‹ Puvis de ChavannesChapitre 17 sur 42 · CROQUIS POUR UN TAULEVU · texte numérisé non relu

CROQUIS POUR UN TAULEVU

En 1868, Puvis de Chavannes fait pour le Cercle artistique de Paris une peinture représentant « Le Jeu » , sous les traits d'une femme nue, endiamantée, ceinture dorée, au visage de sphinx, debout sur le chapiteau d'une colonne, qui tient une de ses mains fermée et l'autre ouverte, d'où s'échappent des pièces d'or. Cette toile a été détruite. C'est ensuite un tableau « A la fontaine », composé de deux figures féminines extraites du « Repos » d'Amiens : la femme penchée qui écoute le vieillard, et la moissonneuse debout derrière lui ; avec l'adjonction d'un beau paysage de clairière de forêt. En 1870, le peintre expose « La décollation de saint Jean-Baptiste », qui a été admise à l'Exposition centennale de 1889; et, la « Madeleine » de la collection de M. Chéraim . Aux jours terribles du siège de Paris, pendant que les poètes expriment les angoisses, les colères et les désespérances des âmes, et

chantent pour endormir la douleur et la faim, le peintre compose les deux tableaux, que la gravure et la photographie ont popularisés : « Le Pigeon voyageur » et « Le Bal- Ion », en vue de glorifier l'héroïsme des assiégés et de conserver le souvenir de leurs poiie rêve (su.on de 1 883) gnantes sensations, au

IMJVIS DE CIIAVANNES

x DÉCOLLATIOB DB s W \ I JlivN BAPTISTE (sai.on DE 1H70)

départ el à l arrivée des rares messagers aériens qui pouvaient rompre le cercle de fer et de feu. Ces tableaux ont été donnés à la loterie organisée à Chicago, au lendemain de l'incendie qui détruisit, en io'yi, une partie de la ville, (l'est également sous L'inspiration d'un sentiment patriotique, celui du relèvement de la France, que l'artiste peint, en 1872, c< L'Espérance », qui figura au Salon de cette année-là. Une jeune fille, vêtue d'une simple robe blanche, au visage doucement mélancolique, mais sur lequel va naître un sourire, est assise sur un pan de mur en ruines, que le printemps a déjà orné de plantes et de fleurs. Mlle tient dans sa main gauche, et semble présenter à la Patrie, une branche d'arbuste qu'elle vient de couper dans le champ couvert de monticules qui sont des tombeaux. L'artiste a fait une répétition de « L'Espérance », avec quelques modifications dans la figure et dans le paysage. A ce même Salon, fut présentée et refusée une peinture fort originale : « Les Jeunes filles et la Mort ». Sur la pente d'une colline fleurie, près d'un bois, des jeunes filles se livrent joyeusement

aux ébats de leur âge; les unes cherchent à s'entraîner dans une course vertigineuse; d'autres, plus paisibles, se promènent ou cueillent des fleurs; cachée dans son manteau, sous une gerbe de fleurs et de plantes, la Mort sommeille : ingénieuse et pittoresque allégorie de la fragilité de la vie et de la jeunesse.

Le Salon de 1873 contient de Puvis de Chavannes une composition, « La Moisson », procédant de la synthèse humaine d'où sont sorties les premières peintures du Musée de Picardie, mais dont l'idée et la forme ont suivi le développement de puissance, affirmé avec tant d'éclat dans 1' « Ave Picardia nutrix », et dans la décoration du Palais de Longchamp, à Marseille. C'est le soir d'une journée d'été; de tous les coins de l'immense champ de blé qui tient la plaine entière entre les coteaux, accourent vers la lisière du bois, lieu de rendez-vous et de repos, les travailleurs, hommes, femmes et enfants. Sur un bourriquet, ont été apportées des jarres de lait frais, les premiers arrivés s'y désal-

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