‹ Puvis de ChavannesChapitre 5 sur 42 · ETUDE POUR LA « DECOLLATION DE SAINT JE VN-BAPTISTE · texte numérisé non relu

ETUDE POUR LA « DECOLLATION DE SAINT JE VN-BAPTISTE

la plus audacieuse n'aurait point suffi pour le guider et le soutenir.

Aussi, dans toute commande de décoration, Puvis de Chavannes se réserve-t-il toujours le droit de choisir son sujet et de le traiter comme il l'entend, sans ingérence quelconque, sans inspection ni contrôle, administratif ou privé. A cet égard son intransigeance est irréductible; aucune considération n'a jamais pu le faire dévier de cette ligne de conduite, nullement inspirée par un sentiment de vanité, mais simple instinct irrésistible d'un esprit ferme, qui estime que la première condition de succès en art est d'être soi-même, par soi seul, de ne relever que de sa conscience comme ordre et comme responsabilité. H lui est arrivé de refuser des travaux importants, qui L'intéressaient fort et lui étaient nécessaires, parce que leur acceptation impliquait celle d'un sujet imposé. Quand la Chambre de commerce de Bordeaux eut achevé, en i#7<), la restauration intérieure de la Bourse, elle songea à faire décorer de peintures le grand escalier de ce palais. Puvis de Chavannes en recul la proposition et l'accepta. Tout était de nature à sourire à l'artiste dans ce projet de décoration : un monument public, chef-d'œuvre d'architecture; un emplacement exceptionnel, permettant par ses dimensions d'y développer, en toute liberté d'espace, la composition la plus vaste; une ville riche, luxeuse, où l'on aime les arts. Peu de temps après, au moment où il se préoccupait de chercher ce qui pourrait le mieux convenir, la Chambre de commerce lui lit transmettre un programme de l'œuvre projetée, programme qu'avait rédigé une commission de fonctionnaires, d'érudits et de négociants. Il y avait là, entre autres articles : «. Le poète Ausone revient par eau de sa campagne, sur un bateau chargé de Heurs et de fruits, (pie les nautoniers amarrent avec des cordes dans le port de Burdigala ». Le peintre répondit courtoisement qu'il désirait, suivant son habitude, choisir lui-même le sujet de sa composition, et qu'il s'empresserait d'en donner le titre aussitôt que ce choix serait définitivement arrêté. On lui répliqua que l'adoption d'un programme sous la forme délibératrice accoutumée le rendait obligatoire. Puvis de Chavannes refusa la commande; et, ses relations avec la Chambre de Commerce furent rompues.

Si l'artiste manifeste, avec tant d'énergie, cette fière indépendance, c'est que, dans le choix du sujet qu'il se réserve, il a la conscience

LA GENÈSE D'UN OEUVRE

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