TU. MORDS
révolutionnaires, Babeuf, en se parant de leur nom, donnait une preuve de plus que ses contemporains et lui-même ne savaient pas cette histoire romaine qu’ils parodiaient.
Quant aux révoltes d’esclaves, quel rapport offrentelles avec le communisme? Ces malheureux ne se soulevaient pas pour mettre tout en commun ; ils combat- * taient pour avoir la propriété d’eux-mêmes.
En Judée, l’esprit de famille et la propriété avaient reçu de la loi mosaïque la plus forte organisation. La loi du jubilé, qui faisait rentrer dans la même famille le fonds de terre engagé, était une sorte de consécration de la propriété; elle était pourtant aussi une atteinte à ce droit, en ce qu’elle gênait la liberté individuelle et arrêtait le cours naturel des transactions; chacun vivait « à l’ombre de sa vigne et de son figuier, » mais chacun vivait comme attaché à la glèbe de son patrimoine. L’industrie, le commerce, les sciences et les arts qui ont besoin d’un certain superflu et de l’activité qui résulte de rapports fréquents entre les hommes, restèrent étranger4à ce peuple intelligent et énergique. A une pro- ^ ptiélé nulle correspond la nullité de civilisation. Une civilisation incomplète est de même l’effet de tout amoindrissement de la propriété qui ne produit pleinement ses efl^lii^<iu’à la condition de rester individuelle, c’est-à- . dire transmissible à volonté.
. L’essénianisme fut le communisme de la Judée. Dans ce pays de la religion, le communisme s’associa au principe religieux, comme dans la Grèce, le pays de la philosophie, il s’était associé à l’idée philosophique avM le pythagorisme'' qui en fut la réalisation partielle.
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L’institut pylhagorique fut une communauté de sages •vivant conformément aux prescriptions les plus sévères du spiritualisme dans l’abnégation, l’amitié, la culture des sciences, notamment des mathématiques et de l’astronomie. Leur austérité et leurs travaux donnent l’idée d une sorte de Port-Royal païen, en même temps que leur ardeur de dominer et leur activité politique, qui les firent chasser de la plupart des villes où ils avaient fondé des établissements, rappelleraient au contraire la congrégation des jésuites.
A la différence des pythagoriciens, qui furent comme des couvents de philosophes, et qui eurent pour idéal politique une aristocratie de lumières gouvernant les masses soumises, les esséniens nous montrent toute une peuplade formant, comme nous dirions en langage moderne, une sorte de démocratie fraternelle ; non que la hiérarchie n’y fût respectée, et qu’il n’y eût dans ce petit peuple des rangs même fort tranchés, à ce qu’il parait, en ce qui tient à la considération; mais tous, sous la seule condition d’une vie pure ou du repentir, y étaient admis, et tout entre les chefs et les subordonnés était en commun. Il faut remarquer, à l’honneur des esséniens, qu’ils regardaient l’esclavage comme une impiété. Cette exception d’ailleurs ne signifie rien en faveur du communisme. Les esséniens, en effet, étaient une association très-limitée et tout à fait volontaire; c’était un peuple de moines; Pline a dit de cette communauté : c< Elle se perpétue sans femmes, vit sans argent.. . Le repentir et le dégoût du monde sont la source féconde qui l’alimente. » La communauté ainsi entendue n’est qu’une forme de l’association lihi-e : elle n’engage
TH. Monus
que ceux qui consentent à en faire partie. Les travaux y étaient d’ailleurs exécutés par des hommes formés aux habitudes et aux leçons de la grande société, et, comme toutes les communautés religieuses, elle était fondée non sur le principe de la satisfaction illimitée, mais sur celui d’une abstinence assez rigoureuse. Autant en dirons-nous des thérapeutes, secte juive de l’Égypte, dont les adeptes vivaient isolés et n’avaient guère en commun que les exercices du culte.
Le christianisme vint mettre fin au monde ancien. Chez son premier fondateur et chez les premiers apôtres se montra-t-il favorable au communisme? Cette question a été discutée avec beaucoup de force par M. Franck • dans son écrit sur le Communisme jugé par l'histoire. D’abord, si le Christ était venu pour préconiser le communisme, il n’eût pas gardé sur cette doctrine le plus profond silence. Ensuite les textes de l’Évangile que l’on invoque en faveur du communisme ont une portée toute contraire à celle qu’on leur attribue. Jésus-Christ recommande l’aumône, le dépouillement, c’est-à-dire le don volontaire, qui est un usage et non une négation ' de la propriété. 11 fait, en un mot, de la charité un devoir religieux , une vertu et non un effet de la contrainte, qui abolit toute vertu et toute charité. 11 répète le précepte de la loi divine : « Tu ne déroberas point, » consécration éclatante de la propriété. Il proche l’inviolabilité de la famille jusqu’à donner dans la condamnation du divorce une des rares prescriptions civiles qu’il ait énoncées. Le langage et la conduite des apôtres ne déposent guère. 'davantage pour le communisme. La mise en commun toute spontanée des biens des pre-
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miers fidèles fut, autant qu’une image de la fraternité chrétienne, un moyen de résistance et un instrument de propagande. L’exemple de la petite famille chrétienne de Jérusalem après la mort du Christ , exemple peu suivi par les autres Églises, est nul comme argument.
Il faut aller jusqu’au deuxième siècle et s’adresser à une hérésie sévèrement flétrie par le christianisme, pour voir le communisme pratique s’autoriser de la religion. Les carpocratiens qui se confondirent avec les gnostiques renouvelèrent, un peu moins de deux siècles après Jésus-Christ, les infamies de ces bacchanales que Rome avait vues un peu moins de deux siècles aussi avant la venue du Révélateur. Les communautés chrétiennes qui s’établirent dans un but ascétûjue n’ont rien au fond à démêler avec l’iiistoire du communisme. Il est certain même qu’elles n’auraient pu se maintenir dans une société communiste, puisque ce n’était pas d’elles-mcmes, mais du dehors, qu’elles tiraient leurs ressources. Tout diffère d’ailleurs entre ces communautés et le communisme. On y venait s’adjoindre, on n’y naissait pas. L’objet en était presque toujours purement religieux. Les sexes, loin d’y être confondus, y vivaient séparés; dans celles où le mariage était permis, il était observé avec austérité et sévèrement réglementé. L’association des frères moraves notamment se distingue par son caractère moitié civil et moitié religieux. Elle s’est maintenue par l’esprit évangélique d’humilité, d’abnégation, d’espérance dans une vie immortelle qui rend moins exigeant pour celle-ci, par cet esprit, en un mot, qui est l’opposé de celui du communisme. Il faut, en reconnaissant leurs vertus et leur bonheur négatif.