‹ Puissance politique et militaire de la Russie en 1817;Chapitre 34 sur 65 · CHAPITRE XVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVIII

Leur soin unique est d'empêcher les éclair* cissemens.

Quelque aveuglés que Ton suppose ces hommes par l'encens grossier que la tourbe vulgaire brûle sans cesse au pied de l'idole du jour, peuvent -ils se dissimuler leur impuissance ou leur faiblesse ? je ne le pense pas. Les grandes vertus , les grandes actions dont ils. furent les témoins , les avertissent qu'il existe des âmes fortes , d'une trempe supérieure à la leur.

Trop vains pour quitter le sceptre , trop faibles pour soutenir la concurrence , quelle sera alors leur tactique? d'éloigner du trôné x ces hommes d'un caractère élevé, dont la main puissante pourrait le Cimenter où le défendre. Et si le hasard, le génie de la patrie, ou ce Dieu qui se joue des vains projetsdes mortels,

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suscite un de ces hommes rares dont la voix éloquente fait entendre d'en haut la vérité à la nation et à ses princes; on se bâte de noircir l'homme de bien ; on lui suppose des intentions, perfides, on calomnie sa vie toute entière. Loin d'applaudir à ce qu'on appelle sa conversion, on l'en punit sans pitié; on arme contre lui l'autorité souveraine, et, si ce n'est assez , l'outrage va accompagner le châtiment; et, quand les Dieux auront frappé le coupable, l'oracle va prononcer ces paroles , inventées sans doute pour proscrire le repentir : « Jérusalem parle comme Samarie (i) ! » Insensés! $avez-vous bien qu'il y va du salut d'Israël ? au lieu de flétrir une noble coudes*» t cendance , hâtez-vous d'en faire sentir tout le prix; au heu de mettre au jour quelques taches légères , hâtez- vous de les effacer, au lieu d'exciter d'odieux soupçons , étouffez-les dans leur naissance ! car cet oracle est plus utile

(i) Mon intention n'est pas d'attaquer l'auteur de ce passage , mais l'abus qu'où en * fait.

fi» FRANC*. ,6$

que celai que tous avez prononcé : V union de Jérusalem et de Samarie peut seule sauver Israël.

Et vous gommes de bien de tous les partis, qui répétez des paroles dangereuses , p^rce qu'elles flattent votre pass*op du mamept., connaissez votre aveuglement , il en esl jteuqp encore! quel est celui d$ vous qui, ep desçenr dapt au foad de son cœur, né sera force d'avouer que daps les temps d'erreur et de confusion , la passion du bien m4we peut l'avoir jeté quelquefois hors de la ligne du devoir ? Et lorsque , à l'instant de la réconciliation générale , éclairé par l'expérience , il «embrassera sans réserve .ces principes tuté- Jfiires que la charte a consacrés , qu'il irerableJ ToraoJe va lui appliquer ces paroles flétrôsantés : «Jérusalem parle oomwe Stagne!*..*

Quel est donc le but d'un système si évidemr ment contraire à l'intérêt général (i)? Le but

(i) Si l'on pouvait supposer qu'une puissance implacable et jalouse eût conspiré contre la Francf , il serait

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est d'éloigner les parties, de les empêcher de s'expliquer : car une explication pourrait fort bien amener une réunion.

C'est une vérité banale : on dispute presque toujours faute de s'entendre. Ceci est surtout vrai par rapport aux nations. La diversité d'intérêts rend , en effet, cette tâche bien difficile de réduire la question à sa plus simple expression, et dé la présenter dans toute sa clarté.

Aussi , rien n'est plus facile que de trouver danslesdiscoursoudans les ouvrages d'hommes animés du plus pur sentiment d'amour pour la patrie , quelques expressions , quelques idées qu il est aisé de dénaturer et d'interpréter méchamment, et moi-même, si j'ai l'imprudence de livrer au public ces réflexions, peu importantes sans doute, on m'accusera peut-être de n'aimer ni le roi, ni la charte, ni la patrie; et cependant , hier, j'ai exposé ma vie pour elle ;

naturel de penser que ces hommes lui sont vendus. Jamais les vils agens des Henri Y, des Charles-Quint, des Philippe II , ont-il* mieux servi la cause étrangère?

fct cependant, demain encore, je verserai, s'il le faut , tou t mon sang pour son bonheur.

Ce système de dénigrement, si l'on veut (cette tactique & été poussée si loin qu'il est impossible à un homme peu éclairé de discerner ses amis d'avec ses ennemis.

Qu'un véritable Français prodame, du haut de la tribune nationale , les principes les plus nobles, les vérités les plus incontestables , les systèmes les mieux faits pour affermir le repos et le bonheur (Je la France ! Voyez la foule innombra ble desgobes-mouches politiques lire froidement ces lignes qui devraient faire battre tout cœur français d'orgueil et d'enthousiasme! étonnés cependant, ils s'approchent du phénix de la troupe pour savoir si M.*** est jacobin, ultra, ministériel , buonapartiste, libéral, etc. etc. etc. L'oracle rendu, la discussion commence, celui-ci combat ses propres principes , parce qu'il n'aime pas les jacobins; celui «là s'élève avec force contre ceux qu'il a professés durant vingt ans , parce qu'il déteste les ultra

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C'est peu , un grave écrivain va peser le» destinées de la France , écrire sur les madères les plus importantes de la législation» J'ai lu cette phrase remarquable : « On ne m'accusera » pas de partialité à l'égard de M. *** , et cepen^ » dant je suis forcé de convenir...- » — M. *** est sans doute un monstre , puisqu'on s'excuse de partager avec lui les plus nobles opinions? — M. *** est un fort honnête homme , mais il est dans les ultra !.....

Étrange aveuglement ! ainsi nous courons nous-mêmes à notre perte ; ainsi nous nous lais* sons prendre aux piégesles plusgrossiers. Apre? avoir été, durant vingt-cinq ans , les jouets ou les victimes des scélérats de toutes les espèces, nous sommes aujourd'hui les dupes de quelques misérables charlatans , dont tout le mérite consiste dans l'application de cette maxime surannée : Diviser pour régner.

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