LE MUSEE DE PICARDIE A AMIENS
DESSIN i'OUK « L.4 PAIX »
LA PAIX ET LA GUERRE. — LE TRAVAIL ET LE REPOS AVE PIGARDIA NUTRIX. — LUDUS PRO PATRIA
Dès ses débuts clans la vie artisque, à peine a-t-il, par un travail sérieux et incessant, acquis la pratique de son métier, Puvis de Chavannes s'essaye à réaliser son rêve de décorateur. « En i854, raconte le peintre, mon frère lit construire, en Saôneet-Loire, une maison des champs. La salle à manger me tenta avec ses quatre panneaux nus; je me dis qu'il serait amusant de les décorer; et, en dix-huit mois, j'y exécutais, avec entrain, l'inévitable motif des « Quatre Saisons », légèrement modernisé, avec une grande composition centrale : « Le retour de l'Enfant prodigue ». Puis, le travail terminé, je reprends pour le Salon, et dans des dimensions plus vastes, un de ces quatre sujets, « Le retour de la chasse », qui me fait recevoir par le jury et me désenguignonne définitivement. J'en suis si content que je donne le tableau au Musée des Beaux-Arts de Marseille. Il me semble qu'il y a là quelque chose à faire dans cette voie. Je poursuis, et exécute, pour l'hôtel de Mme Claude Vignon, quatre figures symboliques : « La
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Fantaisie », « La Vigilance », « Le Rêve » et « La Poésie ». Certes, Puvis de Chavannes ne songeait pas encore à la peinture murale telle qu'il l'a faite depuis; mais, l'allégorie avec de grandes idées générales, ramassées, concentrées, l'attirait évidemment. En 1861, il avait terminé a La Paix. » et « La Guerre »; et, les exposait au Salon. Elles lui valurent une deuxième médaille; et, l'Etat acheta « La Paix », six mille francs. L'artiste ne voulut pas céder l'une sans l'autre : elles se complétaient;
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il lit cadeau de 0 La Guerre »; et se remit tout de suite au travail. En i863, ce fut le tour du « Travail » et du « Repos », dont on lit l'éloge, mais qu'on se garda bien de lui acheter. En dépit, de ces mécomptes et de la cruelle dispersion de compositions rêvées inséparables et prenant en quelque édifice la vie définitive de l'œuvre qui « anime les murailles », Puvis de Chavannes était heureux et fier : il avait pu montrer un ensemble de peintures décoratives, conçues dans le même esprit, exécutées par les mêmes procédés et visant le même but. Ce n'était point d'un cerveau médiocre de l'avoir imaginé, ni d'un mauvais ouvrier d'être parvenu à le mener à bonne fin, sans
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s'être laissé distraire par les caprices d'une imagination juvénile, ardente, fougueuse, et par des formules, plus séduisantes et plus faciles, dont il avait sous les yeux l'universelle contagion. Une doctrine et un métier, d'une originalité bien personnelle, s'affirment dans cette première œuvre. L'un et l'autre, plus tard, suivront l'évolution progressive d'un tempérament toujours ambitieux de perfection et d'autorité; mais, d'ores et déjà, le jeune peintre, avec une virile résolution pro-
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venant de longues méditations qui ont fortifié un instinct énergique, a conquis un idéal dont il ne s'écartera jamais, et qui le soutiendra au milieu des luttes et des épreuves, contre l'indifférence générale d'abord, une hostilité implacable ensuite; et, plus tard, contre les enivrements dangereux du succès.
Cet idéal est la synthèse des formes de la beauté que la nature revêt pour donner à l'humanité la raison et la joie de la vie. Dans toutes les grandes périodes, les artistes le poursuivent; ils l'ont atteint aussi complètement que possible lorsqu'ils ont été le plus près, grâce aux mœurs et aux idées, d'en concevoir et d'en traduire une fidèle exprès-
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siôn. La science u prouve'' que les mythes anciens ne représentaient à l'origine que le jeu normal des forces naturelles, et que, des phénomènes physiques, de leur diversité, de leur puissance et de leur grandeur, la poésie avait fait peu à peu des déesses et des dieux. A ces créations, l'art, dès son enfance, recevait la mission de donner un corps; et, quand les poèmes homériques eurent révélé au monde la beauté, que la Grèce en eut créé la religion nationale, chaque divinité devint la personnification plastique des formes diverses de cette beauté, qui ne tardait pas à prendre le caractère définitif du symbole, superbe el populaire, de toute harmonie et de toute vertu. Dans sa première manifestation publique, importante, Puvis de Chavannes est remonté hardiment au principe delà mythologie, en choisissant pour sujets la représentation de la vie dans ses fond ions sociales les plus générales : la Paix el la Guerre, le Travail et le Repos; en même temps qu'il semble demander à l'antiquité grecque le secret de ce naturalisme supérieur qui assure l'immortalité et une bienfaisance éternelle à son génie. Ce choix et cette recherche devaient le conduire avec sûreté à l'adoption dune esthétique el d'une facture, qui ont pu paraître tout d'abord un anachronisme el une imitation, mais dont la pratique, aussi ferme que constante, a prouvé la logique et l'opportunité.
<( La Paix <> n'est point celle d Aristophane : « Quelle joie de déposer le casque et de laisser là fromages et oignons! Ce que j'aime ce n'esl pas à combattre, c'est à boire avec des amis et des camarades, à voir pétiller dans le feu les branchages secs coupés en été, à faire rôtir des pois chiches sur les charbons, à faire griller des faînes, à caresser la jeune Thsalta pendant (pie ma femme est au bain. » L'artiste s'élève immédiatement au-dessus de l'individu pour agrandir, par l'humanité, la pensée et son image, associant étroitement lune et l'autre, sans spiritualiser la matière, ni matérialiser l'esprit, dans la perception de l'unité profonde qui les enveloppe : Ce qui est. la véritable poésie, suivant la définition d'un des derniers critiques de Victor Hugo. Dans une fraîche \ allée, entourée de hautes montagnes qui la protègent contre la bise et confie le soleil ardent, des guerriers se reposent. In groupe, au pied d'un laurier-rose en fleurs, cause avec des paysans des bienfaits de la paix qui
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va les rendre à leurs joies et à leurs travaux, et de la concorde qui unit les