X. — L'AUTOMNE
Au Salon de 1864, l'artiste regagna le terrain perdu et l'opinion se montra en général assez favorable. Dans ces temps déjà anciens, les critiques regardaient longuement les tableaux qu'ils avaient charge de juger. Ils ne se croyaient pas quittes envers un peintre quand ils avaient plaqué sur son œuvre une des cinq ou six formules du vocabulaire des ateliers ou quand ils avaient choisi dans les manuels d'esthétique et d'histoire l'étiquette congruente. La mode permettait encore les longues descriptions et quand le critique est un poète comme Gautier, il semble que la méthode n'était pas si mauvaise.
(( Au milieu d'un verger luxuriant de fruits — disait Théo — dont la verdure commence à se dorer, montrant entre ses feuilles les grappes mûries, une belle jeune fille blonde, grande et svelte, fait d'une main courber une branche de l'arbre où se suspend la vigne, et de l'autre cueille un raisin. Le mouvement de ses bras, levés audessus de sa tête, développe sur les contours du torse des lignes serpentines d'une admirable élégance. Un bout de draperie d'un rose pâle... couvre sa cuisse gauche et fait voir la pâleur ambrée du nu...
« A la droite du tableau, une autre jeune fille, sans doute la sœur de la première, appuyée contre le tronc du figuier qui supporte la vigne, soulève de ses deux mains une corbeille où va tomber la grappe cueillie. Elle se présente de dos, montrant un gracieux emmanchement du col et une nuque charmante où s'enroule une épaisse torsade de cheveux roux, nuance chère aux peintres... Les attaches des épaules, les flexuosités de la ligne médiane, la saillie de la hanche, l'entrecroisement des jambes ... dessinent une de ces poses rythmées comme une belle strophe, où les formes se balancent et s'équilibrent avec une harmonie aussi douce à l'œil qu'à l'oreille une musique bien cadencée...
« La tonalité générale du tableau est maintenue dans cette gamme de fresque qu'affectionne l'artiste et qui convient si bien à la peinture décorative. Elle est claire, blonde, sans les fortes ombres qui font des trous aux murailles ; mais cependant les localités sont elles-mêmes plus vigoureuses et d'une valeur plus riche que dans les précédents tableaux... L'exécution est aussi plus fine et plus serrée... On ne pouvait plus poétiquement exprimer... l'automne tiède, sain et fertile de quelque idéale Tempe. »
Cette œuvre, qui remporta une médaille à l'issue du Salon, est aujourd'hui à Lyon. Une réduction, avec variantes, a été exposée au Salon de 1885.