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Les revenus à diverses époques

Nous avons quelquefois eu l'occasion de constater la contradiction assez originale dans laquelle certains auteurs sont

tombés en recommandant l'économie, même la réduction des dépenses, tout en s'enorgueillissant de la grosseur du budget de leur pays. Il ne sera pas difficile au lecteur de trouver la solution de cette apparente contradiction ; il aura plus de peine à comprendre comment on a pu, il y a quelques 30 ou 40 ans, joindre les deux bouts des petits budgets d'alors. Plusieurs États ont, depuis, doublé ou triplé leurs revenus, et celui qui a le moins progressé, les a vus s'accroître au moins d'un certain nombre de pour cent. Nous avons mis en regard, sur notre tableau IX, le revenu de la plupart des Éta ts à trois époques différentes, en général, aux années 1828, 1847, 1861, en marquant les cas, en petit nombre, où nous avons dû prendre 1829, 1830 ou 1833 pour point de départ. Nous avons en outre indiqué, en tant pour cent, le taux de l'accroissement pour la période 1828—1847, 1847 — 1861 et enfin 1828 — 1861. Ou sait que ce dernier rapport n'est pas le produit de l'addition des deux précédents l ).

La comparaison de ces rapports, qui ne reposent qu'en 2 ou 3 cas sur des évaluations, (par ex. Russie et Turquie en 1828) 2 ) fait ressortir des résultats d'un grand intérêt, dont les causes doivent être recherchées tantôt dans le domaine politique, tantôt dans le domaine économique.

L'accroissement le plus faible est celui de la Grande- Bretagne. De 1830 à 1847 son budget est resté à peu près au même chiffre, en ce sens que les modifications subies par le système financier se sont résolues en une plus-value accidentelle de 1.6% (un pour cent et demi). De 1847 à

') Les personnes auxquelles les mathématiques ne sont pas familières s'en convaincront facilement en faisant quelques essais avec des nombres simples.

2 ) Nous avons emprunté ces deux chiffres et un petit nombre d'autres à l'Almanach de Gotha, généralement bien renseigné. Nous avons relevé tous les autres dans les budgets ou autres documents officiels.

1861, au contraire, l'accroissement a été fie 30%, et cette progression est peut-être uniquement motivée par les efforts faits pour rendre impossible une invasion française. La fière, ou si l'on veut la perfide Albion ne se sent plus en sûreté derrière ses murs do bois, et en construit maintenant, au poids de For, de plus solides en acier. De 1830 à 1861, l'accroissement total a été de 33%.

Le budget anglais se distingue de ceux des États continentaux par une grande mobilité. H subit souvent des augmentations on diminutions aussi brusques que considérables, et lorsque les progrès de l'aisance ou d'autres causes élèvent le produit des impôts, on en réduit le taux. Dans les États continentaux l'accroissement du budget suit une marche ascendante très - constante, seulement la progression est plus ou moins lente ou rapide. Or si en Angleterre l'augmentation des recettes est motivée par la nécessité de satisfaire à un besoin nouveau (réel ou imaginaire), sur le continent l'accroissement- des recettes a pour effet d'éclairer les gouvernements sur leurs besoins et de leur en faire découvrir d'inconnus jusqu'alors. Nous nous bornons ici à poser la règle, que d'autres se chargent de constater les exceptions.

Parmi les grandes puissances continentales, c'est le budget de la France qui s'est développé le plus lentement, ou qui a grossi le plus modérément. De 1829 à 1847 il a augmenté de 33.1%, de 1847 à 1861 de 34.1%, et dans toute la période 1829—1861 de 78.6%. Nous avouons que nous avons- été surpris de ce résultat basé pourtant sur des chiffres relevés avec soin. Nous nous attendions à une progression plus rapide. Toutefois, l'impôt moyen et le total des recettes ne sont que quelques-uns des éléments de la situation financière d'un pays; les autres sont fournis par l'état de la dette et du crédit public (v. les cartes 7 et 8 ainsi que les

tableaux XIV, XV et XVI). Même en tenant compte de ces données, on trouvera que l'aisance a marché plus vite que le budget. Nous ne citerous à l'appui de cette assertion qu'un seul fait: en 1829 la valeur du commerce extérieur était de 988 millions en présence d'un budget de 1030 millions, tandis que maintenant la valeur des importations et des exportations dépasse le double des recettes totales (page 58).

Si le chiffre de 65 millions de roubles représente réellement les revenus de la Russie en 1828, l'accroissement aurait été de près de 350 p. 100 (346.6). Nous ne garantirons ni n'expliquerons ce résultat faute de données détaillées sur l'année 1828. •

La Piusse peut considérer l'augmentation de 26% constatée pour la période 1828 à 1847 comme une progression fondée sur la nature des choses; on s'est laissé pour ainsi dire entraîner par le courant. Nous ne prétendons pas soutenir que maintenant on s'efforce de le remonter; mais depuis quelques années le vaisseau de l'État prussien s'est transformé, comme tant d'autres, en vapeur qui trace son propre sillon politique, indépendant du vent et de la marée. Espérons qu'il arrivera ainsi plus vite et plus sûrement au but. En attendant, son budget a plus que doublé (1 11%) de 1847 à 1861.

On ne saurait en aucune façon dire que l'Autriche ait navigué sans secousse. Son navire a été balloté sur une mer furieuse et non sans éprouver des avaries. Or, les réparations sont coûteuses et pour se maintenir à flot, on ne recule devaut aucun sacrifice. Aussi les impôts ont -ils augmenté dans une forte proportion (de 1828, à 1847 de 55^%, de 1847 à 1851 de 88%, de 1828 à 1861 de 188%), mais le point de départ a été si bas, que l'arc ne nous paraît pa6 encore trop tendu. En veut-on une preuve: les revenus continuent d'augmenter.

En ce qui concerne l'Italie, nous avons dû composer les chiffres relatifs aux époques antérieures en additionnant les revenus des divers États qui formaient cette «expression géographique". Pour l'année 1861 nous ne disposions pas eucore d'un budget sérieux, de sorte que nous n'avons pu donner qu'un nombre approximatif. On pense que le nouveau royaume d'Italie se propose de pousser son budget de recette jusqu'à 700 millions de francs, en établissant dans toute l'Italie l'uniformité des impôts .... piémontais. Nous n'avons pas tenu compte du budget du Pape, ne sachant pas „ s'il est devenu une vérité".

L'augmentation du revenu en Espagne provient d'un accroissement bien réel de l'aisance. Un nouvel esprit s'est emparé de cette nation qui n'a pas encore dit son dernier mot.

Les autres chiffres du tableau X ne semblent pas exiger d'explications. Les causes de l'augmentation des revenus des divers États qu'on y compare, sont connues ou seront facilement discernées par le lecteur.

En résumé, il résulte de nos études sur la matière, que quelques pays ont réellement fait un effort financier extraordinaire, c'est-à-dire que les charges y sont portées au maximum, tandis que d'autres ont encore de la marge devant eux. Dans plus d'un cas aussi on porte plus facilement le fardeau actuel que celui dont on était chargé autrefois, bien qu'il fût moins lourd en apparence.

Parmi les diverses causes qui ont concouru à ce résultat, nous n'en ferons ressortir qu'une, c'est qu'une même somme de numéraire n'achette pas autant de marchandises, ne commande pas autant de services en 1861 qu'il y a 30 ou 40 ans. . En conséquence cette somme est plus facilement gagnée et plus facilement payée.

Il conviendrait peut-être de faire suivre cet exposé des

revenus, d'un tableau des dépenses ; mais nous aimons mieux, pour éviter des répétitions, renvoyer le lecteur à la fin de ce chapitre où nous esquissons à grands traits la situation financière de chaque État.

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