DES PROGIIÈS DE LA PHILOSOPHIE POLITIQUE
avons-nous découvert une seule cause qui ait échappé à la sagacité profonde d’un Platon et d’un Aristote? Opérant, pour ainsi dire, à l’aide d’une intuition prodigieuse, sur la masse des Constitutions connues de leur temps, ont-ils laissé un des grands ressorts de la politique sans l’indiquer, une seule des maladies du corps social sans la décrire? Combien de fragments de politique à l’usage de toutes les époques, aisés à formuler en lois et en principes, d’une application universelle, ne trouve-t-on pas dans Polybe et dans Thucydide, dans Tacite et dans Tite-Live? Pourtant je crois que l’on a le droit de parler des progrès de la Politique. On a ce droit, si on désigne ainsi ce qui est relatif aux formes de gouvernement. On l’a plus visiblement encore si l’on met sous le même mot la connaissance de la constitution intime des sociétés et des conditions diverses de leur développement. La science 'politique juge aujourd’hui les relations sociales au nom d’une morale plus haute, plus pure, plus humaine. Elle se complique de toute une science nouvelle, science des lois qui président à l’organisation de l’industrie humaine, à la répartition de la richesse librement créée et se distribuant par de libres contrats entre les membres de la société. Certes, la Politique proprement dite, la science du gouvernement, s’est perfectionnée, elle aussi, chez les peuples modernes. Ils connaissent et pratiquent mieux la division des pouvoirs. Le gouvernement j%présentatif,;tel.que nous l’entendons, est une découverte moderne, presque ^autant que l’imprimerie et la vapeur. Quel changement ne pâlit pourtant devant la transfomnation radicale qui^ a poi# symboles une nouvelle constitütion du travail, une autre organisation
TAHLEAÜ lUSTORlOCK
de la propriété, la réforme de la famille, et cette conquête admirable, la distinction du spirituel et du temporel , la séparation de la religion et de l’État, qui garantit à la fois la liberté des consciences et le repos des sociétés? Enfin rattachez-vous à la philosophie politique la philosophie de l’histoire s’élevant on cherchant à s’élever à une conception générale des destinées de l’humanité? Ici encore on se trouve placé en présence d’un élément nouveau. Les Vico, les llerder, les Condorcet, les Hegel n’ont pas d’analogues grecs ou romains.
Les progrès de la philosophie politique ainsi définie et comprise ne me semblent donc pas devoir être sérieusement contestés. Pour les nier, il faudrait nier la supériorité de la religion des modernes sur celle des anciens, nier la supériorité de nos mécanismes politiques, nier la supériorité de notre philosophie sociale. Plus de barbares, plus d’esclaves, des êtres égaux devant Dieu, égaux devant la loi humaine comme devant la loi divine , libres de la liberté spirituelle pour le culte, de la liberté civile dans le choix d’une profession comme dans l’exercice de leurs différents droits : l’initiative partant de - l’individu, c’est-à-dire l’homme primant le citoyen; la patrie objet d’un amour de préférence et non plus « d exclusion, selon la belle expression de Turgot; la solidarité des peuples comme des classes, c’est là un fait, c’est là un idéal vraiment nouveau. Toutes les nations, d’un pas plus ou moins lent ou précipité, s’y acheminent. Nier un tel résultat, encore une fois, serait impossible. Ne pas y voir un progrès serait pousser l’aveuglement au delà^de toutes les limites permises à l’esprit de système et de parti pris. *