‹ Puissance comparée des divers états de l'EuropeChapitre 16 sur 27 · Agriculture · texte numérisé non relu

Agriculture

„Tant vaut l'homme, tant vaut la terre", dit le proverbe, et non sans raison. Pourtant, presque aucune industrie ne dépend autant des circonstances naturelles que l'agriculture. Si la production des divers pays est si différente, cela provient

en grande partie du climat, en partie aussi de l'étendue relative du terrain consacré à la culture. Ainsi, en Russie 17 p. 100 du sol sont soumis à la charrue, en Suède 7%, en Norwége seulement 0.55% , un demi pour cent, tandis qu'en Belgique, en Danemark, dans plusieurs Etats allemands la moitié du territoire se compose de champs cultivés. Cette même différence existe aussi dans les rapports entre les terres arables et les prés, vignes et forêts (v. le tableau XVII).

Après l'étendue, c'est la fécondité du sol qu'il importe de considérer. Mais ici l'art, ou le savoir et le travail, peuvent suppléer dans une certaine mesure aux avantages naturels. Fumez et labourez et vous récolterez. Cet axiome s'applique surtout aux produits qui fournissent à l'homme la majeure partie de ses aliments, au blé, aux légumes et à la plupart des fourrages. Pour récolter de la viande, il faut semer des fourrages. Quoiqu'on ait dit, nous sommes restés convaincus que chaque pays doit tendre à produire lui-même les principaux aliments de ses habitants, le pain et la viande. On donne une satisfaction suffisante aux principes de l'économie politique en s'abstenant de toute intervention administrative directe. Quant aux avantages politiques d'une production assez abondante de blé, de pommes de terre, de bestiaux, de chevaux pour ne pas être affecté des prohibitions de sortie qu'un voisin pourrait décréter, il serait superflu de les faire ressortir.

La production moyenne de froment et d'épeautre dans les divers États de l'Europe s'élève en sommes rondes aux chiffres suivants :

hectolitres | hectolitres France 1 ) . . 90,000,000 Prusse . . . 8,000,000 Grande-Bretagne 38,000,000 Bavière . . . 7,000,000 Belgique . . 4,000,000 ! Saxe .... 2,000,000

') Nous avons donné la production annuelle depuis 1815 dans notre Statittique de la France etc. (Paris, Amyot.)

hectolitres | hectolitres

Autriche . . . 25,000,000 I Portugal . . . 3,000,000

Wurtemberg . . 7,500,000 Italie .... 35,000,000

Pays-Bas . . . 1,200,000 Grèce .... 1,000,000

Russie . . . 80,000,000 Suède .... 500,000

Espagne . . . 18,000,000 Danemark . . 900,000

Si l'on ajoute à ces chiffres la production du seigle et du maïs et même un peu d'orge et d'avoine, on obtient la quantité totale des grains employés à la panification. En évaluant ces grains en quintaux métriques de farine, les divers États tireraient de leur sol les quantités de farine suivantes : ! )

(]ti. m.

qu. va s

France . . .

Pays-Bas

Grande-Bretagne

Kussie

Belgique .

Espagne .

PrusBc . . .

Portugal . .

Bavière

Italie . . .

Saxe- . . . .

Grèce . .

Autriche . . .

Suède . .

Wurtemberg . .

Danemark .

L'hectolitre de froment, de méteil, de seigle et de maïs a été évalué en moyenne à 50 kil de farine.

Parmi les États que nous venons d'enumérer, la Grande- Bretagne, la Belgique, la Saxe, les Pays-Bas, le Portugal, la Grèce ont, besoin tous les ans, d'un supplément du dehors. La Suisse, que nous avons dû omettre sur notre tableau faute de chiffres précis, se trouve dans le même cas. La France, l'Espagne, la Suède et le Danemark ont alternativement un excédant d'importation ou d'exportation. La Russie, la Prusse, la Bavière, le Wurtemberg, l'Autriche et les principautés danubiennes sont les seules contrées de l'Europe où la production du blé dépasse constamment la consommation.

') Nous recevons à l'instant un excellent article de M. Engel, directeur de la statistique rie Prusse, inséré dans la revue spéciale qu'il publie, sur la production et le prix des céréales en Prusse etc.

Block, l'uiM&nce com|i. 8

Il vient aussi des grains d'Amérique, ainsi que d'Égypte et de Syrie, mais malgré ces suppléments exotiques il est arrivé plus d'une fois que le seul moyen de passer la disette a été ... . de réduire la consommation en subissant une privation proportionnelle au déficit.

L'histoire du commerce des grains dans les derniers temps nous fournit un fait à l'appui de la nécessité de produire soi-même son blé, si c'est possible. Ce même fait peut aussi servir à circonscrire dans des limites plus modestes une vérité dont on exagère la portée dans d'excellentes intentions. Ainsi on dit vulgairement qu'un pays dépend de l'autre pour une marchandise, s'il la lui achette. Quelques économistes pensent que le vendeur est plutôt dans la dépendance que l'acheteur; mais nous admettons, avec la plupart des auteurs, que la dépendance est mutuelle. De cette proposition économique on déduit ensuite le précepte politique de multiplier les relations commerciales entre les pays pour rendre les guerres plus rares. Jusqu'ici tout le monde est d'accord. Mais certains esprits généreux vont plus loin et s'imaginent que le commerce parviendra à établir la paix perpétuelle. A ceux-là nous rappellerons qu'à une époque où la France et la Grande-Bretagne avaient besoin du blé russe pour combler le déficit de leur récolte, cette considération ne les pas a empêchées de déclarer la guerre à la Russie, lorsque l'intérêt du droit international l'a paru exiger. On bloquait Odessa, le grenier d'abondance de Marseille et de Londres, au moment où le prix du blé avait atteint à peu près le double du taux ordinaire.

Mais si nous combattons l'exagération du principe, nous sommes loin de méconnaître ce qu'il renferme de vrai: c'est qu'on y regarde à deux fois avant de faire la guerre au pays d'où l'on tire — et peut-être où l'on envoie — un produit

important. On sait combien de fois le coton a adouci les frottements entre l'Angleterre et les États-Unis.

Mais il n'est pas donné à toutes les productions, à toutes les industries d'exercer une grande influence politique. Toutefois, si l'élève du bétail — dont nous devons parler maintenant — ne figure pas souvent dans les actes diplomatiques, il n'en est pas moins d'une importance majeure dans l'économie d'un pays. Ce point n'a pas besoin d'être démontré. Nous ne pouvions donc pas nous dispenser de donner, d'après les renseignements les plus récents, la statistique du bétail dans les divers pays. (V. tableau XVIII.)

Ne pouvant pas additionner un boeuf ou un cbeval avec un mouton, on réduit' habituellement l'ensemble des animaux domestiques en têtes de gros bétail, en évaluant par ex. un cheval, mulet, boeuf ou vache, 10 moutons ou 4 porcs à l'égal d'une tête de gros bétail; par ce procédé et en se basant sur le tableau XVIII on obtient le résultat qui suit.

Têtes de gros bétail.

Nombre absolu.

Nombre proportionnel

sur

par kilomètre carr<5.

1000 habitante.

Franco

Grande-Bretagne ....

Autriche

Prusse

Russie

Allemagne

Italie

Belgique

Danemark

Pays-Bas

Portugal

Espagne

Suède

Norwégc

Suisse

Bavière

Nombre absolu.

Nombre prop sur

ortionncl par kilo-

1000 habitants.

mètre carré.

Un coup d'oeil sur ce tableau suffit pour faire connaître les pays qui ont le plus ou le moins de bestiaux. Les données de ce tableau ne sont cependant qu'approximatives, parce qu'on a été obligé de les baser sur une abstraction : une tête de gros bétail. Néanmoins comme on a procédé d'après le même principe pour tous les pays, on peut tirer quelques inductions des chiffres que nous avons rapprochés.

Après les céréales et les bestiaux c'est le vin qui paraît être le produit principal du sol. Dans les pays où la vigne réussit, son produit est étudié avec ardeur et à des points de vue très-différents, mais surtout comme branche de l'agriculture, comme matière imposable, comme boisson, comme marchandise d'exportation. A ce dernier titre, le vin joue même un rôle en politique et prend une place privilégiée dans les traités de commerce.

Même dans les pays où il ne croît pas, le vin est considéré comme une matière éminemment imposable, et il y exerce une influence sur la politique commerciale.

Les contrées qui produisent le plus de vin sont : La France, 40 millions d'hectolitres; l'Autriche 24 millions; l'Espagne 20 millions; le Portugal 7 millions; l'Italie 4 à 5 millions ; la Suisse 900,000 hect. ; et en Allemagne la Bavière 1,128,000, le Wurtemberg 530,000 h., Bade 406,000 h., la Prusse 330,000 h. Comme objet d'exportation le vin n'est important quen France, en Espagne, en Portugal et en Autriche.

Outre les trois principaux produits agricoles dont nous venons de parler, les grains, les bestiaux et le vin, l'agriculture fournit encore un grand nombre de marchandises au commerce international, mais comme il sera question d'elles dans la section que nous consacrerons plus loin au commerce, nous nous abstenons d'en parler ici, pour éviter des répétitions.

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