‹ Pujol, chef de MiqueletsChapitre 7 sur 9 · ONE RÉVOLTE · texte numérisé non relu

ONE RÉVOLTE

— Tant que Ton voudra ! s'écria vivement Andreu, et avec qui voudra î

Pais, s'adressant à Saletas à côté de qui il s'était fière* ment placé :

— Tu resteras neutre dans cette querelle, lui dit-il, elle ne .regarde que moi seul , Pujol a trop besoin d'un homme de ta trempe. Ainsi donc, avec moi, et qu'on nous laisse le champ libre ; je veux donner un camarade au cadavre de Ripoll.

Taumareillas furieux en appela à tous ses soldats de l'insulte qu'il disait avoir reçue. Il les excita hautement à la révolte. Poussé par la rage, il osa vomir contre Pujol luimême les imprécations les plus terribles et alluma une sédition générale. Saletas fit entendre un vigoureux sifflet; ses soldats s*élancérent ainsi que des bétes fauves a la rencontre de ceux de Taumareillas qui se dirigeaient déjà vers la petite maison barricadée où les munitions et les escopettes en faisceaux dormaient à l'abri de la plnie ; et toute Tannée debout se vit bientôt prête à combattre pour ou contre Pujol , car c'était en effet lutter contre le chef suprême que de s'attaquer à son ami j à son premier lieutenant.

RCvCnu, comme je l'ai dit , prés de son frère alité dans une grange isolée, Pujol n'entendit pas tout d'abord les premiers cris de la révolte qui levait une tête audacieuse î en s'approchant de la croisée, le retentissement bien connu dtt sifflet de Saletas arriva jusqu'à lui ; il ouvrit promptement les volets, il jeta un regard perçant sur la plaine et aperçut, armés déjà de leurs poignards et de leurs grands couteaux, les soldats de trois compagnies prêts à en venir aux mains et se menaçant par les blasphèmes les plus épouvantables. « Ne bouge pas, dit-il à son frère, il y a là-bûs du sang qui coule , malheur, malheur à qui me forcera de punir!»

Pujol se saisit de ses armes el s*élança vers k mêlée. Les soldats de Saletas, guidés par leur intrépide chef blessé â l'épaule, cédaient le terrain , accablés qu'ils étaient par le nombre ; et Ândreu , toujours à côté de l*ami dévoué du teiTible capitaine, avait déjà étendu ci ses pieds deux coquins qui le serraient de trop prés. De Tautre côté du camp accouraient aussi ceux qui , places là en embuscade , pensaient que leur présence serait plus efficace auprès de Pujol. Celui-ci, presque seul d'abord, volait plutôt qu'il ne courait vers son fidèle Saletas ; mais voyant venir derrière lui les i>ostes d'avant-garde : « A moi, les bons ! s'écria-t-il d'une voix de tonnerre, à moi, les bons, et point de quartier ! » Son sifflet d'alerte retentit après sa parole, et FrancesGO Marini lui dit le premier, en se signant suivant son habitude : « Me voilà. »

— J'y complais, ami, reprit Pujol ; fais comme moi et lu vas voir comme je travaille.

Au coup de sifflet du capitaine, les révoltés s'étaient un instant arrêtés frappés de stupeur. Ils savaient tout ce qu'avait de puissance l'homme qui était parvenu à soumettre tant d'hommes invaincus jusque-là, et avec la crainte du châtiment s'éleva dans leur âme le remords de l'avoir mérité.

Aussi, dès que Pujol fut arrivé au milieu du tumulte, peu d'entre les mutins osèrent jouer du poignard , tandis que celui de Pujol, poussé par son bras nerveux, faisait de profondes trouées et choisissait ses victimes avec discernement. C'étaient des cris et du sang, c'étaient des imprécations et des blasphèmes, c'étaient la rage et le désespoir, c'étaient des menaces à Dieu et des invocations à Satan. Sur la même ligne, le capitaine, les lieulcnanis Saletas, Garcias, le jeune Marini qui frappait en fermant les yeux, el Andreu qui taillait en ouvrant les siens, cherchaient les poitrines les plus téméraires, et bientôt Pujol et ses amis n'eurent plus qu'à frapper sur le dos des fuyards. Un nou-

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