‹ Puvis de ChavannesChapitre 20 sur 42 · ETUDE POUR LE GROUPE CENTRAL DU « REPOS · texte numérisé non relu

ETUDE POUR LE GROUPE CENTRAL DU « REPOS

défenseurs et les nourriciers de la Patrie. Des femmes offrent des fruits

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dans des corbeilles; là, on trait une chèvre; ici, on verse une amphore pleine de vin, pour désaltérer ceux qui ont soif. D'autres habitants do la vallée en toute hâte accourent pour apporter d'abondantes provisions; c'est à qui fera agréer ses présents par les guerriers. Au second plan, dans une vaste clairière, des coureurs, jeunes et vigoureux, luttent de vitesse avec d'habiles cavaliers; des colombes volètent du laurier-rose aux yeuses et aux ormeaux, pour prendre leur part du festin champêtre. Tout est expansion de joie et de vie. Dans « La Guerre », le groupe principal montre moins l'action elle-même, tumultueuse et horrible, que le but qui eu explique, s'il n'en légitime, les atrocités et le sang. Les guerriers à cheval sonnent, avec leurs trompettes gigantesques, à tous les coins de l'horizon, les fanfares de la victoire, devant les dépouilles opimes amoncelées : des femmes et des bestiaux. L'aïeule crie ses imprécations devant le cadavre de celui qui est mort pour les défendre; le paysan, attaché par terre à un pieu, injurie les vainqueurs; les vaches beuglent d'épouvante. A L'arrière-plan, dans la pénombre d'un ciel de crépuscule embrumé par les fumées de l'incendie qui brûle les fermes, on devine des scènes de pillage et de tueries. Puvis deChavannes a obéi là instinctivement à cette idée de profonde philosophie, à ce sentiment de délicatesse, qui, dans l'antiquité grecque, faisaient toujours aux artistes choisir le moment psvchologique, soit avant, soit après l'événement héroïque, où la figure humaine devait revêtir toute sa beauté, sous l'exaltation d'un projet ou dans la réalisation d'un acte, de nature à mettre en jeu toutes les facultés d'audace, d'énergie et de vigueur.

L'allégorisation la pius expressive du «Travail» sera, dans la pensée de l'artiste, la maternité pour la femme; pour l'homme, le labourage, la char-

AU MUSEE DE PICARDIE

penterie et le métier de forgeron. Ce dernier n'est-il pas de tous celui où le travail manuel atteint une telle expression de grandeur et de puissance qu'il semble que sa pratique soit la plus belle forme de l'intelligence et de la virilité? « Si je n'étais pas un peintre, disait, un jour, Puvis de Chavannes à Henry Havard, j'aurais voulu être un forgeron. » Près d'une forêt, sur un tertre qui domine le rivage de la mer, bien en évidence, car le métier est fier, on a établi une forge; une ancre vienl d'être achevée; cinq compagnons, superbes de mâle beauté, rangés autour d'une enclume, marteaux et tenailles en mains, vont forger une nouvelle pièce; deux autres attisent le foyer où rougit et s'amollit le fer.

Non loin, sur le premier plan, deux charpentiers équarissent des troncs d'arbres; l'un d'eux montre le chemin de la mer à une femme de cordier qui porte un câble à l'équipage d'un bateau. Au bas du tertre, un paysan conduit une charrue que tirent péniblement deux grands bœufs.

La maternité : c'est une jeune femme qui, dans le sillon, vient d'être prise des douleurs de l'enfantement, et à qui sa vieille mère présente le nouveauné pour lui donner le sein.

Un vieillard, las d'une longue route, assis au pied d'un arbre, contant le passé à ceux qui sont le Drésent ■

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