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Observations générales sur les états de dépenses

En indiquant dans la section qui précède les grandes divisions de chaque budget, nous avons dû attribuer à chaque ministère le crédit mis à sa disposition par la loi de finances. Mais on se tromperait si l'on croyait pouvoir comparer entre eux les départements ministériels de même dénomination appartenant aux divers États. Ces départements ne sont pas composés partout des mêmes services. Les ministères de la guerre, de la marine, des affaires étrangères sont en général assez semblables ') , mais le ministère de l'intérieur pourrait

') Encore peut-on noter des différences sensibles , p. ex. : le ministère de la maison du souverain est quelquefois réuni à celui des relations extérieures, le ministère de la marine est quelquefois , mais pas .toujours distinct de celui dea colonies etc.

être qualifié d'expression administrative dont on ne

doit pas faire usage sans l'avoir préalablement définie. Ainsi, ce ministère comprend en France le télégraphe et les prisons, dans les Pays-Bas l'instruction (bien qu'il y ait deux ministères des cultes) et les travaux publics, en Espagne les postes. On pourrait beaucoup multiplier ces exemples; mais il n'y aurait aucune utilité à relever des différences qui ont tantôt une base rationnelle, tantôt une origine historique et qui d'autres fois ne sont que des concessions temporaires faites à des hommes ou à des circonstances spéciales. On se rappelle par ex. pourquoi en France l'administration des cultes a été séparée du ministère de la justice pour être réunie à celui de l'instruction publique.

Pourtant, la comparaison des dépenses des divers services publics, ou plutôt, de ce qu'il en coûte à chaque pays pour satisfaire à chacun des besoins de l'État, n'aurait pas été dénuée d'intérêt. Mais un tel travail, s'il pouvait être convenablement exécuté par un particulier exigerait des développements qui dépasseraient notre cadre.

Ces développements seraient indispensables pour rendre comparables les rapports ou moyennes qu'on baserait sur les chiffres du budget. Relativement à ces moyennes nous avons déjà fait nos réserves en parlant de l'armée, mais nous devons insister davantage lorsqu'il s'agit de l'administration civile. Les frais réels d'un service public civil peuvent rarement être établis exclusivement au moyen du budget général. U faut toujours consulter en même temps ceux des provinces et des communes. Et ce complément d'information lui-même ne suffît pas toujours, car bien souvent un service public occasionne plus de frais dans un pays que dans l'autre, parce que ses attributions sont plus variées, ses devoirs plus nombreux. Par exemple, si le service sanitaire coûte 1000 f. dans une

contrée et 2000 f. dans l'autre, cela provient peut être de ce que dans la première le médecin cantonal s'est chargé seulement de vérifier si l'individu porté comme décédé est réellement mort, tandis que dans la dernière il serait en même obligé de donner gratuitement ses soins aux pauvres. Il est naturel que dans ce cas on lui accorde un traitement supérieur. Peut-on dire alors que le même terme désigne une chose identique dans les deux contrées ? Il arrive bien souvent que l'administration paraît moins chère dans un pays, seulement parce qu'elle y rend moins de services.

On a souvent exprimé le voeu, que l'administration modérât son ardeur serviable, ou comme on dit aussi, qu'elle intervînt moins souvent, qu'elle se mêlât de moins de choses. Dans certains pays, il existe en effet une abondance, un luxe de prescriptions qui deviennent gênantes ou nuisibles par leur nombre. Dans d'autres, on est seulement en désaccord sur le point de savoir lesquelles des prescriptions existantes et reconnues utiles doivent émaner du gouvernement central, et lesquelles des autorités locales. Enfin bien que tout le monde convienne, par exemple, qu'il faut balayer les rues et les éclairer, qu'il faut réparer ou entretenir les routes et chemins, il ne s'ensuit nullement que ces opérations soient exécutées partout, ou qu'elles le soient partout également bien. Par conséquent, il ne suffit pas de comparer seulement le chiffre des dépenses.

Une autre raison pour la quelle cette comparaison n'est pas concluante, c'est la portée si différente que le terme ^économie doit avoir d'un pays à l'autre.

L'économie est une vertu dans la gestion d'un État comme dans celle d'une fortune privée. Mais rien n'est plus élastique que le sens de ce mot. 11 y a économie et économie. Pour celui qui gagne deux francs par jour, épargne est synonyme

de privation. Celui, au contraire qui chiffre ses revenus annuels par milliers de francs peut épargner tout en se permettant des dépenses de luxe.

L'économie dans les dépenses d'un État riche ne peut signifier qu'une chose, c'est qu'on ne dilapide pas l'argent; c'est qu'on ne paie pas un objet plus qu'il ne vaut. Mais il ne serait pas raisonnable d'interdire à un tel pays de se circonscrire à l'égal d'une contrée pauvre. »

Il est bien des dépenses de luxe dont les nations sont fières, et en faveur desquelles elles retranchent, comme le particulier, sur le nécessaire!

Mais quelles sont les dépenses utiles ou nécessaires et quelles sont les dépenses de luxe?

C'est là un problème que le lecteur voudra bien se charger de résoudre lui-même.

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