‹ Puissance politique et militaire de la Russie en 1817;Chapitre 58 sur 65 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

De la Majorité de la Chambre des Députés * . de 1816.

On a beaucoup écrit sur les partis eu France ; des publicités ont cru en découvrir tin grand nombre ; selon nous il n'y en a véritableipent que deux bien distincts. D abord , car, ayant tout, il faut fixer la signification des mots quand 09 veut embrasser et discuter une opinion en connaissance de cause, que veut dire parti? qu'est-ce qu'un parti? Le Dictionnaire de l'Académie nous répondra : C'est I union de plusieurs personnes contre djautresquiontuni&TKRÊT contraire. C'est, suivant le Grammairien Beauzée , un partage dans les opinions. V intérêt, c'est-à-dire, ce/ qui importe à l'honneur ou à l'utilité ; l'opinion, c'est-à-dire, le sentiment sur une chose quelconque, sont donc les véritables ageps de l'esprit de parti.

l*a France se partage en deux grandes

classes : les hommes qui sont a Hachés par Téûv intérêt et par leur opiàion aux institutions que la révolution a fondées, et ceux qui tiennent par ee double Ken aux institutions renversées par la même révolution. Les individus qui n'ont d'attachement qu'aux places et qu'aux grands/ de quelque parti qu'ils soient, ne peuvent être regardés comme remplissant les deux conditions exigées; s'ils ont un intérêt à défendre, ils n'ont pas j ils ne peuvent avoir d'opinion , puisque agissant toujours passivement, et soumettant leur raison à l'influence des emplois , des dignités , ils «te peuvent avoir d'action libre et de sentiment fixe; ils ne sont que des moyens de vaincre pour le parti qui les paie. On peut les comparer à ces soldats sans courage et saro patrie , qui vendent leur sang au plus offrant » et tour»à-tour combattent dans chacune des armééfc ennemies ; instrumens dangereux , parée qwé l'effet en est incertain, parce qu il* ftè sont conduits par rien de noble, mais par unie avidité constante sous quelques couleurs* qtt'eÙe se montre. I * '

Il n'y a pas en France d'autres opinions prp* fioncees que Popinion constitutionnelle H 4'o-

( «9 ) pinion uhra-royàU&te. Les ministériels jrmdont que des instrumens dans l'un ou l'autre de ces partis. Quant, à ce qu on >nom me. Jïowpar* listes, le plus léger examen doit faire reconnaître que leur nombre est si restreint, leqp importance si faible, qu'iis ne peuvent être désignés comme parti; ils ne. tiennent ,£&s à l'homme qui a fait long- temps le malheur de la FratKtty'maisàson gouvernement, qui leu^dOQ? nait des pensions el des charges. En cela ils se rapprochent des ministériels. Si le gouvernement nouveau voulait les.employer, nul doute qu'il ne Ht d'eux des arhis zélés. Cela efct si vrai que fe plupart dentre'eux, avant de servit; Na(poléor>, avaient longtemps usé leurs plumes pour leigouvernement de Louis XVI q^Ues payait* r

• On prétend encore qu'il se trouva un autre parti. , celui des Jacobins, A peine, re&te-uU en France quelques hommes qui siçot véritablement figuré, dans Jes sanglantes assemblées de ce nom. Ce parti a existe plus; mais la dénomination en a été ftro^ot donnée , parles homme* qui regrettent le>despottsme féodal, à ceux qui ont embrassé- le, plus franchement 1* parti cÔQStitutioqael,

Après avoir prouve qu il n'existe en France que deux partis , le» constitutionnels et les ul^ trarrojraïistes , liés chacun à leurs co~parti$an9, par le double noeud de Y intérêt et de V opinion , nous dirons en peu de mots ce qui caractérise et fait distinguer chacun d'eux. L'un , qui se compose de la plus grande partie de la génération naissante et dé la génération qui s'éteint ^ veut une monarchie protégée et 4ei*v» pérée par des lois sages et fortes , par un système de liberté approprié aux lumières actuelles» L'autre ne comprend que la plus petite partie des hommes d'un âge mûr* il a plus de souvenirs que de raison, ne voit dans le présent que l'image dû passé , image un mo- . ment ternie; mais qui doit, selon lui, reprendre toute sa ressemblance. Les premiers désirent que Tau torité marche avec le temps en ce qu'il a de louable; les seconds ne rêvent que réactions et changernens ; mais inutile espoir 1 songes vains et impuissans ! Lés jours de la jeunesse sont passés pour eux dans Fordre politique comme dans l'ordre naturel ; ils ne revenant pas plutôt rétrograder les lumières que les ans qui s'amoncèlent sur leur tête.

Venons actuellement à notre principal sujet.

Toute assemblée délibérante , pour être vraiment utile à la nation quelle représente , doit se composer de deux partis ; l'un votant dans le sens habituel du Gouvernement, l'autre opposé presque toujours aux mesures de ce Gouvernement* De ce choc d'opinions sortent naturellement les discussions et les lumières que toute autorité constitutionnelle doit réclamer. Il est indispensable aussi que le parti qui vote en faveur du Gouvernement soit le plus fort. Si cette disposition n'existait pas , il arriverait de deux choses Pune : ou l'opposition serait plus forte que le Gouvernement , ou l'assemblée serait unanime.

Si. l'opposition, éteit habituellement plus forte que le Gouvernement , l'assembléç deviendrait oppressive; elle renverserait l'ordre de l'Etat : Louis XVI en offre un déplorable exemple* Si l'assemblée était ordinairement unanime, il y aurait oppression de la part de l'autorité ; les suffrages ne seraient plusKbres, ou tous les membres seraient corrompus : c'est ce qui arriva sous Bonaparte.

. J'ai dit habituellement j parce qu'il, est des occasions où , d'une part , l'unanimité des votes prouve l'enthousiasme de l'amour de U

patrie, et que, de l'autre, une victoire remportée par l'opposition prévient lés tentations de proposer des lois arbitraires. Mais ces cas ne sont que des exceptions.

Il est si vrai que les ministres doivent avoir ordinairement l'avantage dans l'intérêt de l'Etat , qu'on a toujours remédié , en Angleterre, aux dangers des envahissement de l'opposition , en renvoyant les ministres vaincus, et en changeant le système du Gouvernement. Alors l'opposition est devenue ministérielle.

J'ai entendu faire cette question : Si les ministres obtiennent aussi souvent la victoire, k quoi servent les efforts de l'opposition? autant valait ne point discuter. Pas du tout. Là discussion publique éclaire le Gouverneihent i s'il est susceptible de l'être ; les améliorations que l'opposition demande sont à la longue exécutées , si le ministère connaît ses devoirs* Les discussions de la tribune forment l'éducation constitutionnelle dû peuple ; il s'instruit de ses droits et des fautes de son Gouvernement; et quand il est instruit, son opinion est une digue assez forte opposée aux empiè-* temens de l'autorité. Certes , ce n'est pas pouf

(?3) tp*e des lois dont l'Etat a besoin soient rejeté?? chaque f^is qu'on les soumet aux Chambres ; ce n'est pas pour que l'anarchie, soit prganisée que iç système représentatif est appliqué ; c'est pour établir des contre-poids, pour maintenir les ministres dans les bornes deji'^quité; en leuV inspirant une crainte salutakbfc c'est pour satisfaire le peuple en le faiç^qt participer ja la confection de ses lois.

,.E}a appliquât ces notions générales à la Qfcrabre deis Députés, de 1816 , nous reconnaîtrons : déitf; partis et trois classes différent dan$ son seiq. Le§ deux partis sont les çonstitutiontitkM .les uUra-rojralisUSi : M formént/chacun u^e £}ass£. La troisième recompose des .ministériels : ceux-ci #$ s$pt£tijourd -hui réunis' ^ux constitutionnels; car il ne faut .pas dissimuler une vérité utile ,( quelque dure qu'elle soit Les constitutionnels sont en petit nombre dans l'assemblée ;, la direction imprimée par les. ministres à leurs créatures ? rétabli la balance, C'eût été un malheur incalculable si 1« ministère eût favorisé les ultra; puisqu'alors la troisième classe s'étant jointe au nombre assez considérable de ces derniers, l'assemblée n'eût été que le renou-

tellement de la Chambre -de:i8t5. Mais h*ûr* reusement cette hypothèse est inadmissible^ Un ministre n'est que Torgàtiè" de la volonté royale; et des doutes sur k nature de cette volonté seraient coupables et injurieux au fondateur de la Charte constitutionnelle. - ; ^ Examinons quelques-uns des orateurs qui se distinguent parmi la majorité dis la Chambre» M. Camille- Jordan, dont la conduite II Ut Chambre mérite les jriuS grands élogesyne s'est fait Remarquer que par un discoure éloquent sur là loi des finances. Nul n'a développé avec autant de force et de précision les gratides raisons d'Etat qui ont fait prononcer la vente des anciens bois du clergé. Il est impossible de mie'ux -démasquer qu'il ne l'a fait la conduite des ultra- royalistes > leu* inconstance y leur arnônr pour les théories /et leur haine pour l'application. Tantôt sfcpr& et pressant, tantôt abondant sans diffusion , il a montré à la tribune ce que peuvent encore les anciennes traditions d'assemblées ou il figura; sa diction , souvent élégante, est quelquefois uii peu maniérée ; Ses plaisanteries ne sent pas toujours du meilleur goût ; son organe tropclaiYne penfaet pas toujours de- l'entendre; mais il est un de*

(' 35 ) orateurs les plus brillans de rassemblée. On se souviendra long-temps de la sensibilité cher valeresque de M. Piet, ventée si spirituellement par M. Camille-Jordan ; on n'oubliera pas non plus la comparaison si frappante des ergoteurs de l'opposition avec ces théologiens du Bas-Empire qui disputaient sans fin sur des mots inintelligibles ; enfin la proposition noble et sincère qu'il adresse aux ultra , de déposer leurs vieilles rivalités sur le rivage> a couronné heureusement un des plus beaux discours qui Aient été entendus pendant la session.

Personne ne doute du talent de M. Camille* Jordan ; mais sonopiaion est-elle bien connue? Certains politiques prétendent qu'il touche un peu te ministériel. Espérons que c'est une calomnie , et qu'il prouvera à la session prochaine que la liberté est avant tout dans ses affections.

M. Roi , que son immense fortune doit faire absoudre de l'accusation d'être ministériel y est un orateur plus avocat qu'homme d'Etat. Une grande méthode , de la chaleur, un bel organe, telles sont ses principales qualités oratoires , qui ne peuvent faire oublier la lourdeur de ses discussions . la monotonie de son

geste y et le défaut d'élégance dans la plupart de ses discours. Au reste, c'est un membre dont le talent peut devenir très-utile à la cause qu'il défend. La discussion du budget lui fait beaucoup d'honneur.

Si nous passons à son collègue , M. Beugnot , nous trouverons plus d'élégance dans le style , mais moins de solidité. Cet orateur , qu'on dit administrateur distingué, a un organe qui n'est pas toujours agréable; ses opinions sont diffuses; elles ont le défaut que Diderot trouvait dans la Nouvelle Héloïse, celui iï être feuil* lues. Heureux si l'on y trouvait les mêmes compensations que dans l'ouvrage de Rous-

seau!

M. Courvoisier se fait distinguer par beaucoup de finesse et de connaissances positives* On regarde comme un chef-d'œuvre le petit discours qu'il a prononcé sur les bois de l'Etat ; la plaisanterie est d'un excellent ton, les raisonnemens justes , les citations bien choisies ; il paraissait assez malade quand il le prononça. Sous le rapport de l'organe, du geste et du mouvement oratoire, M. Courvoisier me parait inférieur à M. Roi et à M. Beugnot»

M. Lafitte a prononcé deux discours d'un

( 37 ) genre bien différent. Le premier, qui fil beaucoup de bruit dans le temps , se fait remarquer par des vérités courageuses et bien exprimées ; il honore le caractère de M. Lafitle, et les amis de la constitution doivent le compter parmi Leurs plus fermes soutiens , tant par l'autorité de ses richesses et des affaires commerciales qu'il entreprend, que par l'alliance si rare des principes sages et des vertus politiques.

Pourquoi faut-il que M. Lafilte ait prononcé un second discours ? Heureux s'il se fût arrêté après celui qui lui a mérité l'applaudissement de tous les honnêtes-gens ! Ce n'est pas que , dans sa dernière opinion ,. il ne fasse preuve de vastes connaissances financières ; mais on était en droit de chercher dans l'orateur autre chose qu'un financier. De-noble , de courageux qu'il avait paru, on a eru voir une teinte ministérielle dans ses argument , et une apologie maladroite de mesures que lui-même avait blâmées.

On distingue parmi la majorité de la

Chambre beaucoup d'autres orateurs dont

* le talent et les intentions sont dignes d'éloges*.

Le&Jbornes de cet écrit ne nous permettent

. ( 38 ) pas de le* citer tous. Si nous en avions le loisir, nous n'oublierions ni M. de Serres, dont le talen t oratoire est si remarquable , et qui a su tenir dune main si ferme les rênes du gouvernement de l'assemblée; ni M. Ravez,dont on avait mieux espéré , mais qui réparera sans doute son silence ; ni M. Jobez,dontle courage et la vertu, sévère ont résisté au torrent des passions ; ni M. Savoye-Rollin , dont la franchise républicaine est si digne d'éloges.

Dans le nombre des constitutionnels , nous ne nous pardonnerions pas de passer sous silence un homme qui eut d'autant plus de mérite à embrasser cette cause, que, né dans un rang élevé, il lui a fallu résister à la séduction des souvenirs , à celle de l'intérêt particulier, à l'orgueil des dignités et de la noblesse ; un homme qui jamais ne se tut quand il fallut défendre la cause de l'indépendance , de la vertu et de l'humanité , qui brava la fureur des passions d'une assemblée toute entière , seul , mais soutenu par le sentiment de ses devoirs et par celui d'une conscience sans reproche.

M. Voyer d'Argenson n*a point le talent ' d'assembler des phrases harmonieuses; mais

(39) il a la véritable éloquence , celle qui s'appuie sur la pensée et \vc vérité • Uni- dès sa- jeunesse avec un ami digne de l'apprécier, dont les talens et le courage s'exercent devant une assemblée moins tumultueuse , mais plus sage et plus imposante que celle des Députés , M. d'Argenson partage avec M. le duc de Broglie l'honorable prérogative de défendre ce qui tes t bon et ce qui est juste,; et rie point adhérer à ces lâches transactions que la faiblesse ctemajKte^ai&querhomuïeloyal refuse.

Honneur à ces soutiens de la constitution ! honneur surtout à celui qui brava Jçs Députés de i8i5, et qui ne craignit point de leur, dévoiler là pensée du juste ! M. d'Argenson a plaidé • la cause des persécutés religieux ;, la religion véritable doit le bénir.. Son tfpnji ne seraplus séparé de oes idées de tolérance qui la constituent. S'il fut condamné pal* des ad ver- «aires passionna p l'estime de ses contemporains, le venge; son rappel à l'<Jrdro est un /triomphe plus beau que la vaine .illustration dès conquérant C'est une couronne de chêne .décernée au civisme courageux *. digne de lui , et dont le souvenir retentira daos la pjosterité*

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