DES PEINTURES DE PU VIS DE CHA VANNES
L'oeuvre conçue et arrivée à l'état de vision, une esquisse, synthèse de nombreux croquis, en réalise la première image. Les dispositions générales arrêtées, — fort souvent elles ne varieront pas de ce point initial à l'exécution définitive, — s'ouvre la période de documentation d'après nature, pour les figures et pour le paysage. L'artiste est rentré dans son atelier. En plein cœur de l'ancien parc de Neuilly-sur-Seine, Puvis de Chavannes s'est fait construire, il y a vingt-cinq ans, un vaste bâtiment, composé d'un logement de garde et d'un hall en charpente de bois, où chaque jour, loin du bruit, des visiteurs et des importuns, il travaille, dans une solitude propice aux méditations fécondes, au labeur continu et acharné. Un outillage ingénieux de trappes, de dessous, de monte-charges et de palans lui permet de faire manœuvrer sans fatigue les châssis immenses qui supportent ses grandes toiles décoratives. Les modèles, hommes et femmes,
',6 PUVIS DE CIIAVANNES
jeunes et vieux, professionnels et d'occasion, se succèdent sans intermittence dans l'atelier. Les principes d'esthétique, analyses plus haut, conduisent impérieusement l'artiste à ne jamais demander à la nature humaine que ce qu'elle ofl're de plus simple, de plus logique et déplus vrai. lia l'aversion du type classique et traditionnel, de la pose académique, qui donnent des physionomies, des attitudes, des formes et des expressions invariablement en contradiction avec les actions et les sentiments qu'elles paraissent représenter. Tant que le modèle ne lui aura pas, spontanément et d'instinct, mis sous les yeux la réalité de sa vision, il en recommencera l'étude. De dix, vingt, dessins faits pour un personnage, un seul peut-être sera utilisé. Aussi, dans son œuvre, ne trouve-t-on jamais de gestes violents, compliqués ou subtils; toujours ils sont larges, souples cl calmes, suggérant la sensation de la plénitude de la vie, de L'harmonie parfaite des fonctions de l'âme et du corps; et, ils correspondent non seulement à la vérité et à la vraisemblance, mais à la logique la plus exigeante de l'incident, du moment et du milieu. Toutefois, à rencontre de la généralité, jamais le dessinateur ne fera d'études ni de croquis pour approvisionner ses cartons de documents en vue dune adaptation éventuelle à des compositions nouvelles, dont l'idée pourrait lui venir, un jour plus ou moins prochain. Sur le millier de pièces feuilletées, en cherchant les matériaux de l'illustration de ce volume, je n'en ai pas trouvé une seule qui ne se rapporte à des œuvres décoratives, à des tableaux de chevalet, exécutés, ou ayant été abandonnés, sinon détruits. La forme habille l'idée; l'idée doit donc précéder la forme.
Dans l'étude sur Delacroix, qui est le premier chapitre des « Artistes français » de Théophile Silvestre, on lit ceci : « Faut-il donc s'étonner que maint critique routinier s'écrie : Delacroix ne sait pas dessiner! Dites qu'il ne dessine pas comme les autres et qu'il ne veut pas suivre de recettes; mais nul n'a plus étudié, comparé, réfléchi. Il me faudrait une année pour dresser l'inventaire raisonné de ses dessins, sans compter les feuilles volantes qu'il a dans sa jeunesse éparpillées par le monde... Dans notre pays, organisé d'une façon toute opposée
A L'ATELIER
au véritable senon prend pour sin l'exactitude graphiques. »
peut-être que Puvis de Chadant sa longue que, a été accusé complète du a écrit sur lui,
timent des arts, beauté du deset la propreté Plus encore Delacroix,
vannes
pen-
carrière artistid'une ignorance dessin. Ce qu'on à ce propos, pa-
raît aujourd'hui invraisemblable. En i883, après le « Ludus pro Patria », Edmond About n'hésitait pas à imprimer cette page, à cette heure bien