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reconnaître aussi que leur esprit de secte étroit, leur état stationnaire, leur absence d’arts, leur proscription de toute science relevée et de toute spéculation philosophique ne s’accordent guère avec le caractère général et les plus nécessaires conditions de la civilisation moderne.
Quand on suit l’histoire des hérésies, on trouve que le communisme est resté étranger à la plupart d’entre elles. Les auteurs ecclésiastiques, pour les flétnr pins sûrement, leur ont un peu prodigué ce reproche dont les écrivains communistes se sont emparés avidement pour se faire une tradition plus imposante. Bossuet, dans son Histoire des Variations, n’a pas épargné cette accusation aux hérétiques des onzième et douzième siècles, et notamment aux Yaudois et aux Albigeois > dont l’innocence, à cet égard, nous paraît avoir été établie, à l’aide d’autorités imposantes, par M. Sudre, dans son Histoire du communisme. 11 en est de même des lollards et de quelques autres sectes dont les réclamations n’allèrent pas au delà des abus du haut clergé et des abhayes. Il a fallu toute la partialité de l’histoire contemporaine écrite au point de vue communiste pour faire de Wiclef et de Jean IIuss des apôtres de la fraternité sociale. Les germes du conununisme se développèrent pourtant au sein de certaines sectes, comme les frères du Lihre-Esprit au treizième siècle et peut-être au sein de quelques autres. Mais c’est avec les ana- , haptistes qu’il éclate de la façon la plus incontestahle, la plus hardie et la plus terrible. M. Sudre a fort bien raconté ce tragique épisode de l’histoire du communisme, dans lequel il se montra tout entier avec le cortège des ^tusses- théories qu’il met en avant et des
mauvaises passions qu’il soulève. « Nous sommes tous frères, disait Muncer, le chef des anabaptistes, à la foule qui l’écoulait, et nous n’avons qu’un commun père dans Adam; d’où vient donc celle différence de rangs et de biens que la tyrannie a introduite entre nous et les grands du monde? Pourquoi gémirons-nous dans la pauvreté et serons-nous accablés de maux tandis qu’ils nagent dans les délices? N’avons-nous pas droit à l’égalité des biens, qui, de leur nature, sont faits j)Our être partagés sans distinction entre tous les hommes? Réndez-nous, riches du siècle, avares usurpateurs, rendez-nous les biens que vous retenez dans l’injustice; ce n’est pas seulement comme hommes que nous avons droit à une égale distribution des avantages de la fortune, c’est aussi comme chrétiens. » La spoliation, la polygamie, la destruction des statues, des tableaux, des livres, à l’exception de la Bible, suivirent CCS prédications à Mulhausen et surtout à Munster.
Après avoir montré comment, par lui-mêrhe, il rend les hommes sensuels, féroces, il restait au communisme à faire voir, par l’exemple du Paraguay, comment il peut les rendre moraux, doux et heureux en s’unissant au principe religieux. Cette dernière expérience dont il SC vante ne paraît pas elle-même fort brillante et fort enviable. Le chef-d’œuvre des jésuites dans leurs colonies fut de changer une population d’hommes en un véritable troupeau d’enfants obéissants, craintifs, sans aucune initiative, sans vices et sans vertus. Les révérends pères avaient établi une réglementation universelle; ils dirigeaient la production et la ré])artilion de la richesse avec cet absolutisme sans
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lequel la communauté n’est pas possible. Le bonheur qu’ils procurèrent à leurs ouailles ne fut pas cependant à l’abri de nuages; il est avéré que leur départ fut accueilli avec des cris de joie. L’état d’innocence primitive et même de bonheur sous une autorité supérieure ne saurait être l’idéal de la civilisation. Mille fois plutôt la lutte avec ses chutes inévitables et avec les progrès qui la suivent que celte inerte et stupide impeccabilité!
On s’étonne que Morus ait pu reprendre un rêve souillé de sang presque sous ses yeux. 11 est vrai qu’avec lui le communisme rentra dans la sphère innocente des théories. Il faut aller jusqu’à notre temps et à la New- Harmony de M. Owen pour rencontrer un nouvel exemple du communisme pratique. Les erreurs et les déceptions des modernes réformateurs ont trouvé un exact et ingénieux historien dans M. Louis Reybaud*. Les mésaventures récentes éprouvées par M. Gabet, mort à la peine , complètent cette épreuve sans ajouter rien de nouveau à celte monotone histoire. On peut dire qu’en somme le communisme n’a rien exécuté de considérable à dater du Paraguay, où il n’a pu vivre quelque temps que grâce à l’altération et aux modifications que lui a fait subir l’esprit religieux. Depuis lors , il n’apparaît plus qu’à l’état d’aspiration et de conspiration. Babeuf et ses complices subirent le même sort que Muncer et Jean de Leyde, sans avoir eu le même succès; et les annales de la doctrine n’ont guère été depuis, et on l’a vu en juin 1848 , que celles de ses défaites et de ses mécomptes.
• Éludes sur les réformateurs contemporains, par M. L. Reyl)aud .
C’est avec raison que M. Franck présente dans la République de Platon le type de toutes les utopies communistes. Il distingue toutefois le communisme du philosophe grec des doctrines avec lesquelles on le confond. On s’est trop figuré Platon à l’image de nos modernes utopistes qui visent à réformer le monde. La République de Platon est une application purement idéale de sa philosophie à la société. Comme philosophe, Platon semble avoir méconnu dans l’analyse de l’homme le fait moral de la liberté; il transporte cette lacune avec ses déplorables conséquences dans sa société imaginaire. Comme philosophe encore, il a admirablement compris l’idée de justice, autant qu’on peut le faire en la séparant de la liberté; et il arrive, avec une rigueur géométrique dissimulée sous la forme la plus libre et la plus brillante, à l’égalité absolue, rompue seulement, non plus par les différences individuelles d’effort et de mérite , mais par les différences natives et réputées habituellement hérédiUiires d’intelligence et d’énergie morale. C’est, ainsi qu’on le voit, aboutir à une aristocratie de philosophes et de guerriers. N’oublions pas non plus que Platon, bien loin de regarder vers l’avenir, a les yeux tournés constamment du côté de l’Orient, ce pays de là propriété plus ou moins collective et de la théocratie. Sauf quelques vues purement 'morales, aussi sublimes que neuves, qui contenaient l’avenir du genre humain, on peut dire que Platon, dans sa République, a écrit l’utopie du passé. On a observé d’ailleurs ‘ que
‘ Celle remarque a été faite par M. Adolphe Garnier, dans son excellent ouvrage sur la Morale sociale, ouvrage dans lequel les