‹ Puissance comparée des divers états de l'EuropeChapitre 4 sur 27 · CHAPITRE IH 9 A. IR, IVE É E · texte numérisé non relu

CHAPITRE IH 9 A. IR, IVE É E

Presque tous les faits naturels ou sociaux peuvent être considérés comme le produit de deux forces contraires. Les planètes sont attirées par le soleil, mais comme elles ont en elles-mêmes une tendance à s'en éloigner, elles se trouvent maintenues dans leurs orbites. La force vitale des plantes et des animaux compose sans cesse des corps nouveaux, que d'autres forces de la nature sont non moins activement occupées à désagréger en leurs éléments. La société se conserve par l'action mutuelle de deux courants qui à la fois se combattent et se soutiennent; savoir: l'amour de soi et l'amour de son prochain, ou, XEgoïsme et M Esprit j>ublic.

La puissance des Etats est également le résultat de deux forces opposées, ou plus exactement, la combinaison de deux catégories de forces différentes dont les unes sont matérielles, physiques, les autres intellectuelles ou morales. Le droit brutal du plus fort avait régné longtemps en maître absolu, lorsque l'intelligence est enfin parvenue à faire compter avec elle. C'est, quelque paradoxal que cela puisse paraître, par l'introduction du canon ') qu'elle inaugura sa participation au

') n ne semble pas nécessaire de prouver que le canon constitue une victoire remportée par l'intelligence sur la force du poignet. La poudre a été

pouvoir ; le droit des gens ne vint que plus tard. La doctrine des Hugues Grotius et des Puffendorf avait besoin, pour naître, d'événements comme les croisades, la fondation de la Hanse, l'invention de l'imprimerie, la découverte de l'Amérique, la Réforme, le réveil de l'esprit littéraire et philosophique. Dans des temps plus modernes le canon est déchu jusqu'à être le symbole de la force matérielle, et c'est Y opinion publigue qu'on lui oppose comme force morale.

Tant qu'il y aura des passions, qu'on n'Aura pas pu délivrer l'humanité de l'égoïsme, de la vanité, de l'ambition, la puissance devra s'appuyer sur des forces matérielles, sur l'armée. A ce point de vue, c'est principalement d'après le nombre de ses soldats qu'on évalue l'importance d'un Etat.

On distingue entre le pied de paix et le pied de guerre de l'armée. Celui qui déterminerait la force d'un pays d'après les troupes entretenues en temps de paix, se tromperait souvent. Qu'on pense au „pied de paix" des Etats-Unis ou de la Suisse!

C'est donc le pied de guerre qu'il faut prendre pour base des évaluations. Seulement, ici les chiffres deviennent d'une exactitude moins rigoureuse, des efforts extraordinaires pouvant contredire toutes les prévisions. Aux troupes de ligne viennent s'ajouter, selon les pays, des réserves, la landwehr, des milices, des volontaires (Angleterre), l'Indulta (Suède) sorte de colons militaires, le Rédif (Turquie), sans compter les gardes nationales mobiles et sédentaires. La carte 3 et le tableau IV résument tous ces éléments à l'exception des gardes nationales.

lo précurseur nécessaire de l'imprimerie. Aussi la sagernse des nations ne s'y est-elle pas trompée, puisqu'on «lit proverbialement dans la plupart des langues, d'un homme borné, qu'il na peu inventé la poudre.

Do nos jours, le nombre des soldats n'est plus, comme jadis, proportionnel à celui des habitants. La force de l'armée dépend maintenant, d'une part, du système de recrutement en vigueur, et de l'autre, des crédits inscrits au budget, ou des fonds qu'on peut réunir.

Le recrutement de l'armée s'effectue soit par l'enrôlement volontaire, comme dans la Grande-Bretagne, soit, comme sur le continent, par la conscription ou l'obligation de servir sous les drapeaux pendant un temps déterminé. Des arguments sérieux peuvent être invoqués en faveur de chacun de ces deux systèmes, mais il paraît inutile de les discuter ici. Les préférences qu'on accorde à l'un ou à l'autre sont trop enracinées dans l'esprit pour qu'on puisse en ébranler le pouvoir par une observation exprimée en passant.

Nous croyons plus intéressant, et peut-être plus utile, d'examiner si une courte ou une longue durée du service militaire est préférable. Rappelons A'abord que le nombre des années de service est en Russie de 15 années (dont la ligue est 12 sous les drapeaux, la garde 10) ; en Autriche , en Belgique et en Espagne de 8 années; en Portugal et en France de 7 années; en Turquie, non compris les 7 années d'inscription sur les registres du Bédtf, de 5 années ; dans les Pays-Bas, en Suède de 5 années (en grande partie en congé); en Danemark de 4 années; en Prusse de 3 années; en Sardaigne également de 3 ans en temps de paix. Dans les divers Etats de l'Allemagne la durée du service n'est pas non plus partout la même. Nous venons de le voir en ce qui concerne les deux grandes puissances germaniques; le congé est de 6 ans en Bavière, Wurtemberg, Bade, Hesse, ainsi qu'en Saxe; mais dans ce dernier Etat les trois plus anciennes classes sont toujours renvoyées dans leurs foyers en temps de paix, de sorte, qu'en fait le soldat saxon ne sert que 3 ans. En Hanovre la

présence n'est également que de 3, au plus de 4 ans, bien que la loi porte 7 années.

Partout on admet des engagements volontaires et on donne des congés plus ou moins longs et nombreux, selon les circonstances politiques. Nous reviendrons plus loin à l'organisation spéciale de la Suède et de la Suisse.

On a beaucoup discuté la question de la durée du service militaire ; mais, comme toujours, sans pouvoir s'entendre. Toutefois le défaut d'accord ne provient ni de l'obscurité , ni des complications de la question, mais de la différence des résultats que les adversaires désirent obtenir. L'aptitude militaire du soldat sera, en général, plus sûrement acquise par une longue, que par une courte présence sous les drapeaux. Il faut du temps, pour „ contracter l'esprit et les habitudes militaires'. Les hommes d'Etat qui tiennent avant tout à une armée fortement organisée se prononcent donc en faveur d'une durée d^ service aussi longue que possible.

La réduction des services militaires à un petit nombre d'années trouve ses partisans parmi ceux qui mettent la liberté politique, religieuse et civile au-dessus de tout autre bien. Ils craignent, sans doute à tort, qu'un séjour trop prolongé sous les drapeaux ne porte le soldat à contracter dans une mesure exagérée l'habitude de l'obéissance passive, et à devenir, dans des circonstances données, l'instrument aveugle de l'abus du pouvoir. Dans le sens de cette opinion on soutient encore, que l'amour de la patrie, et la conscience de combattre pour le droit et la justice, constituent un „esprit militaire" bien supérieur à celui qu'on acquiert; en passant de nombreuses années dans les casernes.

En résumé, les partisans de la force matérielle préfèrent une longue, et les partisans de la force morale une courte durée du service militaire.

Jusqu'à présent cette question n'a été examinée par les auteurs qu'au point de vue politique ou militaire ; envisageons la maintenant avec les yeux de l'économiste. Dans ce nouvel ordre d'idées nous devons demander, lequel des deux systèmes fait perdre à la société le moins de travail ou de force productive ?

L'obligation d'acquitter l'impôt du sang n'est pas d'une lourdeur égale pour tous les citoyens. Si tous les jeunes gens de 20 ans, sans exception, étaient réellement tenus de quitter leurs études ou lëurs occupations pendant plusieurs années, il n'en résulterait pour tel ouvrier qui peut continuer son travail après son incorporation dans un régiment qu'une légère restriction de sa liberté, tandis que le médecin, l'avocat, ou l'artiste, éprouverait dans carrière une interruption qui pourrait souvent devenir fatale. De plus, certains jeunes gens sont indispensables comme soutiens de leur famille, d'un père aveugle, d'une mère veuve, de jeunes orphelins. La législation de tous les pays, même de ceux qui, comme la France, l'Espagne, la Belgique, le Portugal, l'Autriche, la Bavière, le Wurtemberg, la Saxe, le Hanovre, la Suède, admettent le remplacement, a donc dû établir des catégories de jeunes citoyens exempts du service militaire. Ces exemptions ne s'appliquent d'ailleurs qu'à un petit nombre d'individus. Celles qui sont motivées par des infirmités, la faiblesse, le défaut de taille sont bien plus nombreux, comme on l'a vu au chapitre précédent Or, vaut-il mieux que tous les hommes de 20 ans qui restent après ces défalcations servent, par exemple, pendant deux années, ou est -il préférable qu'un tiers seulement des jeunes gens soient incorporés pendant 6 ans dans l'armée, ou un quart pendant 8 ans, pour que les autres puissent continuer leurs études ou exercer leurs professions sans interruption. Ces derniers se libéreraient avec de l'argent.

Block, Puissance cotnp. 3

Nous croyons que la science économique se prononcerait, sans hésiter, en faveur d'une courte durée du service, ce système dût -il avoir pour conséquence de faire passer tout le monde sous les drapeaux. Voici les arguments qu'elle pourrait faire valoir en faveur de cette manière de voir:

1. Cent travailleurs de l'âge de 20 ?i 22 ans produisent, en moyenne, moins qu'autant d'hommes de 24 à 26 ans, qui sont plus formés, plus vigoureux.

2. D est rare qu'on s'établisse à 20 ou 22 ans, tandis que cela a lieu assez souvent à l'âge de 25 ou 26 ans.

3. L'incertitude qui précède le tirage au sort gène bien autrement les prévisions de l'avenir, ou le choix d'une carrière, que si l'on ne s'attendait qu'à une courte interruption.

4. L'argent employé pour rémunérer le remplaçant est le plus souvent perdu pour la production. Plus est longue la durée du service, plus doit être élevée la somme à payer.

5. Une longue présence sous les drapeaux retarde aussi le mariage. Ainsi, l'âge moyen du mariage est de 25.94 ans en Angleterre où la conscription n'existe pas, tandis qu'il est de 28.41 ans en France et de 29.94 en Belgique.

6. Une interruption de 6 à 8 ans exerce une influence bien autrement profonde sur la carrière d'un homme qu'un dérangement de 2 ans. Et ceux dont la profession exige de longues études, un apprentissage prolongé etc. ne sont pas les seuls auxquels l'interruption serait préjudiciable. Beaucoup d'individus pourraient perdre dans la longue oisiveté des garnisons le goût et peut-être l'aptitude nécessaire pour reprendre leur professions fatiguantes antérieures: au lieu de travailler la terre, de tailler la pierre, de porter de lourds fardeaux, ils voudront chercher une manière plus douce de

' gagner leur vie. Il en résulte une perturbation anti-économique dans l'équilibre des professions.

7. Enfin, plus la durée du service est courte, plus la répartition de l'impôt se rapproche de l'égalité.

La force de ces arguments, auxquels on pourrait en ajouter encore de particuliers aux divers Etats, a porté la Russie, l'Autriche et d'autres Etats de l'Europe à abréger la durée du service militaire, et empêché la France de la prolonger. L'Angleterre a été forcée par d'autres considérations à réduire la durée des engagements de 20 et 24 ans à 10 ans (infanterie) et 12 ans (cavalerie).

Passons maintenant à un autre ordre d'idées.

Pour apprécier avec une certaine rigueur la puissance militaire d'un pays, on doit envisager à part l'attaque et la défense. Pour l'agression, un Etat disposera rarement d'un nombre de soldats supérieurs à celui que comporte son pied de paix. Les appels et les enrôlements volontaires sont plus nombreux, mais le surplus est dans les dépôts, les forteresses ou les hôpitaux.

Pour la résistance, on peut compter le pied de guerre c'est-à-dire la ligne. et les réserves; la landwehr seulement en partie. Les gardes nationales rendent des services en se chargeant de la garde des postes etc. et en dégageant d'autant la ligne. Les réserves, la landwehr, les milices sont naturellement d'un secours d'autant plus efficace que la guerre est plus sympathique à la nation.

La réserve ayant partout une grande importance, il convient d'entrer sur ce point dans quelques développements.

En France, la réserve n'existait avant 1860 que de nom. Sur les 310 à 320 mille jeunes gens qui atteignent tous les ans l'âge de 20 ans, mais dont la moitié environ fait valoir des causes d'exemption, on appelait antérieurement 80,000 et on appelle actuellement 100,000 hommes en temps de paix. Pour s'exprimer plus exactement, il faudrait dire, que 100,000

hommes sont accordés par les chambres. En effet une partie seulement en sont incorporés dans les régiments, les autres restent dans leurs foyers à la disposition du gouvernement. Ces derniers forment la réserve, mais jusqu'à ce jour ils n'avaient jamais pris part aux exercices militaires.

Depuis 1861 on a introduit les modifications suivantes. La moitié des 100,000 hommes sont incorporés dans la ligne; les autres sont exercés, dans la première année pendant trois mois, dans la seconde pendant 2 mois, et dans la troisième pendant un mois, et reprennent leur occupations ordinaires pendant les autres mois de l'année. Le premier rapport officiel sur cet essai a paru dans le Moniteur du 23 mai 1861. Cet essai paraissant avoir réussi, la nouvelle organisation sera maintenue.

H en résultera qu'à l'avenir la France disposera d'une armée permanente de 467,000 hommes et de plus de 133,000 hommes de réserve exercés. En cas de guerre, ces nombres seraient proportionnellement grossis par l'augmentation de l'appel annuel qui de 100,000 hommes serait porté à 150,000. H faut ensuite ajouter les engagements volontaires et au besoin des gardes nationales 'mobilisées. Et comme le temps de service n'est pas limitée pendant la guerre (sauf pour les engagés volontaires) la France peut porter ses armées à 7ou 800,000 hommes.

La Grande-Bretagne recrute ses soldats par l'attrait d'une prime (habituellement de 5 livres sterl.) et d'une forte solde. Ce moyen lui procure (1861—1862) 146,000 Européens entretenus aux frais de la métropole et 73,446 mis à la charge du budget de l'Inde. A ces troupes se joignent encore 160,000 cipayes. En temps de guerre on mobilise aussi un corps de milice qui n'est pas à dédaigner (25 Georges et les actes de 1854 et 1855). La Militia est une sorte de landwehr, recrutée

par la voie du sort ■) qui se réunit tous les ans pour s'exercer pendant quelques semaines, et qu'un acte spécial du parlement peut envoyer combattre hors du royaume. Il faut ensuite mentionner les volontaires, qui s'équipent eux-mêmes et se réunissent pour s'exercer quand cela leur convient. Comme ils comptent déjà 120,000 hommes, qu'ils prennent la chose au sérieux, et que leur nombre va en augmentant, le gouverne- „ ment s'est chargé de diriger ce mouvement d'abord - tout spontané, et le parlement a accordé à cet effet un crédit de 133,276 livres st. La milice et les volontaires doivent être rangés parmi les réserves. On pense qu'en cas d'invasion le nombre des volontaires quadruplerait. -

En Russie le recrutement s'opère d'après d'autres principes que dans le reste de l'Europe. Partout où la conscription existe, c'est en atteignant un certain âge qu'on devient débiteur de l'Etat pour le service militaire, et le sort détermine qui doit payer sa dette et qui en sera exempté. En Russie les levées (75,000 h.) se font alternativement dans les provinces orientales et occidentales de l'empire, de sorte qu'en temps de paix le recrutement s'opère dans chaque province une fois tous les deux ans. Un Ukase fixe le nombre des recrues à fournir par 1000 habitants mâles; habituellement la proportion est de 5 pour 1000. On choisit entre les hommes de 18 à 35 ans. Lors d'une guerre on rapproche les levées selon les besoins. La noblesse et le commerce sont exempts du service militaire. On peut aussi se racheter au moyen d'une somme de 1000 roubles papier, mais le fait est rare. En 1855 on a formé une milice; on la dit forte de 700.000 hommes. Quoi qu'il en soit, la population de la Russie est assez nombreuse pour que les hommes ne manquent pas

') Cest un commoncenient de conscription. Si ollc en avait besoin, l'Angleterre saurait bien la généraliser.

à l'armée. L'effectif des colonies militaires de la Russie est évalué à 100,000 hommes.

Dans l'empire d'Autriche l'obligation du service militaire est générale. Les causes d'exemptions sont: le service de l'Etat, la profession d'avocat, de médecin, d'ecclésiastique, et la qualité de fils unique de parents septuagénaires. L'âge du recrutement est de 18 à 26 ans en Tyrol, de 20 à 25 ans dans les provinces italiennes, de 20 à 26 ans dans les autres parties de l'empire. Dans les Confins militaires la population mâle valide toute entière est obligée de servir sous les drapeaux de 20 à 50 ans. On admet aussi des engagements volontaires avec prime. Le remplacement est autorisé (Règl. du 13 février 1856). La durée du service est de 8 années en temps de paix; lors d'une guerre, la libération est ajournée indéfiniment. A l'expiration des 8 années, le soldat est porté pendant 2 ans sur les registres de la réserve. Si une guerre rend nécessaire le rappel des réserves, le service actif peut être prolongé au delà de ces deux années. Dans le Tyrol il existe une milice et daus quelques grandes villes une landwehr.

Le système de la landwehr en vigueur en Prusse jusque dans ces derniers temps est si connu qu'il est inutile de s'y arrêter. Une loi récente (session de 1861) vient d'ailleurs de le modifier -profondément et de préparer des changements ultérieurs. D'après la nouvelle organisation le premier ban de la landwehr est incorporé dans la ligne. De cette façon le nombre des régiments est porté de 40 à 80 et la durée du service se trouve prolongée nominalement jusqu'à l'âge de 30 ans. La présence effective sous les drapeaux, toutefois, n'est que de 3 ans. Les 40 régiments qui avaient constitué la landwehr, ont maintenant des officiers permanents au lieu de personnes qui en faisaient seulement les fonctions pendant les exercices annuels ; les sous-officiers appartiennent pour la

plupart à la classe des hommes qui servent pendant 12 ans au moins, afin d'avoir droit à une des places qui leur sont réservées. De tels cadres augmentent naturellement la force morale et matérielle des jeunes soldats. Mais ces avantages ne s'obtiennent pas sans sacrifices pécuniaires.

A l'avenir la landwehr ne se composera donc plus que de l'ancien 2° ban organisé dit-on en bataillons attachés aux régiments de ligne et commandés en temps de guerre, par des officiers de l'armée l ).

Le royaume d'Italie se trouve actuellement dans une époque de transition, et les chiffres exacts manquent. On ne sait pas non plus quelle sera l'organisation définitive de l'armée. Le général Garibaldi voudrait réunir un million de bayonettes, mais l'Italie est-elle encore le pays, où il suffit de frapper la terre du pied pour en voir sortir des légions ? Espérons, dans l'intérêt de la paix générale, que le million tardera encore à se compléter. Dans tous les cas, en évaluant à 400,000 hommes l'armée du nouveau royaume, nous croyons avoir été généreux.

La Confédération germanique se compose d'une réunion d'Etats (v. les tableaux III et V) qui comprennent aussi l'Autriche et la Prusse. Mais ces derniers ne doivent qu'un contingent, le premier de 158,000, le second de 133,000 hommes.

Ces nombres nous paraissent avoir un intérêt purement théorique. On peut bien supposer le cas que, la Prusse étant attaquée par la Russie, l'Autriche se borne à remplir strictement son obligation fédérale en fournissant les 158,000 hommes portés à sa charge. Mais il est évident que par ce seul fait l'Autriche se met en état de guerre vis-à-vis de la Russie. Est-ce que l'empire du Nord s'arrêterait devant un scrupule théorique s'il croyait utile un succès de son plan de campagne

') 11 parait que l'organisation militaire de la Prusse est destinée à subir de nouvelles modifications.

d'envahir la Hongrie? N'est il pas certain, qu'une fois la guerre déclarée, l'Autriche serait forcée de mettre en ligne la totalité de ses forces?

Plus on réfléchit, plus il est évident que si l'un quelconque des Etats confédérés est attaqué, les deux grandes puissances allemandes ne pourraient pas éviter d'intervenir avec leurs armées entières.

Une décision fédérale du 10 mars 1853 a fixé le taux du contingent principal à 1| (au lieu de 1) pour 100 de la population, celui de la réserve à »/3 % et le taux du remplacement annuel à y c % au moins et '/ a % au plus. Sur ces bases, la force de l'armée fédérale a été établie au chiffre de 506,791 hommes, savoir 354,637 h. au contingent principal, 100,839 h. de réserve et 51,315 h. de remplacement.

Ces troupes se décomposeraient ainsi qu'il suit par armes :

Conting. princip. Réserve* Infanterie de ligne 268,000 h. 74,100 h.

Chasseurs et tireurs exercés . 18,500 „ 5,300 „

Cavalerie 44,600 „ 12,900 „

Artillerie 26,400 „ 7,600 „

Pionnier, génie 3,500 „ 1,000 „

Le nombre des canons serait de 1134 dont 880 faisant partie du contingent principal.

Les non-combattants (1470 médecins, 16,838 h. des trains des équipages etc. etc.) ne sont pas compris dans les chiffres ci -dessus.

En fait, l'armée allemande combinée atteint à un nombre supérieur à celui des contingents réunis. Nous avons donné la force actuelle des troupes entretenues par les divers Etats allemands au tableau V et mis en regard le montant du contingent, d'après la décision fédérale de 1853 ').

') Au moment d'écrire ce passage nous recevons le Moniteur du 30 août 1861 qui renferme le renseignement qui suit, que nous avions d'ailleurs trouvé en même

L'espace ne nous permet pas de développer ici le règlement militaire de la confédération, nous nous bornons à signaler la disposition qui fixe à 6 ans (D. 15 nov. 1855) la durée du service, mais n'exige, en temps de paix, et selon les armes, que 2 ou 3 ans de présence sous les drapeaux.

En Turquie, la durée de service dans l'armée active {Nizam) est de 5 années, à l'expiration desquelles le soldat retourne dans ses foyers et compte en outre 7 années dans la réserve (Rédif). La Porte dispose en outre de 117,000 hommes de troupes auxiliaires des principautés danubiennes, de l'Egypte et de 80,000 hommes de troupes irrégulières. La force totale de la Turquie est évaluée à 501,000 h.; nous pensons qu'en réalité on ne doit pas compter sur plus de 400,000. Il y a un abîme entre les hommes sur le papier et ceux qui entrent en campagne.

L'armée de Suède ne se compose, en temps de paix, que de 7700 hommes engagés volontairement (Vârfvade). Lors d'une guerre, on réunit l'Indelta, sorte de colons militaires au nombre de 33,000 h., distribués par districts ou compagnies. Ces colons reçoivent une maison, et un terrain qu'ils cultivent eux-mêmes. Les exercices durent un mois tous les ans, pendant ce temps les hommes reçoivent une solde. La réserve est formée par la conscription: tout Suédois doit 5 années de service à son pays, mais on se borne à lui demander annuellement quelques semaines d'exer-

teraps dans plusieurs journaux allemands : Francfort, 27 août. L'effectif de l'armée fédérale s'élève à 452,763 hommes, le contingent do réserve compris, et il doit être porté dans le courant de l'année au chiffre de 643,130 hommes. Le contingent de l'Autriche sera de 182,614 au lieu de 142,233 hommes, celui delà Prusse de 211,851 au lieu de 120,412. En un mot tous les contingents fédéraux seront augmentés, fiaden portera le sien de 15,000 à 17,411 hommes. Seuls Weimar et Francfort conservent le nombre primitif. (Journ. de Francfort.) Ce petit article semble renfenner plus d'une inexactitude.

cice. Aussi les 95 à 96,000 jeunes gens portés sur les contrôles se réunissent -ils lors des manoeuvres annuelles avec l'entrain d'une partie de plaisir. L'île de Gothlande a une milice spéciale de 7600 hommes.

L'armée de la Nonoêge compte 14,000 h. dans la ligne et 9000 dans la landwehr.

Dans les Pays-Bas, comme en Suède, les troupes entretenues pendant la paix se composent de (58,500) engagés volontaires, tandis que les hommes levés en vertu de la conscription sont renvoyés au bout de quelques mois, après avoir été formés au service, et réunis tous les ans pour s'exercer pendant quelques semaines. Cette réserve compte 70 à 80,000 hommes. Il existe en outre une sorte de landwehr sous le nom de chasseurs (Schutters) qui comprend tous les hommes de 25 à 35 ans.

La Suisse n'a pas d'armée permanente, mais le service militaire est obligatoire pour tous les citoyens. Les hommes de 20 à 34 forment YAuszug ou le premier ban, et les cantons doivent fournir sous ce nom 3% de leur population. \1 Auszug , qui constitue en fait l'armée principale, compte 75,000 hommes. La réserve comprend les hommes de 35 à 40 ans, soit 1£% de la population. Enfin la landwehr réunit dans un arrière-ban les citoyens âgés de 40 à 44 ans.

Avec cette organisation, calculée d'ailleurs uniquement pour la défense, la Suisse peut être une utile alliée pour un grand Etat, mais si elle devait combattre seule, il ne faudrait pas évaluer sa force tout à fait d'après le nombre des hommes sous les armes: un pareil calcul n'est applicable qu'à des temps comme l'époque de Charles le Téméraire, où les hommes se battaient entre -eux; maintenant l'homme disparaît dans l'armée, et une armée ne se forme pas du jour au lendemain.

En Belgique, tous les hommes âgés de 19 à 26 ans

appartiennent à la milice ; en ajoutant les individus exemptés provisoirement, on trouve ainsi sur les contrôles environ 450,000 noms. De ce chiffre il faut défalquer à peu près 250,000 pour les exemptions, reste 200,000, dont 10,000 sont appelés tous les ans sous les drapeaux. 50% des hommes retournent dans leurs foyers en vertu de congés indéfinis ou renouvellables. En cas de guerre, l'armée complète serait forte de 84,000 h., et la milice pourrait fournir une réserve de 120,000 hommes.

En Espagne, les réserves portent le nom de milice provinciale. Elle se compose des trois plus anciennes classes de soldats, ceux qui se trouvent dans leurs 6 e , 7 e , ou 8 e année de service dans l'infanterie. Cette réserve compte toujours au moins 60,000 h. On a même prescrit en 1856 et 1857 des levées spéciales pour renforcer le corps de la milice. Si l'Espagne avait à se défendre contre une invasion, les 150,000 hommes de l'armée régulière pourraient s'appuyer sur une

centaine de mille hommes, miliciens et autres.

Le Portugal et la Grèce ne donnent lieu à aucune observation particulière.

En ce qui concerne e Danemark, nous constaterons que la conscription y fait commencer le service militaire à l'Age de 22 ans, et qu'après avoir servi 4 ans dans l'armée active, on compte encore pendant 4 autres années dans la réserve. Il existe aussi une landwehr en Danemark.

On sait que le Danemark doit fournir à la Confédération germanique un contingent pour les duchés de Holstein et de Lauenbourg.

En comparant l'organisation établie dans les divers Etats, on est porté à donner, au moins en théorie, la préférence au système d'après lequel l'armée permanente est composée

d'engagés volontaires, tandis que la conscription se borne à appeler successivement sous les drapeaux tous les hommes valides du pays, pour les dresser pendant quelques semaines ou quelques mois au maniement des armes. Ce système, qui n'est encore en vigueur que dans un petit nombre d'Etats, réunit les trois avantages suivants: 1) il n'enlève personne à sa profession ou à sa carrière; 2) il ménage les finances du pays ; 3) il empêche les guerres imprévues. Du moins seraitil presque imposible à une époque de publicité comme la nôtre de rappeler secrètement les réserves.

Que les petits Etats se délivrent au moyen d'une semblable organisation d'une partie des charges de la guerre, 6ela nous parait naturel; mais les grandes puissances de l'Europe pourraient-elles sans danger se désarmer à ce point? Cela ne nous semble pas impossible, sinon immédiatement, du moins dans un avenir pas trop éloigné. Et on y arrivera nécessairement avec le temps.

Et pourquoi serait-il imposible de s'entendre sur ce point? L'histoire ne nous apprend-t-elle pas qu'au moyen âge, lorsque le droit du plus fort régnait seul en Europe, on parvint à établir la „trève de Dieu" qui donnait au faible au moins quelques jours de répit par semaine. Les grands Etats ne pourraient-ils pas se mettre d'accord sur une limite maximum au-dessus de laquelle ils s'engageraient de ne pas porter leur armée permanente? La France, la Grande-Bretagne et la Prusse pourraient peut-être se contenter dès aujourd'hui du résultat des engagements volontaires; la Russie et l'Autriche ne sont pas encore aussi avancées, mais lors même que l'empire moscovite aurait sous les drapeaux 200,000 hommes de plus que la France, cette dernière n'aurait à craindre aucune invasion de la part d'un Etat aussi éloigné.

Nous ne noua flattons pas de vivre assez longtemps pour

voir se réaliser cet âge cFor. Nous n'avons que trop souvent vu que les hommes se soumettent plus facilement à l'inspiration de la passion qu'aux conseils de la logique. La jalousie, le.désir d'exercer une influence plus ou moins légitime, même la méfiance, doivent être comptés parmi les passions les plus nuisibles à la paix.

Toutefois, notre époque a été témoin de tant de miracles, qu'on ne doit pas désespérer de voir négocier et peut-être conclure un- traité général de désarmement

') Nous ne méconnaissons aucunement les difficultés qui s'opposent à la réalisation de cette idée; elles ont été exposées récemment par une autorité

compétente.

En effet, en réponse à une proposition faite dans ce sens par un membre du parlement anglais, Lord Palmcrston dit ce qui suit (Séance du 1er août 1861). Nous traduisons d'après le compte rendu du Times:

El M ,«i l'autre ,»..«„„, dont l'taport™. * évitate,

a savoir, si le gouvernement français ou tout autre (je a ai en vue aucun pays en particulier) voudrait entrer en négociations à l'effet de restreindre les armements maritimes, cette question est difficile à résoudre.

,,Bien qu'un accord sur ce point paraisse utile, je pense néanmoins qu'un gouvernement anglais réfléchirait longtemps avant de conclure avec un autre un traité ayant pour but de limiter la puissance militaire ou maritime de l'Angleterre (Ecoutez!). Nous ne devons pas penser seulement au présent. Je craindrais qu'un traité avec un Etat étranger ne nous procureràt des discussions et des contestations continuelles.

„Nous ne devons pas perdre do vue, que si nous concluons une convention avec un pays, cette convention devrait être étendue à tous les autres. Car nous avons devant nous non seulement la France, mais encore les Etats- Unis, l'Espagne dont l'importance augmente tous les jours, et tous les Etats qui ont une marine.

„Nous devrions entretenir des officiers pour surveiller ce qui se passe dans les autres pays, et chaque Etat enverrait des officiers chez nous pour nous surveiller à notre tour. 11 naîtrait fréquemment des doutes et des défiances, et au lieu do produire la paix et la concorde, cotte organisation, je le crains, ne sèmerait que des contestations et la discorde." (Ecoutez!)

La méfiance, sans doute, n'est pas un moyen d'établir la concorde. 11 nous semble que le discours, empreint d'ailleurs d'une certaine prudence politique, du ministre anglais ne prouve qu'une chose, c'est que Fajfaire rient pas encore mûre.

Il est une circonstance qui contribuera efficacement à provoquer la réduction des années, ce sont les dépenses croissantes qu'elles causent partout. De même qu'on attend de la force de plus en plus destructive des armes qu'elles parviendront, sinon à détruire la guerre, du moins à la rendre plus courte et moins sanglante, de même peut -on espérer que les charges que l'entretien des armées permanentes impose aux nations les portera un jour à s'en débarrasser.

Le tableau VI à la suite du texte donne des détails comparatifs sur les dépenses militaires de chaque Etat. En l'étudiant, on constatera que la dose plus ou moins forte ou faible de liberté politique dont jouissent les pays, est sans influence sur le poids de leurs charges défensives. L'armée de terre et de mer de la Grande-Bretagne coûte 27 francs *par habitant, celle de la Russie moins de 8 f. Les Hollandais paient en moyenne 13 f., les Danois 12 f., les Turcs à peine 3 f. On peut, sans doute, citer la Suisse dans un sens contraire, mais la petite république neutralisée peut-elle servir ici d'exemple concluant?

On doit d'ailleurs considérer que deux coéfficiens contribuent à produire la somme totale des dépenses: c'est le nombre des soldats, et le taux moyen des frais pour chacun d'eux. Le même nombre d'hommes ne coûtent pas partout la même somme pour nourriture, habillement, solde etc. etc., mais sur ce point on ne saurait établir des rapprochements utiles que dans un travail spécial et très - détaillé. Dans ces matières si compliquées il est par trop facile de confondre le vrai et le faux et de prendre des apparences pour des réalités.

H y a un temps pour la méfiance et la confiance comme pour la protection et le libre échange. Si nous no nous trompons, l'initiative du désarmement partira de la France. Nous croyons en apercevoir quelques indices.

Ces difficultés s'opposent notamment au calcul de la dépense par tête de soldat On se tromperait en croyant qu'il suffit de diviser le crédit accordé au ministère de la guerre par le nombre d'hommes sous les drapeaux. D'abord, ce crédit comprend des fonds pour l'entretien ou la construction de forteresses, pour des achats extraordinaires de matières, ainsi que des dépenses inscrites seulement pour ordre. Ensuite, le rapport entre les différentes armes n'est pas partout le même; ici, par exemple, on entretient peut-être deux fois autant de chevaux que là, ce qui augmente naturellement la dépense moyenne par homme. De plus, l'effectif réellement sous les drapeaux est rarement celui qui se trouve sur le papier. Enfin, dans quelques pays certaines fournitures faites en nature par les communes ou les citoyens ne figurent pas sur les budgets, tandis qu'ailleurs ces objets s'achettent à deniers comptant. Toutes ces raisons nous ont engagés à nous abstenir de faire ce calcul.

Néanmoins, pour ne pas causer de déception à ceux des lecteurs qui s'attendent à trouver ici un tel tableau, nous allons reproduire, en l'abrégeant, celui qu'a donné M. de Red en dans : Deutschland und das iibrige Eurojja. (Wiesbaden, Kreidei und Niedner, 1854.)

Dépense par tête de soldat, en francs.

Allemagne

Grande-Bretagne Russie . .

Pays-Bas Belgique Danemark .

Suède . .

Norwége

465f.0O Suisso . . .

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