‹ Puissance politique et militaire de la Russie en 1817;Chapitre 33 sur 65 · CHAPITRE VIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIL

Ces hommes sans énergie ne peuvent se sauver

du mépris que lorsque V exaltation des haines

fait redouter des dangers plus grands que

ceux qu'engendre le défaut de courage et

d'habileté.

iouR se convaincre de la vérité , énoncée dans Je chapitre précédent, il suffira de quelque réflexion sur la marche des esprits, durant les révolutions.

Lorsque la succession des siècles a créé de nouveaux intérêts, la sagesse du législateur doit s'empresser de les régler, sous peine de voir le corps social bouleversé par le choc des passions qu'ils fomentent. S'il néglige cette précaution, les peuples se divisent en deux

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grands partis, suivant l'intérêt qui les meut, et le crime , la dévastation et le sang souillent la face de la terre , jusqu'au jour où , éclairés par le malheur, ils se soumettent d'un commun accord à l'arbitrage de l'homme éminent dont l'intérêt, le plus étroitement lié à l'intérêt général et le plus propre à la protéger, leur est un sûr garant de sa sollicitude pour leur bonheur. Alors il devient nécessaire de former un faisceau des intérêts particuliers, de fondre toutes les passions dans l'amour du bien public ; afin d'imprimer à la nation ce mouvement unique et puissant qui, après de sanglans débats , porte ordinairement les peuples au faite delà grandeur et de la puissance.

Mais, comme on voit deux fleuves débordés, se choquer dans leur course, se combattre avec fureur jusqu'à leur embouchure, et là , amoncelant avec leur écume les dçbris qu'ils entraînent, former une espèce d'île mouvante qui sépare leurs flottes, Jusqu'à ce qu'une nouvelte crue engloutisse cette digue éphé-

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mère : de même ,• à la suite des révolutions , il s'élève entre les grands partis , un parti mixte dont l'intérêt, formé du choc des grands intérêts, lui fait uae loi (sons peine de perdre l'existence ,) tle perpétuer les divisions. Or, puisque l'union ç$\ la base du bien général ; il résulte de là que l'intérêt de ce parti est contraire à l'intérêt général.

. Appliquons ces principes à la révolution française. On en sentira mieux l'évidence.

A l'origine de nos troubles, les intérêts nouveaux et les intérêts anciens divisèrent la France en deux grands partis. Le combat s'engagea. Presque tous» le» Français prirent pafft à cette lutte sanglante et acharnée. Quelques- U4s seulement, soit par défaut d'énergie > soit parce que leurs intérêts n'étaient pas fortement compromis, demeurèrent tranquilles spectateurs de i'effrojable tempête. Bientôt, entravés par la tourmente, ils se trouvèrent portés par le, hasard ou leur impassibilité même, aux districts , aux assemblées. Dans celte nouvelle position , les mêmes motifs durent leur con-

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àerter la même impassibilité. On appela haine do ittâl, l'indifférence du bien. Et, comme, dans ces tertips de malheur , les vaincus avaient tout à craindre des hommes puissaus, vainqueurs à leur tour, & surent gré à ceux-ci des» crimes qu'ils Dataient pas clorais. Ainsi leur rinlHt4 les soutint au-dessus de l'abîme î ainsi ; appuyés tour à tour par les diverses factions ? ils parvinrent à leur grand étonnement , au bitte des bonheurs et du pouvoir

Et qu'on ne prenne pas ceci pour une vaino hypothèse! Il suffira, pour s'en convaincre, de considérer quels hommes se trouvaient à la fêle du gouvernement lors de la cbûle de Bonaparte. Ils appartenaient tous, à peu d'exception près, à la classe dont je viens de parler.

Or , c'est précisément , arrivés à ce haut degré d'élévation 9 que leurs passions ont été mises en jeu. Excités par de grands intérêts, l'impérieux désir de conserver leur fortune et leur puissance , ils ont employé les manœuvres les plus coupables pour garder ce trésor précieux à leur amour-propre et à leur ambi-

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Le but de cette ambition est aussi vil que son origine. ; N'espérez pas qu'elle s'élève jamais jusqu'à ces hautes; spéculations d'utilité générale qui fondent la gloire et le. bonheur des nations ! Les cerveaux étroits et mesquins dont il est ici question sont / par, leur nature , incapables de concevoir et d'exécuter, des desseins grands et vraiment généreux. Ils bornent toute teur gloire à rester à leur poste et à perfectionner, pour le défendre, ce qu'ils appellent la tactique des partis.

. (i) Ceci prouve bien évidemment qu'il est loin de notre pensée de vouloir blesser , dans ce chapitre, comme la malveillance pourrait le supposer, une classe nombreuse et honorable : je veux parler des modérés* Plat à Dieu que tous les Français se réunissent à elle ! Les hommes dont il est. ici question sont les tartuffes de cette classe ; ils se servent de la modération, comme Robespierre de la liberté, et Bonaparte de la gloire, avec la différence des caractères. Ce qui le prouve , c'est qu'ils marquent , comme eux , du sceau de la réprobation , tous ceux qui ne sont pas leurs dupes.

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