VINGTIÈME PUITS FUNÉRAIRE
Le cylindre avait dans les quatre premiers mètres, une maçonnerie en moellons calcaires qui se terminait en pointe.
Quatre compartiments dans la fosse.
XX« Puits.
Le premier, comblé avec la terre rougeâtre et ferruginexise
de la colline mêlée d'un peu de charbon, occupait les trois premiers mètres.
Le deuxième, séparé du premier par un pavé d'une seule assise, [était rempli de charbon de bois, débris d'un bûcher d'une puissance de 6"". Deux pavés , de o"5o chacun , le premier en pierres, le second en tuiles à rebords, le partageaient en deux.
Des ais, des pièces de bois, des débris de branches, en partie en décomposition, succédèrent au charbon, pendant 2™, dans le troisième compartiment.
Le quatrième, qui occupait les deux mètres inférieurs, renfermait des matières terreuses, à teinte brune et violacée.
Le mobilier de ce puits se composait des objets suivants que nous allons passer en revue.
Fruits et coquillages, savoir :
des noyaux de pêche, des noisettes, des noix, des châtaignes, des huîtres avec leurs deux
valves quelquefois collées ensemble, des patelles, des moules, des lavignons, des hélices de jardin ;
Objets en pierre. — Deux fragments (convexe et concave) d'une meule en granit pour moudre le grain.
Objets en fer. — Un fragment de laitier de fer ; une clef à deux crochets parallèles à la tige (fig. i) ;
Une trentaine de doux, dont Tun, à tige et à tête carrée, n'était nullement oxidé ; longueur o"i2;
Un fragment de penture, ayant conservé deux de ses clous dans le trou-rivet ; un crochet à deux crocs et à tiges séparées par des anneaux mobiles, la tige supérieure est terminée par un bouton ; hauteur, o"'3o (fig. 2) ;
Fig. 2.
Fig. I.
Un instrument à deux branches jumelles, recourbées dans la forme d'un V majuscule qui ressemble à la mâchoire de
corne au moyen de laquelle la corne d'artimon, dans un navire, s'arc-boute sur son mât (fig. i) ;
La douille , probablement d'un hachereau, avec le clou qui la fixait au manche en bois.
Objets en cuivre. — Le plus important était une trompette en cuivre rouge , à laquelle manque le pavillon. Elle ne diffère de celle du dix-septième puits que par un ruban de cuivre de o^oi centimètre et demi de large, appliqué sur l'instrument pour marquer le lieu où on devait le saisir avec les doigts (fig. 2).
Fig. 2.
Objets en verre. — Ils consistaient en des fragments de verre blanc, et dans le rebord évidé d'un gobelet ou d'une petite urne.
Objets en terre cuite. — Un poids fracturé; vases également à l'état de débris, tels que fonds de plateaux, d'assiettes et d'urnes noires, remplis parfois de matières noirâtres et de charbon; une des patères était en terre grise,
recouverte d'un vernis gris de fer. On peut citer encore le rebord d'une grande terrine, le tesson ou la queue d'un vase dans le genre de nos casseroles, la moitié d'un couvercle comme celui du dix -neuvième puits; la partie supérieure de quatre cruches rougeâtres, au goulot plus ou moins large et cerclé, dont une à deux anses ; une seule était à peu près entière (fig. i) ;
Fig. I.
i/io
Un vase en marbre, à deux oreillons (fig. 2).
Fig. 2.
Cinq ou six patères et coupes en terre rouge sigillée furent brisées dès l'époque de l'enfouissement. Nous avons lu sur l'une d'elle le nom de Marianvs. La plus remarquable est une coupe historiée , dont nous avons deux fragments ; sur le premier^ figure un personnage vêtu à la gauloise
et coiflFé du bonnet phrygien (fig. i)^ et sur le second, un autre portant une chlamyde (fig. 2).
Fig. I.
Fig. 2.
Objets en bois. — On a reconnu les espèces suivantes :
Un madrier en chêne , haut de 2", large de o"28 à o^So, épais de 0^04; quelques tisons brûlés par un bout; une grande rouelle en chêne, percée de vingt trous garnis d'autant de brindilles d'osier, appartenant à une corbeille ; des planchettes en chêne; un piquet en chêne, taillé au gros bout, ayant encore conservé son écorce, des douelles en châtaigner, des ais de pin et d'ormeau; des branches de tremble, d'aubier, de cerisier, de sureau, de saule, de buis, d'épine noire, de genêt, d'ajonc, de ronce et de vigne sauvage.
A ces plantes ligneuses nous pouvons ajouter des plantes herbacées, telles que le jonc, plusieurs variétés de graminées et des graines d'ombellifères.
Objets en cuir. — Des lanières et des empeignes indiquaient la présence d'au moins deux chaussures, à l'état débris.
Objets en os. — Quelques os avaient été travaillés. L'un d'eux percé et arrondi comme un morceau de flûte^ porte sur le flanc deux cercles en creux, avec un point au milieu;
Un second os était percé sur le flanc, c'est, à mon avis, le sifflet des morts.
Un bois de cerf porte la trace visible d'un instrument tranchant, ainsi que trois de ses andouillers.
Un manche à couteau est sillonné d'entaillures, dont une sur chaque face et trois sur les flancs (fig. i).
Fig. I.
Trois broches ou épingles étaient munies d'une tête ronde.
Parmi les ossements d'animaux non travaillés, dont plusieurs avaient incontestablement passé par le feu, on a reconnu :
Le fragment du maxillaire supérieur^ le fragment de Tos pariétal et occipital, un scapulum entier et une portion d'uiï autre scapulum, la partie inférieure du fémur, la partie inférieure d'un cubitus, le canon, les fragments de quelques côtes et le support de corne d'un bœuf de très-grande taille ;
Le fragment du maxillaire supérieur, le fragment inférieur d'un bœuf d'une taille plus petite;
Deux fragments de scapulum, les fragments inférieurs de l'humérus^ du fémur, du cubitus, le canon, l'os du paturon, l'os du pied droite deux vertèbres dorsales et les deux supports de corne d'une vache; deux supports de corne et le fragment inférieur du scapulum d'un veau ;
Deux supports de corne d'un bouc très-vieux ;
Deux fragments de maxillaires de cheval ou de brebis ;
Quatre supports de corne de deux béliers de grande espèce; les deux branches du maxillaire inférieur de l'un de ces béliers ;
La corne d'un chevreuil ; les bois de deux cerfs vigoureux, aux ramifications écailleuses, dont l'un âgé de dix à douze ans, et l'autre de cinq à six ans;
Le fragment du maxillaire inférieur, côté droit, le scapulum, le cubitus, le fémur, le peyronnet probablement d'un loup ou d'un grand chien; le fragment du maxillaire inférieur, côté gauche^ et le peyronnet d'un chien plus petit;
La tête bien conservée d'un caniche de salon; Deux maxillaires inférieurs^ munis chacun de huit dents, y compris le crochet, d'un animal de la grosseur d'un chat ;
Les deiix scapulums^ les tibias^ les humérus, les canons d'un lièvre d'une taille au-dessus de l'ordinaire ;
Deux fragments du maxillaire supérieur^ deux fragments des os de la tête, frontaux et pariétaux, le fragment d'une côte sternale, le fragment du coxal, avec la tête de fémur qui s'emboîtait dedans^ d'un fort cheval, âgé de plus de six ans ;
Deux parties droites du maxillaire inférieur de deux sangliers, l'un deux était âgé de dix ans au moins , sa défense usée par le frottement, prouve qu'il était d'un gros volume ;
Des débris de trois autres jeunes sangliers ou porcs, on a, du premier^ un fragment du maxillaire inférieur droit, du second^ un fragment du maxillaire inférieur gauche^ du troisième, un fragment du maxillaire où l'on voit les crochets à peine sortis des alvéoles;
Le sternum d'un fort oiseau ; l'os de l'aile d'un oiseau de la grosseur d'un pigeon ; enfin, des os de plusieurs poules.
Parmi les os concassés, nous n'avons pu distingner ceux qui appartenaient à l'espèce humaine ; mais un échantillon, pris dans les débris du bûcher, contenait :
Carbonate de chaux i,5o
Phosphate de chaux 3,5o
Charbon, sable, argile, oxide de fer. ... gS
Ce qui revient à dire qu'en faisant abstraction des matières hétérogènes et de superfétation, la proportion de la cendre d'os était environ de 98 pour 7o> comme dans le dixième puits.
Il y avait des os dans les divers compartiments, mais particulièrement dans le neuvième mètre.
Le poids et la plupart des vases en terre cuite étaient dans la couche du charbon. Notons que dexix fragments historiés, qui faisaient partie du même vase, avaient été déposés, Tun à 9"* de profondeur et l'autre à 6™ seulement.
La base d'amphore, le crochet de suspension et la trompette des funérailles étaient au fond du puits, non loin d'une statuette en bois de chêne de o"5 1 de hauteur, qui a été le bijou de la fouille. Elle représente une déesse-mère, voilée et d'une rare modestie, assise sur un escabeau. Le puisatier brisa, sans le vouloir, l'enfant qu'elle tenait dans ses bras. Elle sortit de la fosse, où on l'avait descendue au commencement du m* siècle, le samedi i6 septembre 1871, à onze heures du matin (fig. i). Nous discuterons plus loin l'importance de cette découverte.
Fig. I.
XXI« Puits.