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LE PAUVRE PÊCHEUR (MUSEE NATIONAL DU LUXEMBOUKC

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tèrent; il \ a là un étang, oh s'y baigne à l'ombre dos grands arbres;

les jeunes mères allaitent les nouveau-nés, caressent les petits qui jouent avec des agneaux; les fillettes ramassent des (leurs. LKtat lit l'acquisition de ce tableau et l'envoya au Musée de Chartres. On vit ensuite au Salon, en 1 8 7 "> , la a Famille de pécheurs »; en 1877, la « Jeune femme à la toilette » ; en 187c), les « Femmes au bord de la mer ». Ces compositions se rapportent au groupe d'œuvres dans lequel a été classé « L'Automne »; elles sont d'exquises fantaisies, où Puvis de Cha- \ aunes se montre un peintre délicat de la femme. On a aussi la tentation de comprendre sous une même définition, celle de l' « Expression de la forme dans l'ordre du pur sentiment », quelques autres tableaux de ce temps : 0 Le Pauvre pêcheur », « L'Enfant prodigue », « Le Rêve » et « Orphée 0; mais, ce serait aller contre les intentions de l'artiste qui n'a jamais ici, comme là, entendu faire que des intermèdes, des entr'actés, à ses grandes peintures décoratives; intermèdes et entr actes auxquels il a pris un plaisir et un repos, dans la réalisation d'idées et de visions intéressantes, mais sans aucune ambition préméditée de développer une théorie ni une thèse, de constituer un ensemble d'œuvres basé sur un même principe d'art, sur une même allégorie, humaine ou sociale. S il peint « Le Pauvre pèeheur », c'esl parce qu'en se promenant sur les bords de l'estuaire de la Seine, à llonlleur, il a vu et admiré la singulière beauté plastique de l'harmonie de lignes et de couleurs, entre cette \aste étendue d'eau limoneuse, cet horizon sans fin de dunes basses, recouvertes d'herbes maigres, de fleurettes anémiées, de buissons rabougris; et l'humanité misérable qui vit là d'un travail incertain et stérile. C'est cette désolation, cette misère, cette mélancolie et cette résignation dans l'homme, dans la nature et dans les choses, manifestées par des formes d'une originalité saisissante, qu'il a résumées en ce pécheur, n'ayant plus (jue la peau et les os. dépenaillé, monté sur une barque toute de pièces et de morceaux, qui espère stoïquement, les mains jointes, les yeux baissés, la venue du poisson dans son filet, pendant que ses enfants, non moins résignés à leur mauvais sort, jouent tristement sur le rivage. L'émotion pour le spectateur naît de la réalité tra-

duite par le peintre; et, augmente de force en raison de sa puissance à la synthétiser sous la forme la plus précise et la plus simple. Alors les critiques et les philosophes ont écrit là-dessus des réflexions éloquentes, profondes, troublantes même, auxquelles l'artiste n'avait guère songé, parce que ce n'est point là son goût ni sa mission. « Orphée » représente-t-il le poète vaincu par la vie, que le désespoir terrasse, et qui crie au ciel la souffrance de son âme? Cette version est certainement tout au moins vraisemblable, si elle n'est pas exacte. Je signalais, un jour, à Puvis de Chavannes l'ingénieuse hypothèse d'une trilogie de la Misère, qui avait été émise à propos des trois tableaux : « Le Pauvre pêcheur », « L'Enfant prodigue » et « Le Rêve ». Il se mit à rire, et me répondit que, dans le deuxième tableau, il avait surtout voulu peindre des cochons. « En 1878, j'étais à la campagne, dans ma famille; le fermier avait, cette année-là, merveilleusement réussi l'élevage de ses cochons; ils étaient nombreux et superbes; je passais une partie de mes journées à leur courir après pour les dessiner. Quand il s'agit de les caser, pouvais-je mieux trouver que la scène de la parabole de l'Enfant prodigue? »

« Le Rêve » : c'est un jeune voyageur endormi au bord du chemin. Trois figures de femmes planent au-dessus de sa tête; l'une effeuille des roses, une autre agite une branche de laurier; la troisième laisse tomber de ses mains des pièces d'or. Laquelle choisira le poète, de la Fortune, de la Gloire ou de la Volupté? Pour l'artiste le seul problème a été de peindre trois figures volantes dans un tableau qui ne compte (pie quatre personnages, et de triompher de cette difficulté technique en une délicieuse composition. Sous le titre : « Jeunes Picards s'exerçant à la lance », il a été exécuté, en tableau de petit format, une réduction de la partie centrale du « Ludus pro Patria », avec une modification radicale du paysage; et, sous celui de « Baigneuses », une réplique, avec changement de fond, de « L'Eté » de l'Hôtel de Ville de Paris. Bon nombre d'autres tableaux de chevalet encore ont été peints par l'artiste; j'ai dû borner cette énumération descriptive, — qui n'est point un catalogue, ■ — à ceux qui ont figuré aux Salons, ou qui présentent un intérêt exceptionnel par leur caractère spécial de technicité et de conception.

Quant aux portraits, Puvis de Chavannes en a très peu fait. Trois doivent être mentionnés, en raison de leur importance : le sien pour la Galerie des peintres peints par eux-mêmes, au Palais Pitti de Florence; ((lui (Vun vieil ami, M. Benon, et le portrait de Mme M. C..., qui fut très remarqué au Salon de i88> : 1 /expression de la physionomie et du caractère, du charme et de la noblesse, y atteint un degré supérieur dans une exécution d'une grande beauté; tous ceux qui ont vu ce portrait en conservent un vif souvenir; l'auteur \ a mis toute son âme et tout son cœur.

Les tableaux de chevalet, comme l'artiste le déclare, n'ont jamais été pour lui que des entr'actes, des distractions et des repos, entre ses peintures monumentales; c'est donc au Musée de Picardie à Amiens, au Palais de Longchamp à Marseille, à l'Hôtel de Aille de Poitiers, au Panthéon, au Palais des Arts à Lyon, à la Sorbonne, au Musée de Rouen et à l'Hôtel de Ville de Paris, qu'il faut étudier l'œuvre du maître, qui, en ce temps, non seulement dans l'Ecole française, mais dans les Ecoles de tous les pays, est le représentant le plus fier et le plus populaire de l'Art décoratif contemporain.

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