CHAPITRE IV, Du Parti de l'Opposition
Un a observé avec justesse que le parti de l'opposition, dans une assemblée bien organisée , doit ordinairement apporter dans les discussions plus d'éloquence, plus de raison que dans la majorité. La cause en est facile à trouver. Coïnrne de sa nature l'opposition. est plus restreinte que ses adversaires, le langage de la persuasion ' est la plus grande force qu'elle puisse avoir. L'autre parti n'ai pas ber soin d'être fondé en justice; quand on est certain de remporter la victoire , on ne songe pointa la justifier ; mais une minorité qui ne peut rien par elle-même , ne devient puissante que lorsque son éloquence , ' soh cou*rage à défendre les principes, rattachent à sa cause la classe toujours nombreuse dès hommes sans opinion, et qui flottent d'un parti à l'autre.
Cette qualité nécessaire de l'opposition est
l'un des plus grands bienfaits du système représentatif. Elle est un frein salutaire aux invasions ministérielles ; elle forme une opinion publique qui retient l'autorité dans de justes bornes. Si , malgré les représentations des opposans, une loi oppressive est quelquefois adoptée, elle ne peut long-temps se soutenir, parce que le peuple, mis en garde contre l'arbitraire, en demande l'abolition. Des lois contre la sûreté individuelle, contre la liberté des journaux, ont été portées cette année; mais le discrédit où les mesures qu'elles autorisent sont tombées par les soins de l'opposition , abrégera leur durée , et à la session prochaine elles seront nécessairement annulées.
L'opposition ne doit pas être une force dont l'effet soit rapide ', et c'est un très-grand bien. Les institutions précipitamment fondées ne durent qu'un montent, parce que le peuple y pour qui ettessont faites , n'a point eu le .temps d'acquérir • les habitudes politiques qu'elles demandent. Ainsi s'explique la nécessité que l'opposition soit faible; si elle composait la majorité-, elle excéderait les limites. Puissance répressive et cœrcitive , elle arrête
les progrès du mal , et en prépare la guérison pour l'avenir.
Après avoir prouvé que de sa nature l'op? position dans les assemblées bien constituées doit suppléer par le pouvoir de la raison au pouvoir du nombre, il est facile d'expliquer l'énigme offerte cette année par les opposans de la Chambre des Députés, et ce contraste si marqué de leur conduite actuelle avec leur conduite passée. Leur inconstance était commandée par la force des choses. Puissatis et nombreux en i8i5, ils n'ont pas dû mettre un frein à leurs désirs véritables ; la certitude du succès leur fit dédaigner de voiler leurs intentions; ils durent marcher franchement à cette contre-révolution qui est toute entière dans leur cœur; faibles et en petit nombre en 1816 , il leur a fallu chercher à se renforcer du pouvoir de la raison , ils ont du se couvrir du manteau du bien public , et défendre la : volonté générale. Us sont naturellement devenus les plus ardéns défenseurs de la liberté» .des institutions nouvelles , et de tous les principes libéraux qu'ils détestent , mais sous h couleur desquels ils ont espéré res$aisir la majorité et en user alors à leur gré* Leur
transition, quoique rapide, n'a que l'apparence de l'inconstance; elle est la conséquence d'un but fixe et assuré. Si elle ne fait pas honneur à leur franchise, elle prouve en faveur de leur jugement; ils ont saisi le seul moyen qui pût attacher encore des citoyens à. leur cause.
C'est un triomphe bien honorable pour la liberté , pour les hommes qui la défendent au prix de leur sang depuis vingt-cinq années, d'être applaudis par des bouches qui les maudirent si long-temps , et ce phénomène n'est point le moins extraordinaire qu'ait vu naître notre révolution.
Ce n'est pas que l'on n'ait remarqué dans la conduite de l'opposition de cette année une incertitude et des hésitations fréquentes» Placés par la force des choses dans la nécessité de jouer un rôle également éloigné de leurs habitudes et de leur opinion , poussés par le besoin de se soutenir vers une sphère d'idées , repoussés vers une autre par la puissance de leur amour-propre, leur marche a été incertaine et embarrassée; dans cette fausse position , on les a vus se faire tantôt les champions courageux de la liberté et les ad-
versaires des ministres , en discutant les lois sur la presse et sur la liberté individuelle ; tantôt partisans de la tyrannie nobiliaire et sacerdotale dans la discussion de la vente des forêts de l'Etat; tantôt défenseurs outrés d'un ministre dans celle des budgets des différens ministères ; tant il est vrai que , de quelque masque que les hommes se couvrent , leurs véritables intentions paraissent toujours, et leur hypocrisie est sans séduction !
De tous les opposa ns, aucun n'a un talent plus vrai , des connaissances plus profondes , plus étendues , une facilité d'élocution qui n'exclut ni la force ni la précision , que M. de Villèle. Cet orateur est d'une taille médiocre, maigre et d'une figure peu avantageuse; son organe produit généralement un effet désagréable, et son port manque de noblesse. Cependant avec ces défauts, qui paraissent insurmontables , M. de Villèle s?élève quelquefois à une hauteur prodigieuse. Sa voix , à laquelle on s accoutume , devient sonore et éclatante. Clair, méthodique sans sécheresse, plusieurs fois je l'ai vu ramener d'un seul mot les discussions les plus abstraites , les plus embarrassées, à leur objet naturel, et porter la
(45) clarté dans les ténèbres épaisses dont plusieurs de ses collègues ont l'habitude de couvrir tout ce qu'ils Louchent. M. de Villèle, qu'on dit d'ailleurs intègre magistrat, possède à un très-haut degré la connaissance de l'administration et les abstractions de la sciencp iinancière. Aucun orateur n'a mieux fait sentir la nécessité des réductions dans nos dépenses 9 non pas comme ces membres qui veulent tout ébranler,' et portent sans réserve la hache dans toutes les branches de l'administration , aveuglés par un vain désir de popularité; mais avec une connaissance parfaite des abus , des nécessités ; et il en est qui sont des abus , inais qu'on ne peut détrype sans dangers. Tour-à-tour insinuant et vigoureux , élevé et brillant, M. de Villèle ne se forme point des chimères pour les combattre , mais il. porte un coup-d'œil d'aigle dans tout ce qu'il discute* - Sans doute il est malheureux que tant de talent soit employé à la défense d'une si mauvaise cause; car on ne peut s'empêcher de suspecter la franchise de M. de Villèle quand il défend la liberté. Tel est le. malheur des di~ ■ visions politiques , que nous soyons obligés de déplorer l'usage du talent que nous admi-
rons, et que, sans cesser d'être Français, nous soyons portés k regretter l'existence de ce talent , d'autant plus dangereux > qu'il est mal employé. Certes, la liberté s'enorgueillirait d'avoir un défenseur de bonne foi tel que M. de Villèle ; elle doit gémir de voir cet orateur désirer le retour du despotisme ; retour dont les effets retomberaient sur leurs auteurs % calcul d'autant plus faux , que les Français qui le font ne s'aperçoivent pas qu'ils se fbr^ gent eux - mêmes des chaînes , et que s'ils parvenaient h réussir , c est-à-dire à rétablir la monarchie absolue , le premier usage que «elle «ci ferait de sbn pbuvoir Serait d'écraser cette noblesse , s** éternelle, quoique secrète ennemie , et toujours ardente à lui disputer une autorité quelle veut partager avec elle.
Ce n'est pas seulement l'intérêt du peuple t mais celui de la noblesse , de favoriser la constitution. Elle y perdra sans doute quelques privilèges,* mais elle y gagtiera une liberté vé^ritable. Autrefois si elle commandait aux Serfr, elle-rtiême était soumise à l'arbitraire du monarque; aujourd'hui elle perdra sort pouvoir sur les uns, mais elle ne sera plus humiliée par l'autre. Libre, puisqu'elle n'obéira qu'aux
(47.) lois, privilégiée dans lecteur des Français , si elle le mérite par ses qualités personnelles , l'hommage qu'on lui rendra ne s'adressera point* à de vains parchemins ; eHe sera plus française , et par conséquent plus grande et plu» vertueuse. ' '
Après M. de Villèlë > que je n*hésité pas à placer à la tête des- orateurs de» deux partis y fc'offre naturellement M. Corbière. J'avoue que nçus avons fait un pas assez considérable. C'est un genre totalement différent. M. Corbière, dépourvu d'organe , de port et dé geste , se fait remarquer par F esprit le plus piquant. Aucun orateur, depuis la révolution, n'a «lieux connu l'art prodigieux de discuter une loi se*rieuse' à l'aide d'un tissu d'épigrammèâ.' Si M. Corbière ne se renferme pas toujours dans les bornes . de la convenance ; si ses satires n'épargnent personne; si le fiel amer qui découle dé sa bouche se répand sur tous ses adversaire; s'il est long et diffus dans ses discours , souvent fatigant par . l'excès* *de l'amertume ; s'il ne connaît ni la modération qui discute^ ni l'urbanité qui assaisonne et lait pardonner les critiques même les plus fortes ; c'est ua homme très-utile pour uà
(48) parti; il dit toutes les vérités sans en de* guiser l'inconvenance ; il enfonce jusqu'à la garde le poignard de là diatribe , et parvient à désespérer ceux qu'il ne convainc pas., j : Venons à M. de Bobald.
Les écrivains romantiques allemands et anglais offrent souvent la description de ces antiques discaux dont Jes ruines éloquentes *>ut survécu au système féodal qui le4 vit naître, de ces édifices écroules qui nous rappellent lçs temps dx autrefois , et portent un ^caractère mystérieux dont l'imagination est agréablement frappée. On se souvient aussi de c*si#onumens égyptiens où l'antiquaire dé-' cpuvre des signes hiéroglyfiques, restes in- ^cpnnus de la sagesse dès prêtres d'isis. Les esprits jeunes ou exaltés $ç plaisent à contempler ces vieux débris, dont ils ne comprennent ni Jaï destination ni l'usage;, ils aiment à sq créer des fantômes , à entretenir leurs rêveries ; mais 1$, raison sage et ^vère,: qui ne reconnaît dans J$s objets que ce qui s'y trouve réçllepaent, ne voit dans ces ruines qu'un peu de marbre recouvert d'un peu, de- mousse # chargé de caractères inintelligibles , dont le sens fut . peut-être sublime , mais qui peut-être, furent
(49) aussi insignifiants que la plupart de nos inscriptions modernes.
Tel est l'effet que les ouvrages de M. de Bonald produisent sur les lecteurs. L'imagination croit découvrir un sens profond à travers des voiles épais dont cet auteur aime à s'envelopper ; mais la raison ne le juge point aussi favorablement. Là surtout s'exerce sa défiance naturelle pour tout ce qui est obscur. Son œil clairvoyant ne voit que fumée où tant d'esprits croient voir de la lumière. Si jamais un écrivain affecta de se rendre inintelligible , cet écrivain est M. de Bonald. Les ouvrages du philosophe Diderot ne contiennent aucunes obscurités, si on les compare à la législation primitive*
On pardonnerait encore ses ténèbres à M. de Bonald s'il parlait le langage de la raison quand il lui arrive d'être clair ;. ce serait un heureux préjugé en faveur de cetî qu'on n'entend pas; mais quel moyen de l'excuser, quand on le voit reproduire les théories usées que l'on a mille fois combattues , se faire l'apôtre du despotisme, et discréditer la religion en la montrant inséparable du pouvoir absolu et incompatible avec la liberté publique ? Quel
( 5o ) nom dôftnera-t-on à l'intention qui a dicté ces apologies du système d unité y quand on se ressouviendra qu'elles furent écrites en faveur d'un gouvernement qui , rougissant luimême de volt1 ses invasions si ouvertement réduites en doctrine , et craignant l'effet de théories si évidemment fausses, enchaîna la plume de son imprudent panégyriste , lequel alors avait méconnu ce grand principe de politique si préconisé par Louis Xt : « Qui ne sait pas dissimuler ne sait pas régner » ?
Dans le traité de la Législation primitive, la tyrannie est mise en système; l'auteur s'attache k prouver que le gouvernement absolu est dans la nature \ que Dieu Ta établi luimême en créant la famille image du corps politique , et que , hors dû pouvoir d'un seul, il n'y a point de salut. Cet ouvrage serait trèsdangereux s'il pouvait paraître raisonnable; mais heureusement H ne faut pas moins de talent pour justifier le despotisme que pour le combattre , et tout le monde n'a pas comme Machiavel l'art de faire un chef-d'œuvre de profondeur d'une instruction à l'usage des despotes. Les traités dé politique de M. de Boaald ne sont plus lus que par le petit nombre
des fanatiques sans jugeaient qui croient devoir admirer tout ce qu'ils ne comprennent pas.
Réduit au silence par 4e gouvernement de Bonaparte, M* de Bonald était parvenu à s'entourer de l'intérêt qu'inspire toujours l'objet d'une injuste persécution ; oubliant ses ouvrages passé*, on en était venu à penser qu'il fallait que cet auteur eût du talent, puisqu'il avait mérité la disgrâce du despotisme. Chose étrange ! tant qu'il se tut, il eut une grande réputation ; mais il la perdit sans re~ . tour aussitôt qu'on lui permit de publier ses pensées.
Fidèle à son système , M. de Bonald éleva la voix sous le gouvernement du Roi. Nommé à la législature , le partisan de la tyrannie accepta un mandat qui lui ordonnait de la combattre , et de défendre la liberté publique* Pour un homme jaloux de remplir son devoir, sa position eût été embarrassante. M* de Bonald préféra son opinion.
* Législateurs, dit-il à la tribune en i8i5,
» le pouvoir absolu est , à mon sens, lenwjil-
» leur ». Il eût dû ajouter : « Retournons
-» dans nos déprtemens, le Roi n'a pas be-
» soin de nous. La représentation aatiopale
» est un fléau; elle trompe le peuple quand » elle lui fait croire que la liberté est utile à » sou bonheur. Non, législateurs, un Roi i) absolu qui réunisse sur sa tête les trois pou- » voirs, qui soit à-la-fois législateur, exécu- » teur et juge : voilà ce qui rendit nos pères » si heureux, voilà ce qu'il faut au peuple. » Plus de Charte , de députés , de pairs , plus » de tribunaux ; la jamille est l'image du » corps politique ; le chef de la famille a sur » elle une autorité entière; il la dirige, la » juge , la punit à son gré ; ce chef est l'i- « » mage d'un roi , et la famille celle d'un » peuple heureux ».
Comme orateur, M. de Bonald est un des plus faibles de l'assemblée ; comme écrivain , il doit être placé à un rang plus élevé.
Si nous ne craignions de trop étendre cet article, les déclamations de M. de Bonald contre J.-J. Rousseau et Voltaire , tant dans les journaux qu'à la tribune , seraient un texte fécond en réflexions sur cet écrivain. Nul ne s'est montré plus ardent à poursuivre les deux flambeaux de la philosophie moderne. Sophismes , injures, épigrammes , rien n'a été épargné. L'auteur de la Législation primitive
(53) est allé jusqu'à dire que tout ce qu'il y a de bon dans uq ouvrage appartient au gouvernement , et le reste seul à l'auteur. C'est sans doute une nouvelle conséquence du système d'unité. M. de Bonald a pu avancer ce sophisme sans compromettre la propriété de ses ouvrages.
J.-J. Rousseau et Voltaire n'ont pas besoin, d'apologistes; si leur renommée eût pu être vulnérable , ils eussent trouvé des défenseurs ; mais ce serait prendre un soin ridicule à force d'inutilité (i).
Les orateurs dont il nous reste à parler ne
(i) Je m'étonne de voir des feuilles publiques qui se sont vouées à la défense des vrajs principes , renouveler chaque jour un combat régulier en faveur de •Voltaire et J, -J. Rousseau. Que d'encre et d'esprit perdus 1 Défendre ces deux grands hommes, c'est reconnaître qu'Us sont attaquables. La raison n'a pas besoin de panégyristes 5 il faut réserver son esprit pour les principes, qui ne sont pas encore universellement reconnus. Les adversaires de Voltaire et de Rousseau savent bien qu'ils ne îes feront pas oublier. S'ils le» combattent,, c'est qu'ils ont besoin de remplir leur feuille, et que ce texte peut fournir des moyens d'élu*quenjee toujours, nouveaux*.
(54) sont plu» guère remarquables* M. dé Vîllèle est le type des orateurs habiles, et M. de Bonald le modèle des écrivains bizarres. Ceux qui viennent ensuite n'approchent ni de l'un ni de l'autre genre. M. Cornet d' Incourt est encore le plus distingué» Cet orateur a montré quelquefois un esprit ferme , des vues nouvelles et de l'originalité. Son style n est pas toujours dépourvu d'élégance , et > si Ton ne peut se dissimuler que son jugement ne soit quelquefois en défaut, on doit avouer aussi qu'il a prononcé des discours fertiles en réflexions justes et piquantes»
Pourquoi n'en peut-on pas dire autant de M. Benoist , dont les longs discours ont si souvent fatigué f assemblée ! Certes , si un orateur doit écrire avec pureté et débiter sçs discours avec grâce , s'il doit posséder cette chaleur qui électrise une assemblée toute entière, cette verve, dont le rapide effet entraîne et prend d'assaut tous lès suffrages, "M. Benoist doit renoncer à ce titre. Depuis long-temps employé dans l'administration > il a dû acquérir des connaissances vastes et solides; personne ne lui contestera l'érudition administrative, la science du calcul et la
connaissance profonde de plusieurs branche» de la science financière ; mais les qualités qui constituent l'administrateur habileté suffisent pas pour former un orateur. Il serait fâcheux que rassemblée fût privée des lumières de M. Benoist; mais peut-être vaudraiï-il mien* que certains,me libres de la Chambre se contentassent de faire imprime? leur opipjon : cçlle-ci gagnerait uu temps précieux , et les orateurs éviteraient le petit désagrément de ypir lès rangs s'éçfôirjcir, l'auditoire murmu~ rer qu s'endormir •
Qu$ud un orateur émçt des opinion^ rair sonnables, s'il parle pesamment, s'il écrit mal> on se cqutente 4e piller eu approuvent ses iuleptions ; nrçis peut - ou imagier un plus grand supplice que d'entendre déraisonner sans adresse, manquer à-|a-foj$4'p§p>rk çj de jugement } et débiter Àe h me#\çyrfi foi du monde , avec un ion persuadé « tes jplu* évidentes absurdités ? jjn hon?rne -çle tafërrt 3 attachf-t~il à défendre des opinions pçu sages, fon souri); aux eflprts qu'il feit po»r 44*9*0**-* tref la vérité jde principes erronés j q# éttfdj* .avec intérêt la uwfcbe 4e se t esprit , qu j &?% gantant plus que sp$ paradoxes squI &ow
(56) soutenables ; mais quelle illusion peut produire l'absence de la raison uuie à l'absence du talent ? Cette réflexion peut trouver plus d'une application.
Indépendamment des membres que nous avons nommés, d'autres encore se distinguent dans la foule* Les discours lus par M. de la Bourdonnaye ne manquent pas de chaleur ; ceux que M. de Castelbajac a prononcés annoncent d'heureuses dispositions , qui , bien que les fruits en soient tardifs , peuvent encore se développer. Heureux si ces deux orateurs n'avaient employé cette apparence de talent à décréditer des choses respectables, s'ils n'avaient point montré dans la discussion deplusieurs lois une exaspération peu louable, et avancé des principes subversifs de l'ordre constitutionnel !
Nous arrivons à une classe de membres de l'opposition dont le éaractère est tout différent. C'est ici que notre tâche devient plus difficile, plus délicate. Nous marchotis entre deux écueils ; la crainte de livrer au ridicule la personne d'hommes estimables , en voulant seulement ridiculiser leurs opinions , et celle de paraître sans couleur attx lecteurs qui
( 57 ) cherchent et aiment la malignité» 'Quel parti prendrons-nous ? Celui que là vérité nous impose»
Les personnes dont noua voulons parler ont en général peu de talent ; plusieurs n'ont pas souvent occupé la tribune ; c'est une preuve qu'ils se sont quelquefois rendu justice. D'autres, pour n'avoir point" usé de cette réserve, ont été accueillis par' de bruyans murmures. L'un d'eux, cependant, a préseùté dé'trop agréables délassemens à rassemblée pour qu'elle pût lui reprocher Sa trop grande abondance. M. Piet possède à un très-haut degré un mérite qu'on voudrait trouver plus souvent dans quelques-uns de ses collègues; c'ept de faire naître le sourire aussitôt qu'il se montre^ À son aspect, tous les visages s'épanouissent, la gravité ministérielle ne peut tenir contre trois mots de lui; et sa première période excite dans l'assemblée un murmure qui n'est jamais celui du mécontentement. Il connaît si bien lui-même l'effet électrique de ses paroles , que , pour rendre, la scène colique plus complète, il .mêle souvent des éclats de rire h ceux de, ses collègues. Comme le bon La Fontaine , ce Député rit de lui - même
(58) quand il lui arrive de trouver une idée plaisante y ce qui n'est pas rare.
On ne peut pas toujours rire; ces| pour prouver pelle vérité que souvent lx>ra^ur facétieux dont je viens de parler est remplacé par un lajoaentablç ami du vieux temps , dont le nom est plus romain que la personne (1). S'il paraît f tout prend une autre &gç# les.visages .s'allongent , les traits se resserrait» et le coté drpit attend dans un silence religieux \ç$ invocations aux siècles passes , à. la £eftg49i* détruite» à la morale abandonnée pour fc licence,. O temps > 6 moeurs l s'écrie ççjiQuvçau JJpssnçt! ,■■■'..•..
O mœurs naïves , jours prospères , Qu'ont vu les pë*es de nos pères , Et q*i nous ont fats pour toujours (a)x!
(i) M. de Marcellus.
(2) Vers extraits d'une ode de M. de Fou tan es sur les tombeaux de Saint-Denis , qui a été louée, par presque tous les journaux , et qui cependant est Tua des plus • faibles ouvrages de l'auteur. Son talent , endormi depuis tant d**Miées , ne Vest. pas réveille av^e beaucoup #ebkt Cette pièce ne peut être que l'ouvrage jd'u» ^tt»e homme > ou d'une muse aj$û})l*e par la. v^ii-
Soit que l'assemblée s'occupe de h liberté de la presse , soit qu'elle discute des questions financières, ce missionnaire n'a qu'un langage , qu'une idée. A propos de budget il s'écrie : O religion! ô morale! qu'êtes-vous devenues? Ces exclamations , qu'il répète depuis deux sessions , forment toute son éloquence.
Parlerons-nous de M, Clauzel de Cou&sergues ? Il ne s'est fait remarquer dans cette session que par un discours qui n'est point ridicule , mais odieux, et dans lequel les principes d'inhumanité sont exprimés avec une énergie révoltante. Nous reviendrons sur ce discours contre les réfugiés espagnols , discours déjà 6t éloqueromept réfuté par le ministre de l'Intérieur , et depuis par un des plus spirituels rédacteurs du Meocure(i).M. Clauzel de Coussergues , comme orateur , a tout juste autant de tafeni oratoire qu'il en fetrt
lesse. La maturité de M. de F on ta nés s'est passée à la cour des Rois ; il a négligé l'art des vers pour l'art du courtisan , et tout y a perdu , son talent autrefois trèt~dàùiigué , et -son caractère autrefois très-recommaadtfele,
<i) M.Esmtoanl.
pour débrouiller une affaire litigieuse. Je Fat vu du temps de Fusurpateur parler , non pas avec éloquence , mais avec clarté, dans une affaire où il portait la parole comme procureurgénéral impérial.
Je terminerai ce chapitre , déjà si étendu r par quelques réflexions sur une scène scandaleuse dont tous les bons Français ont été sincèrement affligés. Je veux parler de ce tumulte prolongé à la séance du 26 février, dans laquelle la tribune est devenue une arène où les plus furieuses vociférations se sorti fak entendre. C'était le soii?; déjà une obscurité assez profonde régnait dans la salle. Les membres, prêts à se séparer , achevaient de voter sur une question qui avait été Vivement débattue par les opposàns. Irrités devoir que la majorité n'était < pas pour eux, ifs interrompent la délibérafiod ^sortent enfouie de leurs places , en s'écriant : Nous ne sommes pas m nombre! Lç président veut achever l'épreuve. On se récrie j plusieurs, membres se .précipitent à la tribune en faisant entendre des hurlemens plutôt que des paroles. Les cris , les menaces , ces clameurs dont les salles de la Convention ont conservé Feffrayant
souvenir , se font alors entendre. L'un appelle son collègue énergumène (i). L'autre s'écrie : C'est abominable ; la conduite de M. le pré' sident est affreuse ! MM. Dussumier de Foubrune et de Caumont se font distinguer parmi les insurgés. Enfin si la nuit la plus profonde ne fût venue calmer les combattans , on ne peut prévoir jusqu'à quel point d'irritation ils seraient parvenus.
Voilà de ces scènes qu'on peut nommer révolutionnaires ; voilà de ces clameurs dont tous Jes amis de l'ordre sont effrayés* Et ce sont les ennemis jurés des bienfaits généraux àe la révolution qui en reproduisent les plus dangereux excès ! Ce sont les mêmes hommes qui prêchent la tolérance , la paix , Tordre public , qui font entendre des clameurs passionnées , qui provoquent le désordre et la guerre ! Cette scène en tout déplorable les a trahis; leurs masques sont tombés; leur visage ; se montre à découvert f ils ne tromperont plus personne.
(i) Parole de M. Roi, Voy% le Journal des Débats.