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TH. MORCS
dans cet ouvrage même la propriété et la famille ne paraissent être interdites qu’à une seule classe, celle des guerriers. Nos armées ne rappellent-elles pas quelques traits fort affaiblis d’ailleurs de cette organisation? Nourris par les autres classes de citoyens, les soldats ont-ils, tant qu’ils restent sous les drapeaux, une famille, un champ qu’ils cultivent, une table à part? La Répurblique n’en atteste pas moins avec la plus grande force la pente irrésistible du communisme qui, soit qu’il ait son point de départ dans un brutal appel aux instincts, soit qu’il prenne, comme ici, sa source dans le principe métaphysique d’une justice abstraite, dépouillée de l’idée et du sentiment du libre arbitre, arrive aux mêmes conséquences et lire la négation de la famille de celle de la propriété. Au reste, le sourire de Socrate, en exposant cet impraticable système, est peut-être la réfutation qui s’applique le mieux à ce jeu brillant de la dialectique et de l’imagination combinées, déduction logique et poétique d’une idée , et non pas dessein sérieux, plan arrêté de réforme sociale.
Avec Morus comme avec Campanella, l’auteùr de la Cité du Soleil, le communisme se présente sous forme d’hypothèse, de symbole ou d’allégorie. Au dix-r huitième siècle il fait avant tout usage de l'analyse et du raisonnement. Certes la constitution de la propriété était vicieuse; l’œuvre de la philosophie et de l’économie politique était de travailler à la réformer; mais si les inégalités excessives et injustes de la société
utopies socialistes sont incidemment, mais parfaitement réfutées par la psychologie et par la morale.
du dix -huitième siècle font comprendre le communisme, comment justifieraient-elles un système qui marchait en sens inverse de l’aspiration générale vers la liberté et la civilisation? Rousseau n’est pas partisan de cette doctrine, bien qu’il lui ait prété des armes. Dans le Discours sur l'inégalité comme dans le Contrat so~ cial^ il reconnaît l’intime solidarité de la propriété et de la société, et tout en déplorant l’existence de celle-ci, il la déclare indestructible. En fondant la propriété sur la loi, il commet une erreur généralement partagée à son épo<iue, etdontMontcstiuieu lui-même n’est pas exempt. Mably, auquel M. Franck consacre une notice pleine d’intérêt, Mably engage l’humanité à rentrer dans son état naturel. Dans sa Législation ou Principes des lois^ dans ses Doutes sur l'ordre naturel et essentiel des sociétés opposés aux physiocrates, dans ses Entretiens de Phocion, il n’est guère que le commentateur servile de Rousseau et de Lycurgue, sauf l’addition importante du travail attrayant. Travail en commun, répartition par l’État, abolition des arts, intolérance en matière de religion, ces vieilles conséquences de la doctrine sont tirées par Mably avec une rigueur qui laisse peu à désirer. Morelly l’exagère pourtant encore , s’il est possible, dans son ennuyeuse Basiliade et dans son odieux Code de la nature, faussement attribué à Diderot, devenu le code du communisme révolutionnaire. Les témérités de Rrissot de Warville, qui, devançant un mot célèbre de M. Proudhon, assimile la propriété au vol, les excentricités peu conséquentes avec l’ensemble de leurs opinions sociales de Necker et de Linguet, ne font que répéter ou atténuer ces anathèmes et ces théories.
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