DÉPART
sent poiat de iiourrilure. Il avait un frère plus jeune que lui de deux années auquel il prêcha une brûlante croisade. Il lui montra la religion traquée par les tueurs de row, comme on nous a toujours appelés dans la Péninsule ; il lui fit entrevoir dans le lointain la palme du martyi^e ; il combattit enfin si puissamment les prières et les larmes de sa mère , que le bon Mathias , faible et timide , calme e*^ pieux, se laissa entraîner et se livra pieds et poings liés à son frère, dont la fougue lui parut une inspiration du ciel, ^atliias quitta ses livres saints, dit adieu aux austérités du doître, qu'il avait si longtemps caressées dans ses mystiques méditations, ets*arma de la redoutable escopette.
Pujol avait encore une sœur, douce et suave jeune tille, blonde et pâle dans un pays où tous les visages sont bruns et chauds, ne comprenant qu'une chose au monde , le bien, c'est-à-dire un amour pur et saint pour Dieu et pour sa mère, chérissanf ses frères parce que son âme de vierge lui disait qu'il faut les chérir et implorer pour eux la bonté céleste. Quand Agatha levait les yeux au ciel, une grâce en descendait à l'instant même. Dieu n'aurait voulu lui rien refuser, et la créature et le Créateur s'unissaient, le plus fort protégeant le plus faible et le plus faible bénissant le plus fort.
Hélas! les larmes, le deuil, le désespoir, étaient encore incompris d'Agatha ; mais, quand on est à peine arrivé à seize ans, la vie peut se dérouler longue et orageuse, et nous saurons dans le cours des événements que je vais suivre à la trace si, au dernier jour de la jeune fille, nous aurons à pleurer une coupable ou une martyre.
fiezalu renfermait dans son sein un bouquet de fraîches et nobles Catalanes qui, en allant à la promenade ou à l'église, attiraient à elles les regards avides des jeunes cavaliers dont les cœurs battaient de désirs et de jalousie.
Mais Agatha , parmi ses compagnes, n'excitait dans la
ville que respecl et adoration. Les regards s'éloignaient de son front, où la noire mantille se dessinait comme une pudique auréole. Sa taille était souple comme un jeune pal* mier, on devinait ses pieds plutôt qu'on ne les voyait ; et ((uand par hasard de son œil bleu tombaient d'ardents éclairs plus rapides que la pensée, une teinte rose se posant sur ses joues semblait emprunter le coloris de ses lèvres pAles et frémissantes.
Pauvre enfant ! quelle sera ta destinée sur cette terre d'Espagne où tant de passions vont se trouver en lutte, où tant de sang va couler, où tant de crimes vont se commettre? Que le ciel te protège, ô sœur de Joseph Pujol I ô fille de la raére de Pujol I
Agatha priait tous les matins pour sa mère, qui, chaque jour, priait aussi le ciel pour sa fille bien-aimée et ses autres enfants. Elle priait surtout pour Joseph, l'aîné de tous ; car lui, princit>alement, avait besoin de prières , car, dés son enfance, il s'était habitué à regarder toute religion comme un mensonge, tout culte comme une hypocrisie, tout prêtre comme un fourbe. Pujol ne s'était jamais agenouille dans un temple en présence de Dieu ; mais, bien souvent, en face de sa mère, l'athée courbait le front et s'inclinait timide et respectueux devant une douce menace. Les exhor* latious de la piété tombaient dans l'âme de Pujol sans l'émouvoir. Les plus sages conseils mouraient stériles, les larmes s'échappaient sans désarmer ses mains ; et cependant, je vous l'ai dit, Pujol aimait sa mère comme les anges aiment Dieu, comme Dieu aime la justice. Si elle souffrait , Pujol était là , auprès de son lit de douleur » ne confiant à personne les soins qu'il se réservait à lui seul ; el, si quelqu'un eût osé PoUtrager, Pujol aurait, sans re* mords, essayé le fer de son stylet sur une poitrine.
11 y avait deux natures dans Pujol, deux puissances en* neniies se le disputaient tour à tour, le brisaient et le tor«>