‹ Puvis de ChavannesChapitre 14 sur 42 · E1UUE DE JEUNE FILLE · texte numérisé non relu

E1UUE DE JEUNE FILLE

En Puvis de Chavannes, le métier de peintre est de liante maîtrise, fier, loyal et superbe, exclusivement ambitieux du travail solide et durable, qui fait honneur et profit, réalisant de tous points le but pour lequel il a été commandé. C'est le métier des grands ouvriers d'art d'autrefois, toujours d'avis, comme disait le vieux maçon de Rennes, Thomas Pihourt, mandé par Jean de Laval, à Chateaubriant, pour donner son « desseing » sur un nouveau manoir à construire, — parce que le « paillard sçavoit plus que son pain manger » ■ — : « que le bastiment fust faict en franche et bonne matière de piaison compétente, selon que l'œuvre le requeroit ». Point de « moyens » ni de secrets; aucune cuisine d'alchimiste où s'élaborent mystérieusement les teintures éblouissantes, les sauces rousses et fuligineuses. Jamais de « beurre », d'essence, de frottis, de tons superposés, engendrant les craquelures et les carbonisations. A un de ses élèves, que des circonstances éloignent de l'atelier l'artiste adresse ces conseils professionnels : « Ayez horreur des empâtements inutiles, qui engluent, ternissent, bleuissent, alourdissent. Quand vous avez exécuté un morceau dont vous doutez, attendez jusqu'au moment où il vous sera possible de l'enlever. Jugez-le, et s'il est condamné, enlevez le ferme avec votre couteau à palette, sans frictions de chiffons qui ôtent la limpidité. Il vous restera ainsi des dessous très fins, sur lesquels vous pourrez revenir et terminer à peu de frais, parce que votre toile aura reçu une première nourriture. La surcharge, l'empoissage sont une abomination. Dans les vingt-quatre heures, l'or se change en plomb. »

Aussi, cette peinture, saine et honnête, sans artifices ni falsifications,

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est-elle inaltérable et dune durée indéfinie. Le temps, loin de la ruiner comme celle de tant d'autres décorateurs qui ont employé des matières moins pures, de moins sévères procédés, lui donne, d'années en années, plus de vigueur et pins d'éclat. Allez au Panthéon, et voyez « L'enfance de Sainte-Geneviève », qui date de 1877. Dans ce vaste polyptique, qui ne compte pas moins de quatre-vingt figures, tout apparaît comme au premier jour; pas un ton vibrant n'a baissé; pas une nuance tendre ne s'est éteinte; la muraille dégage toujours une lumière douce, fraîche, joyeuse, qui illumine cette partie de l'édifice. Et, aujourd'hui, plus justement encore qu'il v a dix ans, Meissonier pourrait dire de la décoration générale : « 11 n'y a que Puvis de Chavannes qui se tient; pour tous les autres, il faudrait dorer le monument ».

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