‹ Pujol, chef de MiqueletsChapitre 5 sur 9 · U^C REVOLTE · texte numérisé non relu

U^C REVOLTE

L'armée de Pujol éluil composée de Catalans, d*Andalous, de Basques, de Mayorquais, citiissés de leur pays, traqués dans leur domicile clandestin pour vols ou assassinats. Tous ou presque tous avaient sur le corps quelque condamnation flétrissante; tous ou presque tous avaient habité les présides, les cachots, ou s'étaient échappés des mains des gendarmes et des corrigédors inhabiles à les garder. Pour des gens taillés de la sorte, les gros verrous , les fortes serrures, les triples murailles étaient sans puissance , et Ton en comptait au moins une trentaine au mi* Heu de ces bandes redoutables que leurs amis dévoués avaient arrachés à la potence au moment même où le

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moine, les pénitents et le bourreau les escortaient au lieu fatal.

Parmi ces compagnies , composées chacune de soixantedix à quatre-vingts hommes /celle de Taumareillas surtout se faisait remarquer par son insatiable ardeur de pillage , d'incendie « de dévastation , d'assassinat. Pas un des scélérats de cette milice de sang n*avait su faire grâce à un ennemi désarmé et iî genoux; pas un qui n*eùt à se reprocher le meurtre d'un vieillard ou d'une femme implorant en vain sa miséricorde; et lui, le chef farouche de ces coquins, lui, Roussillonnais de naissance, s*était évadé des prisons de Sainte-Thérèse, à Perpignan, pour venir grossir les rangs de Pujol dont on ne parlait dans tous les lieux abjects qu*avec admiration et amour.

En arrivant au milieu de ces hommes aux mains de fer, aux cœurs de bronze, à l'âme de boue, Andreu, Tespion, se sentit étouffer/ et comme tout, dans sa démarche, dans la régulière beauté de ses traits et dans le tranquille courage qu'il avait montré lors de son arrestation , semblait lui assigner dans la suite le premier rang parmi eux, quelques-uns , offensés de cette supériorité qui les avait frappés, résolurent, selon leur barbare usage, de l'essayer dans quelque querelle, et de donner ainsi un insolent démenti aux prévisions de Pujol, qui avait présenté Ândreu comme un coquin digne bientôt d'occuper un rang distingué dans Tarmée. Le bitume qui fermente dans les poitrines de cea hommes ne tarde pas à éclater, et la journée ne devait pas se passer calme pour Andreu qui, pourtant, se tenait éloigné de ses nouveaux camarades qu'il regardait avec mépris. Pujol fut instruit par son fidèle Saletas des dispositions hostiles des soldats de Taumareillas contre Andreu ; mais le vaillant capitaine avait répondu à son ami : — Le nouveau venu est un brave, il a du cœur comme toi et moi, je ne' suis pas fâché que mon armée en soit instruite^

le courage se communique aux lâches par le contact: Hais va, SaletaS) donne de ma part ce stylet à Andreu, dis-lui qu'il m*a servi longtemps, que je l'autorise à s'en servir à mon exemple contre tout gredin ami ou ennemi ; mais surtout, s'il y a rixe, je veux qu'elle ait lieu â armes égales. Si les coquins de la compagnie de Taumareilias se mettent deux ou trois contre Andreu , je t'autorise à le protéger, à le défendre. Va, mon ami, moi, je médite un projet que tu combattras sans doute , mais que je suis décidé é accomplir.

— Pujol, ici et partout, je suis ton ami, ton ami inséparable.

— Si je n'avais que des soldats de ta trempe, trois mille seulement, en quinze jours je serais â Madrid et maître de l'Espagne.

— Trois mille hommes dévoués comme moi feraient mieux que cela, Pujol, répondit Saletas en lui serrant fortement la main.

— Laisse-moi et va voir Andreu.

Saletas obéit. Le faux espion, accoudé sur un roc de granit, était absorbé dans une seule pensée, quand le lieutenant de Pujol s'approchant l'appela par son nom. Celui-ci tourna à peine la tète, et son regard, plein de tristesse et d'indifférence, lui dehianda ce qu'il voulait.

— Je veux te parler au nom du capitaine.

— De Pujol? dit Andreu en se relevant comme sous une violente commotion.

— Oui.

— Que veut-il? qu'exige-l-il de moi? Parle, je suis prêt.

— 11 l'envoie ce stylet.

— Pourquoi faire?

— 11 sait qu'on murmuré, qu'on t'accuse d'être véritai)lement un espion, il craint qu'on ne te menace, qu'on ne te frappe, et il veut que tu te défendes.

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