‹ Puvis de ChavannesChapitre 16 sur 42 · I. AllOMNE IMIM.I DE I.YON · texte numérisé non relu

I. AllOMNE IMIM.I DE I.YON

de enivre sur la tète, d'un curé en soutane, on voit des femmes, pieds nus, et vêtues de robes flottantes qui ne sortent point de l'atelier d'une couturière de la campagne, mais d'une armoire de peintre d'histoire et d'allégorie. Deux ans après, Puvis de Chavannes rentre au Salon

« A LA FONTAINE » ( 1 86g)

avec le « Retour de chasse », du Musée de Marseille, reproduction, en des dimensions plus grandes, d'un panneau de décoration de salle à manger. Un cavalier porte triomphalement au bout de sa pique la hure d'un sanglier; deux de ses compagnons l'escortent à pied, chargés du corps d'un cerf; un autre précède le cortège en sonnant à pleins poumons d'un cornet à bouquin ; derrière, viennent à cheval deux femmes qui ont pris part à l'expédition. Ce tableau marque une date intéressante dans la carrière du peintre : celle d'une évolution décisive vers la personnalité. Certes, il est encore loin des compositions d'Amiens. A les analyser avec soin, les personnages divers mis en scène, le cavalier encapuchonné d'une peau de léopard, les deux jeunes hommes du premier plan, entièrement nus, — une paire de cnémides et des pans d'étoffes flottantes ne sauraient constituer un costume, — paraissent des morceaux d'académie d'après des types classiques, juxtaposés simplement, en vue d'un arrangement plus ou moins pittoresque, sans idée générale, ni rapport étroit de formes et de tons ; mais, le sentiment du naturalisme et l'instinct du paysage aux grandes lignes décoratives s'y manifestent nettement , en même temps que l'exécution prouve déjà un métier sérieux, qui progressera d'une manière constante, mais sans modifications importantes de principe ni de procédés. Il n'est pas de moindre évidence, à partir de ce moment, que l'artiste s'est fait par ses patientes études, par. ses longues méditations dans la solitude de son atelier, un haut idéal dont il ne; s'écartera pas. Puvis de Chavannes n'a gardé nulle rancune de, leurs rigueurs aux jurys des Salons; et, même, il estime avec philosophie qu'ils Jui ont rendu un sérieux service, — involontairement, ce qui le dispense de. toute gratitude, — en le condamnant au travail intime le plus énergique, en lui imposant la volonté de faire justice de cet ostracisme par la démonstration d'un incontestable talent. Il y réussit avec « La Paix » et « La Guerre », « Le Travail » et « Le Repos » du Musée de Picardie, suivies bientôt des peintures du Palais île Longchamp, à Marseille.

Les commandes ne viennent-elles pas, il peint des tableaux de chevalet. C'est « L'Automne» et « Le Sommeil », qu'il expose au Salon de 1864 ; et, qui sont aujourd'hui, le premier, au Musée de Lyon, et le second au Musée de Lille. Dans « L'Automne » l'artiste a représenté

PUVIS DE CHAYANNES

des femmes au milieu d'un verger.

Une cueille des fruits et les dépose dans une corbeille que lui tend sa compagne appuyée contre un arbre et vue de dos; une autre est assise et regarde; en souriant. Le tableau appartient à la catégorie de ces œuvres dont l'artiste a résumé le caractère : « la composition individuelle, épisodique, substituée à la composition synthétique cl courue dans le sens de l'expression ». Mais ce terme « expression », ne doit point être entendu ici exclusivement d'après la signification qu'en donnent les dictionnaires : « La manière d'être qui manifeste le sentiment, la pensée et les passions. » ("est bien plutôt l'expression de la forme humaine, inspirée par une idée plastique, unique source d'artistiques sensations. Ainsi, dans « L'Automne » l'artiste a surtout voulu, par une conception particulière, et nouvelle à son avis, représenter cette saison avancée dans l'ordre des évolutions de la nature, sous la figure d'une femme, encore belle, toujours gracieuse, mais dont les années ont déjà blanchi les cheveux, et qui laisse à la jeunesse la joie de cueillir des fleurs et des fruits, et l'orgueil de montrer la splendeur de sa beauté. « Le Sommeil » est une grande composition décorative, de la série, comme genre de sujet et exécution, des premières peintures d'Amiens.

i\ I PHODICl l [SA LOB l>l 1 871

Page 1