PORTRAITS
DE
TABLEAU HISTORIQUE
DES PROSBÈS DE LA PHILOSOPHIE POLITIODE'
A mesure que nous nous appliquons à mieux comprendre les liens intimes qui unissent entre elles les diverses manifestations de l’esprit humain, poésie, art, philosophie , politique , nous risquons moins de tomber dans ces histoires purement abstraites qui rétrécissent et faussent leur objet à force de l’isoler. On peut montrer les inconvénients de cette méthode critique qui substitue l’explication à l’enthousiasme, l’histoire à l’idéal, l’observation et l’érudition à la leçon de morale et de goût; on ne saurait de nos jours complètement s’y sous-
• Tableau historique des progrès de la Philosophie politique, par M. Edmond de Beauverger, 1 vol. in-8°.
TABLEAU HISTORIQUE
traire, car elle marque un pas nouveau de la réflexion. Tâchons seulement de ne pas la pousser à ce point où l’expérience instructive mènerait à l’indifTérence. Nous aurions alors moins gagné que perdu. Se rendre un compte exact des conditions dans lesquelles sont nés tels et tels système, se sont développées telles et telles formes, c’est bien. Chercher la vérité et la beauté, les aimer, s’y attacher de toute son âme , c’est mieux encore. Ce serait à tort que l’on voudrait séparer la Politique des circonstances générales de race, de climat, de configuration géographique, de traditions historiques de toute nature dont elle est à beaucoup d’égards une résultante. Est-ce à dire pourtant qu’il n’y ait pas là aussi un idéal à atteindre et quelque chose d’absolu? Prise dans son sens le plus général, la politique relève de la morale dans ce que celle*ci a d’éternel et de nécessaire. De même qu’à travers les diflërences que mettent entre les hommes la forme du crâne et la couleur de la peau il subsiste un type commun qui est V homme, de même, à travers toutes les diversités secondaires qui tiennent à de variables éléments, il y a un type constitutif de la Politique, qui se rapporte aux éléments fixes du droit naturel et du droit civil , et aux lois stables selon lesquels se gouvernent ces machines vivantes qu’on appelle les gouvernements.
Il peut donc y avoir une philosophie politique; et par le fait la succession des systèmes atteste qu’il y en a une; est-il également vrai de dire qu’elle ait réalisé des progrès, des progrès tels que l’écrivain qui en retrace l’histoire puisse en faire l’objet et le titre même de son ouvrage ? Nous avons fait bien des révolutions ; en