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LE MUSÉE DE ROUEN 1G

ne saurait être allégorisée avec plus de clarté et plus de grâce. Au centre de la toile, une mère baisse une branche de pommier, afin que l'enfant qu'elle porte sur son bras puisse atteindre le fruit qu'il convoite, et vers lequel il tend aussi haut qu'il le peut, mais inutilement, sa petite main impatiente; un garçonnet, traînant par-dessus son épaule une bottelée de plantes grimpantes, se dirige vers le groupe des jeunes filles qui lui ont donné la mission de confiance, dont il est fier, d'aller chercher ces motifs de décoration; et, dans un angle, deux femmes, fort belles d'attitudes et d'expressions, causent entre elles affectueusement : Ne faut-il point voir là le complément heureux de l'affirmation du même principe d'art:' Pour apprécier avec justesse le degré de réalisation parfaite d'une idée plastique, il suffit d'avoir à se demander si elle aurait pu être exprimée autrement, si quelque chose de plus la compléterait ou paraîtrait superflu. Je ne crois pas qu'en face de 1' « Inter Artes et Naturam », il puisse venir à l'esprit une préoccupation de ce genre. C'est fort bien ainsi, semble-t-il; et, l'imagination séduite, les yeux charmés, on se laisse aller à l'admiration sans réserves d'une peinture, qui paraît à la fois d'une grande simplicité de composition, tout y est si naturel; et de l'exécution la plus aisée, tant la forme est avec l'idée en harmonie de beauté et de logique.

On a fait souvent à Puvis de Chavannes le reproche, aussi subtil que malicieux, d'exclure systématiquement de ses compositions décoratives le costume moderne, en supposant qu'il doit y avoir là, sous le prétexte d'une synthèse rigoureuse d'humanité, quelque habile subterfuge pour s'assurer le bénéfice de l'excitant intellectuel d'une évocation imprévue de l'antiquité, dans ce quelle nous a transmis de plus suggestif : la pratique du nu et l'usage du vêtement léger flottant, drapé en toute liberté de dispositions qui favorisent les attitudes pittoresques, les gestes gracieux, beaucoup mieux que les modes actuelles, tenues pour excentriques, ridicules, et hostiles à l'expression de la beauté. Tant de machiavélisme n'entre point dans une âme aussi peu compliquée; la meilleure preuve en est la décoration du Musée de Rouen. Sans avoir eu le moins du monde une intention quelconque de protestation ou de défi, l'artiste a placé là

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presque exclusivement des personnages vêtus d'une façon moderne.

Sans doute, vous n'y trouverez point de robes à manches à gigot,

de manteaux avec passementeries et empiècements, non plus que des

redingotes et des chapeaux sortant d'une boutique adoptée par le grand

monde; mais, tous ces vêtements féminins et masculins, s'ils ne sont pas

de la dernière mode, appartiennent bien à l'époque présente. La raison de

leur adoption est de la plus grande Logique. Les uns et les autres entraient

dans la conception de l'œuvre nouvelle, comme cléments essentiels d'un

modernisme correspondant à 1 idée qu'elle avait à représenter en premier

plan : celle de l'allégorisation d'une ville artistique. Je demandais, un

jour, à I * 1 1 \ i s de Chavannes, quel est, à son avis, l'influence du costume

contemporain sur les modifications apportées à l'expression du sentiment

en peinture, — une thèse d'esthétique qui a donné lieu à bien des

dissertations fleuries; ('•tonné de ma question, il me répondit qu'il

estimait ces modifications absolument insignifiantes, tant que le geste

humain reste écrit clairement; et, il appuyail a\ec énergie, son opinion

d'un exemple, en montrant la photographie d'un des panneaux

complémentaires de 1' a [nter Artes et Naturam », « la Céramique »,

on les deux femmes, qui portent sur les bras un vase et un plat de faïence,

sont vêtues de robes que ne désavouerait point une couturière parisienne

en renom.

.récrivais, au deuxième chapitre, que, dans toutes les peintures monumentales de Puvis de Chavannes, le paysage joue un rôle décoratif considérable, parfois même prépondérant, tout au moins si nettement spécial (pie dans les réductions, alors que les personnages subissent à peine des modifications restreintes de groupement et de plans, il disparaît complètement ou se transforme de caractère et de physionomie à devenir méconnaissable; ai-je ajouté qu'il est toujours d'une grande diversité? Nous en avons ici un témoignage sérieux. Le paysage de Y « Inter Artes et Naturam », un pittoresque et grandiose panorama de Rouen et de la Seine, vu du haut de la colline de Bon-Secours, est devenu, dès son apparition, aussi célèbre, dans le monde des artistes, que le paysage de la Corne-d'Or de « L'entrée des croisés à Constantinople » par Delacroix, avec lequel il présente une certaine analogie de disposition, mais non de

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