TURQUIE
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C'est un état contre lequel les peuples civilisés se devaient depuis long-temps lever eu masse, si la sûreté, des états voisins n'avait dû être compromise par sa destruction.
Quand la Turquie a cessé d'être une pûis^ sance conquérante, quand on n'appréhenda plus qu'elle ne spbstilijât, en Europe, le koran à 1 évangile, la Suède, Ja Pologne, l'Autriche, la France et l'Angleterre récherchèrent son alliance à diverses époques \ et la firent contribuer *3f la balance du pouvoir.'
La division de la Pologne rompit le lien qui l'attachait à la politique dç l'Europe; et,
( i8i ) depuis cet événement, elle a élé à peu p tes isolée et obligée d'acheter son repos par des sacrifices qui rendaient la durée de son existence moins probable.
La Turquie eut, en i8i3, l'occasion de te* couvrer une ligne de défense qui aurait pu lui offrir quelques protections , mais elle signa un traité qui la mil, encore plus à la merci de la Russie ; et , quoiqu'elle reconnût son erreur avant que la cire ne fut refroidie , rien ne put l'engager à trahir sa foi.
Le Divan n'était pas san$ s'apercevoir du danger que courait la Turquie , parle résultat de l'invasion des Russes quel qu'il fut; et, à son avis, le succès de l'une ou de l'autre puissance devait être également fatal à la Porte.
La Turquie ne prévit cependant pas que la Russie commencerait d'abdrd par ne pas remplir les conditions d'un traité qui lui était si avantageux ; elle s'était même flattée que la Russie lui aidait généreusement tenu compte des cessions qu'elle lui avait si imprudemment faites. r
Quoique l'infraction de ce traité donne à la Turquie , le droit de faire la guerre ou plutôt de renouveiler les hostilités (car on peut dire qu'entre la Turquie et la Russie « le combat
ççsse vt«ais cjue la guerre dure toujours. ^Cependant les violations même , tout en provoquant à la résistance , commandent la soumission. Tel est le pouvoir offensif qu'on donne à la Russie.
LaTurquie a , en tout , vingt-deux millions de stfyçts titulaires ( 1 ) : douze en Europe et dix en Asie; deux millions et demi d'entr'eux sont Egyptiens, peuple qui ne sert jamais dans les armées; e\ il y a plus de quatre millions de Grecs qui ne sont employés qu'à bord des vaisseaux de guerre, où il faut qu'ils combattent sous peine d'avoir la tête tranchée par le cimeterre des officiers subalternes.
Il est vrai que tout Turc est soldat et brave soldat; mais il* n'est point susceptible de discipline, et , pour cette raison , il est facile à viiincre*
Les Turcs ont seulement à résister aux Russes sur le Danube et dans P Arménie; mais il faut qu'ils tiennent les Grecs en respect, et qu'ils appaisept les 'révoltes qui s'élèvent parmi*
(i) Le Sage lai donne viitf>l-huit millions ; mais ce calcul est aalant an-dessus de celai des antres gépgra— phe$ que son dénombrement de la. Russie en est aadessous. ...
eux , cl qui , semblables à la flamme de la montagne de DélikUilh (i), ne s'éteignent pas, quoiqu'elles ne s'étendent jamais assez pour menacer d'une destruction générale.
Il est vrai que le sultan Mahmond est un homme habile et instruit ; que , lorsqu'il attendait, dans sa prison , le moment de monter sur le trône (2), il apprit de l'infortuné Sélim les devoirs d'un souverain (3)/
(1) Le capitaine Beaufort (qui , dans son voyage ei» Caramanie, se distingua par un irait d'humanité qui l'honore beaucoup ainsi que son pays, en ne souffrant pas qu'on massacrât, de sang froid, soixante malheureux Turcs à la vue du pavillon britannique ) , parle dé cette montagne dont Pline a fait mention ; et , d'aprèj diverses circonstances, fait entendre que les contes que Ton fait circuler maintenant sur Mooza-Dagli (mon* iagne de Moïse) qui touche DéJiktath, peuvent avoir quelques rapports avec l'histoire (rapportée dans l'Exode y du Buisson ardent sur le mont Horeb.
(*) C'est le partage de tous les héritiers présomptifs dans ce pays.
(3) Le sort de Sélim est généralement déploré en Turquie, et aujourd'hui tés janissaires chantent, même dans le sérail, la chanson qtrïl composa la veillé de sa mort, et dans laquelle tl décrit ses malheurs d'une manière touchante; il y déclare qu'il a eu pour bat, dan$
( i84 ) [ Mahmoud a aussi montré beaucoup de cou* rage et de présence" d'esprit , qualités fort essentielles/ quand les janissaires paraissent, tout d'un coup, sans en avpir reçu Tordre , au milieu du conseil. Mais, que faire avec un peuple turbulent, aussi obstiné qu'ignorant, et dont l'énergie, ne se soumet à aucun règlement, à aucune discipline?
Engager la Turquie à la guerre, c'est lui conseiller sa destruction. Il reste certainement quelques moyens de résistance ; mais la témérité les rendrait inutiles...
Maintenant le temps peut seul la sauver ; si elle en profile pour organiser inoffensiblement un système de défense d'accord avec sa position, il peut encore se passer quelques années avant qu'on ne chante un Te Deum à Sainte- Sophie. Mais « si elle ne sait pas bien tirer pa^rli «c de la marche des événemens ; si , trompée « par de fausses ombres , elle tire avant d'être « assez près de l'ennemi pour l'atteindre, elle
toutes ses actions le bien de sa patrie , et il fait un appel au peuple, en le suppliant de ne le point traiter avec cruauté, s'il peut , en Vivant , contribuer à son bonheur.
« hâtera l'approche du danger en voulant .« trop tôt le* prévenir. »
II faut que Mahmoud couvre son turban du casquedè Pluton , « faisant marcher, san&qu'on <c le voie, l'homme politique », jusque ce qu'il puisse mettre ses projets à exécution; ou s'il est attaqué auparavant, qu'il place sa confiance, dans le désespoir qui, en donnant de la fcfrce au fanatisme, peut offrir les moyens de garantir le trône de la barbarie.