UN GRAND PEINTRE DE LA FEMME
Les peintures du Musée de Rouen, exécutées de 1890 à 1892, montrent, sous une nouvelle forme, l'aptitude de Puvis de ' Chavannes à concevoir et réaliser une idée plastique, qui permette d'orner de belles lignes de figures humaines et de paysage un monument public; et, en même temps, d'en déterminer, avec évidence pour tout le monde, le caractère et la destination.
Hier, à Lyon, dans le Palais des Arts — bibliothèque et musées à la fois — le peintre présentait, en une série de compositions d'une grande poésie, les sources du génie de cette fière race gallo-romaine, dont le christianisme a complété d'un tendre mysticisme l'âme païenne, éprise de la lumière et amoureuse de la vie.
Aujourd'hui, à Rouen, évoluant vers une autre idée, il prendra pour objectif l'indication technologique de ce que contient l'édifice à décorer. Trois musées distincts y sont réunis : le Musée d'Antiquités, le Musée de Céramique et le Musée des Beaux- Arts. Le premier est riche en mosaïques, poteries, verreries, morceaux de sculpture et d'architecture, etc., des temps antiques, trouvés dans les nombreuses ruines de
i >8 PIN IS DE CHAVANNES
la région; en épaves précieuses de L'art du moyen âge, qui a fleuri si magnifiquement dans la région de la Normandie. On a fondé le Musée de Céramique à la gloire de la faïence de Rouen, dans le but patriotique de prouver combien cette grande industrie d'art fut éminemment nationale, n'ayant, pour sa technique et pour son esthétique, rien emprunté à l'étranger; et, de montrer au public les merveilles qu'elle a produites, pendant les trois siècles de sa \ie, aussi brillante que féconde. Enfin, le Musée des Beaux-Arts est classé parmi les premiers musées provinciaux, pour le goût délicat et le sentiment de la nature qui ont guidé ses créateurs dans le choix des œuvres dont il est composé. S'inspirant des idées d'où est sortie cette organisation, Puvis de Chavannes a composé l'allégorie la plus vivante, d'une ingéniosité spirituelle et d'une exquise poésie. Sous la surveillance d'un chef, anxieusement attentif à l'opération difficile, deux ouvriers dressent une pierre colossale, provenant d'un monument ancien, pour la joindre à une série de pièces d'architecture : fragments de cloître roman, chapiteaux gothiques, hases de colonnes, motifs de corniches d'un mur de château fort, et débris de mosaïques, qui servent à la fois de décoration pittoresque à la terrasse d'un musée, idéal, d'Antiquités en plein air, et constituent les documents nécessaires à l'étude archéologique du passé. Une jeune fille, assise sur un banc de pierre, peint, au centre d'un plat de faïence de Rouen, une tulipe, que tient devant elle une de ses compagnes, pendant qu'une autre, à demi couchée sur l'herbe, dispose un bouquet de Heurs des champs, qui servira tout à l'heure de nouveau modèle; un gamin, portant sur sa tète une planche garnie de poteries prêtes à être mises au four, suit, avec une naïve admiration, le travail du pinceau sur le plat de faïence : C'est là un gracieux symbole de la décoration de la céramique. A droite, sous un arbre, deux étudiants peintres écoutent la démonstration persuasive d'un camarade sur une intéressante question de perspective et de silhouette, que soulève la ligure, élégante et sévère, d'une fort jolie fille, la tète et les épaules couvertes d'une mantille drapée à l'antique, debout à quelques pas; un quatrième, assis par terre, le coude au genou, examine, de son côté, un coin de paysage qu'il se dispose à reproduire : L'étude d'après nature
FUVIS DE CHAVANNES
L A CKBAMIQUE (Musée de Rouen)