DES PH06BÈS DE LA PHILOSOPHIE POLITIQUE
vérités et d’erreurs empruntées par la politique à une théoi^: g^érale sur l’homme et ses destinées. Autant 1e dii^p^me siècle, partant de la chute originelle, devait être peu favorable à la liberté humaine et prendre contre elle ses sûretés , autant le dix-huitième siècle se montre plein de confiance dans l’individu. De là cette noble revendication des droits de l’humanité appelée à transformer les sociétés et à faire le tour du monde. Mais de là aussi , chez presque tous les penseurs de ce temps, la défiance’ exagérée de l’autorité, la pensée de l’inutilité des freins , le droit proclamé trop souvent indépendamment du devoir, et l’orgueil de l’homme surexcité !
L’explication la plus haute et la plus satisfaisante de cette tendance commune est dans la philosophie du •temps, qui s’insjiire de l’idée toute contraire à celle de la chute, de l’idée de l’excellence native de' l’homme, de la bonté originelle de ses instincts et de ses sentiments. Rousseau est le plus éloquent, il n’est pas le seul ni même le plus radical interprète de cette pensée générale, qui se résout dans la souveraineté du nombre et dans le triomphe de l’instinct sur la raison.
Je viens de montrer comment la théorie philoso-* phique peut altérer la science politique en la* faisant reposer sur une base défectueuse; je n’ai pas la prétention d’épuiser les cas bien plus nombreux encore où la philosophie politique a été faussée d’une autre manière en devenant la servante des circonstances particulières à tel état de la société et à telle situation des partis. Combien de fois la spéculation politique en apparence la plus désintéressée n’apparaît -elle pas comme une
TABUiAU UISIOKIQÜE
arme de guerre aux mains des partis, comme un instrument de polémique au service de causes é<iuivoque8, comme une amorce pour prendre les peu])les. L’émigration et la contre-révolution, à l’épofiue de la Restauration et dans les années précédentes, n’ont-elles pas produit, elles aussi, leur philosophie politique? Les théories des Bonald et des Joseph de Maistre sont-elles autre chose qu’un témoignage de cet esprit de réaction qui tient surtout aux circonstances, bien qu’il affecte tous les caractères de la pensée pure? Aussi est-ce une règle imposée à l’iiistorien des théories politiques de ne jamais séparer les systèmes du mouvement des faits, 'sous peine de s'exposer à de singulières méprises. Je n’en voudrais d’autre exemple que ces évocations si étranges au moyen âge et au commencement des temps modernes du dogme de la souveraineté populaire, qui paraissent^ au premier abord de brillantes échappées du génie spéculatif, de hardies anticipations de l’avenir. N’est-il pas curieux de voir, dès le treizième siècle, un Henri de Gand, surnommé le Docteur solennel, proclamer que le prince a droit au respect, à l’obéissance, mais que si ses ordres sont injustes, le devoir des sujets est de lui adresser des jemonirances, et, s’il n’y a point d’amendement, de poursuivre sa déposition? Vous croyez pcut-clre qu’il s’agit ici d’une stipulation révolutionnaire en faveur de» droits des nations. Pure illusion. Il s’agit tout simplement d’armer le Saint-Siège d’une doctrine qui, au besoin, soulève au profit de sa politique les peuples^ contre les rois. Il en est de même d’un autre livre, resté célèbre sans nom bien connu d'auteur, quoiqu’on l’attribue à saint Thomas, le De Regimme principum. On