LAUHftNCE
A Monsietir k comte et à Madame la comtesse
de Bréhat.
Af es chers et respectables maitres.
Au moment de mourir, ma consciance me force à vous faire ud aveu terribfo pourmoi.
ïseult n'est pas votre Me, mais la n6tre ; Laurence est votre véritable enfant, lia femme» pro«
fitaat de votre loDg voyage en Bretagne à l'époque où elle nourrissait ces deuxenfanis, et d'une certaine ressemblance entre les petites Mes, a substitué notre fille à la «être, daosle desseiii de la rendre riche et heureuse. J'ai cédé, j'ai péché par faiblesse; mais ce crûne m'a rendu misérable éntre les misérables. J'écris au moins cette attes» talion à mon lit de mort» et je conjure ma femme de vous la remettre et de réparer notre commune faute. Pardonnez, mes très*chers maiireS|àun malheureux criminel, et n'dMmdonnez pas son enfant que vous avez si longtemps appelée votre fille. Je jure devant Dieu que j'ai dit la vérité.
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Digiti^cû by GoQ
LA0RBMCB. m
Lauj^pnce avait lu d'un seul regard ; paipi-*
tante, hors d'elle-même, elle s'écria : — Seraitce vrai I Quoi J j'aurais un tel père et une telle mère ! Je pourrais être aimée ! Mais est-ce vrai? est-ce vraisemblable ? ma mèce m'aurait trom-* pée l... mais qui est ma mère?
Ses idées se perdaient; tous les sentiments de son âme étaient bouleversés ; un mouvement confus l'entraînait déjà vers ce père et cette mbre que l'on venait de déagner à son amour, et les souvenirs de toute une vie, les habitudes impérieuses du cœur la ramenaient vers cette malheureuse femme, à qui elle avait pendant si longtwips voué un culte filial.
0 mon Dieu ! s'écria-t-elle en son angoisse, éclairez-moi 1 dirigez-moi !
Un sourd gémissement répondit à sa prière ; madame Lefebvre était sortie de son sommeil ; ses yeux où se concentrait un reste de vie étaient fixés sur le papier que Laurence tenait encore, et des plaintes inarticulées sortaient de sa poitrine.
— Vous avez lu ? dit- elle enfin. •
Laurence s'élança vers elle, et s'écria : ~ Cette lettre dit-elle la vérité ?
2S0 LAURëNGB.
— La vàrité^ coitinie JAm est âU ciel I té^ndit la mourante , qui retortibd terrifiée par ee ^pMme ateu. La marque qué \ûus pensiez à Té'paule voUS féïa ttfcoohhttrt ée fWfe mère.
Laurence ne put pdriéi*^ elteétèlt ilëéiBLbiée^ cette révélation, et son àme généreuse se déchirait à la tue du crime et de l'htimiliatiôn dê
celle que pendant vingt ans elle avait vénérée comme sa mère.
Madame Lefebvre reprit la parole d'une voix
défaillante.
— Qu'allez-vousfaire?Volis chaâS^ëiTseiIlt!
elle sera pauvre, abandonnée I. Mà faute» , mes cluisrins n'auront servi à tieii: ttiW fa*estpas juste.
Oh î s'écria Laurence en se peltâiàiil vers
elle et en la serrant dans ses bras, ne parlez pas ainsi ! Ne craignez rien pourTseull ; tUaia si^Dgez à vous-même, réconciliez-vous avec Dieul il est prêt à TOUS pardonner! Permettez qtie je faste venir un prêtre,.. ahT ne me refusez pas !
Non, répondit la mourante, je ne puis pas penser à Dieu, je ne puis penser qu'à ma fille!
* LAURENCE.. SSi
Oh! pourquoi âi-je parlét que ne sui^ge morte \
avec mon secret !
— Dieu ne l'a pBs touIu» dit Laurend) d'une
voix grave ; il a voulu que vous reçussiez son pardon et le mien. Ma mère» hélas! je ne saurais vous donner un autre nom ! ne repoussez pas la miséricorde du Seigneur i
Elle parlait ainsi, les mains jointes et les yeux inondés de pleurs, semblable 4 un ange de paix auprès de ce lit de désespoir et d'agbilie. Mais elle n'obtenait rien : les violentes passions qui avaient agité madame Lefebtre pendant fia vié, trouLiaient ses derniers instants. Son amour matériel que rien n'avait satisCait, l'envie, Tarn* liition auxquelles elle avait iinmolésa conscience, tbilaient à ses yeux et le jugement de Dieu£t la redoutable et prochaine éternité. .
— 0 mon Dieu i se dit Laurence, faut-ii qu'elle meure ainsi!
En soupirant ces mots, ses yeui rencontrèrent le crucifix, cette touchante image du sacrifice de soi-même, et utoe l^oix secrète agita toutes les fibres de son âme. Elle obéit à ce divin et myslétiQixt ascendant^ et, se rapprochant de la moù-
rante, dont les dernières forces s'épuisaient dans celle lutte terrible, elle lui dit: •
— Ma mère^ soyez en paix ! Yseull ne sera pas dépouilTée. Je garderai un éternel silence sur ce que vous venez de me révéler ; je le jure sur ce crucifix.
— Vous feriez cela î
— Ouit je vous le répèle ; mais réconciliezvous avec Dieu.
w. Ah i Laurence, dit la mourante Taincue^ je
ne puis plus que vous obéir. Guidez-moi vers le bon Dieu 1 Vous êtes un ange et moi .une misérable !'
Quelques jours après, madame Lefebvre, absoute de ses fautes, purifiée par la grâce et la force mystérieuse des sacrements, expirait en paix dans les bras de Laurence^ en murmurant le nom d'Yseult.
La jeune fille voulut veiller seule auprès du cadavre. Elle pria longtemps; puis elle s'assit et considéra en silence ce vissée sur lequel la mort avait étendu son calme sévère, et elle se dit :
Dors en paix; je tiendrai ma promesse^ et ta fille gardera ses biens, cette famille que tu lid
LAUU£NGE
as achetés si cher ! 0 mon père 1 6 ma mère ! vous ne saurez jamais quel douloureux sacrifice j'ai accompli ! Je mourrai sans qu'on sache combien j'ai aiméy combien j'ai souffert! Grand Dieu ! je vous offre les combats de mon cœur pour elle, afin qu^elle soit en paix ; pour eux afin qu'ils vivent longtemps heureux, avec leur Me^ avec leur Yseult !