle idéal, et comment nommer Sparte sans rappeler ce que l’esclavage dans l’antiquité a eu de plus odieux? Le ré-

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