UES PROGRÈS UE LA PHILOSOPHIE POLITIQCE
Le progrès existe; l’erreur serait de faire des écoles politiques qui ont paru dans le monde depuis l’avénement du christianisme une série continue dans laquelle chaque anneau marquerait un perfectionnement inévitable. Aucun tableau n’offre, au contraire, plus de confusion. Les tendances les plus opposées s’y livrent bataille comme dans une arène. Même aujourd’hui il s’en faut bien que l’idée antique et païenne soit passée à l’état de chose morte ; tant (|ue l’esclavage subsistera et comptera des partisans, tant que rémancijiation de l’individu des trop nombreuses tutelles de l’État ne sera ni achevée ni généralement admise à litre de principe, tant que de grandes nations permettront et que des penseurs trouveront bon qu’on identifie l’Église avec l’État ou l’État avec l’Église, l’idée antique, dans ce qu’elle a de contraire à la civilisation moderne, n’aura pas cessé d’exister, le paganisme politique ne sera pas mort. L’autre cause d’opposition entre tant de théories en lutte les unes avec les autres tient à l’exlrème diversité des régimes qui se sont succédé en Europe depuis la période" romaine : féodalité, monarchie tempérée, monarchie pure, monarchie constitutionnelle, république ou empire plus ou moins imités de laRome des tribuns ou des Césars. C’est l’effet de toute forme de gouvernement qui a duré de laisser non-seulement des regrets et des espérances qui lui forment un parti, mais des défenseurs systématiques qui lui forment une école. Nous l’avons assez vu depuis soixante ans.
Quelle division introduire dans celte foule d’écoles qui, depuis l’antiquité, sont à la recherche du souverain bien politique? Cela dépend du point de vue auquel on se place. La politique, envisagée comme branche et dépen-
TABLEAD HISTORIQUE
dance de la philosophie, a ses spiritualistes et ses matérialistes, les uns croyant au droit et au devoir, les autres ne professant d’autre culte que le succès et la force. Considérée comme la recherche des conditions du bonheur social, elle a ses rêveurs et ses inspirés, livrés* au souffle de la fantaisie et chercheurs intrépides de la féücité absolue; elle a ses observateurs calmes et sagaces. E^nfin, s’il s’agit de classer les écoles par la préférence donnée à telle ou telle forme de gouvernement, ne pourrait-on pas les ramener à deux : les partisans des gouvernements simples, les partisans des gouvernements tempérés? Cette division n’est pas aussi usitée, je ne l’ignore pas, que celle qui classe les publicistes en amis de la monarchie et de la réjniblique, de l’aristocratie et de la démocratie, mais peut-être elle va plus loin. Il y a telle manière de concevoir la république qui se rapproche fort de la conception de la monarchie ahsolue. Spinosa est démocrate, Hobbes est un prtisan déclaré de la monarchie absolue ; il n’existe pas moins de profondes analogies entre ces dëux publicistes , également enivrés de l’idée de la simplicité dans la constitution de l’État, maître omnijwtent et unique. Combien tous deux, au contraire, ne diflerent-ils pas de Montesquieu et des publicistes que l’on a nommés depuis constitutionnels !
• Un tableau même rapide de la philosophie politique suffit pour motiver la préférence à donner aux gouvernements mélangés sur les gouvernements simples. Tout s’est compliqué dans les sociétés modernes. Cette complication est un de leurs traits distinctifs les plus saillants. C’est pourquoi nous comprenons aussi peu la simplicité
Digilized