TII. MORUS
gime dé la communauté et le travail sont deux termestellement incompatibles, que partout où celui-là a été implanté, il a eu besoin pour subsister de condamner aux travaux forcés des classes entières. C’est ainsi que le communisme des citoyens de Lacédémone ne put se maintenir que par l’ilotisme appliqué à l’agriculture et aux arts utiles. Sparte réalisa mieux qu’aucune autre cité, si ce n’est peut-être la Crète, l’idéal du communisme. Elle ne commit pas la faute de mettre en commun les objets mobiliers et les produits matériels, sans comprendre qu’elle devait y mettre également l’éducation et les femmes. Mais, par une de ces concessions de la réalité à la logique que nous rencontrerons partout dans l’histoire du communisme , par une de ces inconséquences qui rendent à la fois son existence possible et sa destruction inévitable, elle garda quelque chose de la propriété individuelle en la maintenant poiy les terres également partagées. Quelle n’est pas d’ailleurs la supériorité pratique du communisme Spartiate sur le communisme des modernes ! 11 ne promettait pas aux membres de l’association la richesse et la jouissance, mais la pauvreté et l’abstinence en commun ; il stimulait les enfants qu’il élevait, non pas par le travail attrayant, mais par le fouet en perspective. C’est par ces moyens qu’il put quelque temps subsister. Leurs principes de morale interdisaient de plus aux Spartiates les plaisirs selon eux énervants des arts, dont leur économie politique au besoin eût suffi à leur enjoindre là privation : point d’arts sans excédant de richesses; eCquel excédant possible avec le comrnunisme? Le chef-d’œuvre de la législation Spartiate fut d’inspirer pour cet état un véri-
table fanatisme d’abnégation et de dévouement. Les mœurs n’en valurent pas mieux. Le Spartiate, grossièrement nourri, dressé à la guerre, sans luxe et sans commerce, sans lettres corruptrices, ne fut pas moins débauché que féroce. Cette force farouche céda presque au premier contact de la Grèce civilisée, et ne sut point tenir devant les richesses conquises après la guerre du Péloponèse. Ce peuple , qui avait repoussé la propriété, fut réputé pour sa rapacité, son avarice, et la vénalité de ses magistrats. Ce peuple , qui avait tout sacrifié à la vertu guerrière, en vint à un point tel d’affaiblissement, qu’il fut obligé de recruter ses armées parmi les ilotes auxquels il emprunte ses derniers grands hommes. Préoccupé, comme tous tes anciens législateurs, de l’unique idée de faire disparaître les révolutions en ôtant les inégalités, Lycurgue oublia qu’il y a un pire danger pour les États que les révolutions , c’est de tomber en une dissolution honteuse; c’est ainsi que Sparte a fini.
Le génie romain dut ignorer le communisme. A Rome tout fut précis, arrêté, les dieux, les vertuS|j^ les lois, les doctrines; Rome vit fleurir le stoïcisme qui exalte la liberté et la dignité de la personne, et' la propriété qui les assure. La propriété put s’y montrer abusive sans y être niée. L’usure y parut sans entrailles. Quant à la loi agraire, si fréquemment confondue avec le communisme, elle n’a été que la revendication , au profit des pauvres plébéiens qui avaient pris part à la conquête, des terres exclusivement détenues par les nobles et les chev^iers. Les Gracques ne firent , ne dirent absolument rien que la théorie propriétaire ne puisse avouer, et le chef des communistes