‹ Puvis de ChavannesChapitre 6 sur 42 · ETUDE 1)F. FEMME · texte numérisé non relu

ETUDE 1)F. FEMME

d'apporter une sévérité peu commune, de n'y rien laisser au caprice, au hasard. Il étudie préalablement, avec le plus grand soin, les origines, le caractère et la destination du monument qu'il doit décorer; et, ses observations multipliées, patientes, minutieuses, le conduisent toujours à l'adoption d'une idée en parfaite harmonie avec le but qui a inspiré la commande; et à sa réalisation précise au moyen d'éléments d'une vérité, sinon d'une vraisemblance, indiscutable aux points de vue de l'histoire, de la légende et de l'ethnographie. Aux divers chapitres qui vont suivre on en trouvera la preuve.

L'inspiration du sujet est toujours personnelle, intime et spontanée. Dans l'œuvre entier de Puvis de Chavannes, il n'y a pas une page qui soit la traduction, le développement ou le résumé, d'une pensée d'autrui. L'incident, l'événement, le souvenir, ne lui ont jamais fourni que des sensations et des notes. A la nature elle-même il demande exclusivement des leçons et des conseils ; et, comme sa préoccupation constante est de les suivre avec respect, de ne point s'écarter de la logique, il peut dire fort justement que ce qu'il peint « a été, est, ou sera ». L'histoire opposée à l'anecdote, la fantaisie naturelle substituée à l'agrément académique, la réalité remplaçant le rêve, et toujours de l'unité et de la simplicité, de la joie et de la lumière : Voilà l'objectif de son esprit. En ce siècle

de sèpticisme, il est un homme de loi qui croit et fait croire aux vertus humaines, à l'utilité et à la grandeur de la vie, à L'âme des choses, qui les glorifie magnifiquement, dédaignant, s'il ne l'ignore, tout ce qui est bas, vulgaire, futile, médiocre et mesquin.

La passion de la logique, le respect et l'amour de la nature conduiront l'artiste à une conception particulière des conditions de la décoration. \ itruve a écrit : » Par je ne sais quel caprice, on ne suit plus cette règle que les anciens s'étaient prescrite de prendre toujours pour modèles de leurs peintures les choses comme elles sont dans la vérité, car on ne peint a présent sur les murailles que des monstres extravagants, au lieu de choses véritables et régulières. On remplace les colonnes par des roseaux qui soutiennent des entortillements de liges, des plantes cannelées avec leurs feuillages refendus et tournés en manière

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LA GENESE D'UN ŒUVRE 33

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