‹ Publicistes modernesChapitre 22 sur 32 · TU. U0RU · texte numérisé non relu

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fille d'Ànne de Boleyn; il meurt pour ne pas Touloir adhérer à l’acte de suprématie par lequel Henri YllI sc fait déclarer chef spirituel de la religion ; héroïsme ad» mirahle, car Morus, si l’on excepte un humble curé et le courageux évêque Fisher, qui le précède sur l’échafaud, est à peu près le seul alors qui résiste, et il a contre lui l’exemple et les injonctions pressantes de la magistrature et du clergé d’Angleterre. « Henri VIII, dit énergiquement Mackintosh, servit à rehausser le courage, la magnanimité, la douceur de sir Thomas More. Douez Henri de mansuétude et de justice, et vous n’auriez jamais su à quelle hauteur la vertu humaine peut s’élever. »

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C’est une des meilleures remarques sur lesquelles insiste M. Franck dans son élude sur le Communisme jugé par r histoire et une des plus solides réfutations que l’on puisse adresser à Thomas Morus et à ses modernes disciples, que la propriété et la liberté sont si étroitement unies entre elles, qu’elles ont toujours été reconnues et sacrifiées ensemble et dans les mêmes proportions. Ainsi, dans la plupart des États de l’Orient, où l’esclavage jxilitique existe dans toute sa force, il n’y a pas d’autre propriétaire que le prince ou la caste dominante. Dans la Grèce antique, c’est l’État qui a un pouvoir souverain sur la propriété, comme sur la famille cl sur l’individu. On voit les philosophes grecs parfaitement d’accord sur ce point avec les législateurs. Platon , qui demande la communauté, Aristote, qui préfère la pro-

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priété individuelle, reconnaissent tous deux à l’État le droit d’établir l’un ou l’autre de ces systèmes. A Home, la souveraineté absolue sur les biens et les personnes passe dans la famille aux mains du père. Dans une foule de cas, la main de l’État dispose souverainement de la propriété. Le seigneur, sous la féodalité; le roi, sous la monarchie absolue , sont réputés propriétaires originaires de tout 1e domaine compris dans leur ressort. Louis XIV émet nettement cette prétention: « Les rois, peut-on tire dans son instruction au Dauphin, sont seigneurs absolus et ont naturellement la disposition pleine et libre de tous les biens qui sont possédés. » Dans le livre ayant pour titre : Testament politique de M. de Louvois, on lit ce qui suit : « Tous vos sujets, quels qu’ils soient, vous doivent leur personne, leurs biens, leur sang, sans avoir droit de rien prétendre. En vous sacrifiant ce qu’ils ont, ils font leur devoir et ne vous donnent rien, puisque tout est à vous. »

En France, la liberté civile sous toutes ses formes, l’affranchissement de la propriété et la liberté du travail ont suivi un parallélisme parfait. C’est le meme jour, et ce jour a été la plus grande date des temps modernes, que les redevances abusives pesant sur le sol , que les prohibitions à l’intérieur mises sur la circulation de ses produits, que les restrictions à la libre industrie représentées par les jurandes et les maîtrises, et qu’enfin la plupart des gênes qui pesaient sur la pensée ont été abolies.

Est-il donc besoin de le rappeler? Sans la propriété, point de pensée d’avenir, point d’amélioration sérieuse dès lors, point de population nombreuse et

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suffisamment entretenue, point de civilisation ayant des racines profondes, soit morales, soit matérielles. Tous ces avantages ne peuvent venir que de la propriété durable, et sont incompatibles avec la simple jK)ssession temporaire. C’est par la môme raison que la propriété doit être individuelle et non collective ; on en a la preuve dans les communautés religieuses du moyen âge, et de nos jours, dans l’état fort imparfait des propriétés des communes. La propriété collective a pour inconvénient de ne pas stimuler suffisamment l’activité du propriétaire et de n’être pas transmissible à des possesseurs plus actifs, plus iTabiles, mieux fournis de capital, et surtout plus désireux de s’enrichir. Il eu est de même pour l’héritage tant attaqué par les communistes. L’héritage donne à l’activité du père de famille, . à «^ Sentiment de la responsabilité, à son esprit d’épargne un immense ressort, et devient [>ar là le principe de nouvelles richesses sociales, qui n’auraient pas été créées autrement et qui profitent à tous, même aux plus dénués. Il resserre le lien de la famille, il rem[)êche de se dissoudre et tend à la perpétuer. Il est seul en éüit de créer cette force sans laquelle il n’y a ni société stable ni grand peuple, la tradition, puissance conservatrice qu’il importe à un degré tout particulier de fortifier chez ^Ics nations modernes, si on ne veut courir le risque de les voir s’abîmer sous le flot mobile de la démocratie.

Jletrancbez la propriété du fonds ^retranchez la proté individuelle, retranchez l’héritage, obligés de songer aux étroites nécessités du moment , tous res- ■ “teront abaissés au même niveau, toutes le^générations .^tourneront dans le même cercle d’ignorance et de mi-

sère. Les arts, les sciences, les lettres, ce noble luxe qui décore si magniQquement la civilisation et qui contribue si puissamment à enrichir la société, n’auront pas le temps de naître ou seront abandonnés.

L’industrie elle-même, celle qui répond aux premières nécessités de l’existence, s’accommodera-t-elle du moins d’un pareil état? C’eSt demander si elle peut se passer du développement des sciences qui , cultivées d’abord avec désintéressement par de prétendus oisifs, se résolvent en applications de tout genre; c’est demander si elle n’a pas besoin de l’aide d’une certaine concentration de capitaux, sans laquelle il n’y a ni une suffisante division du ‘travail, ni un suffisant appât à l’esprit de perfectionnement. Il faut de riches capitalistes pour ap- ' pliquer et par conséquent aussi pour susciter les découvertes. Sans’la propriété permanente, avec toutes les conséquences que ce mot implique, n’en douions pas, l’industrie végétera misérablement dans la reproduction des mêmes formes imparfaites, ou se consumera en essais infructueux.

La plupart des communistes répètent à l’envi ce que Morus a dit sur l’usurpation de la terre au profit de quelques-uns. L’économie politique répond à cette objection malheureusement populaire et que de nos jours des hommes tels que MM. Proudhon et Considérant ont repris à leur compte, l’un pour signifier à la propriété sa déchéance l’autre pour exiger en échange de son maintien le drpirtm travail. On n’usurpe que ce qui appartient à quelqu’un ; on n’usurpe que ce qui a une valeur. Or, la terre nue, ceci est de la vérité la plus stricte, quoique ordinairement la plus méconnue, la terre nue

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