‹ Puvis de Chavannes, notices rédigéesChapitre 19 sur 51 · XX. — CHARLES MARTEL · texte numérisé non relu

XX. — CHARLES MARTEL

Après avoir terminé la Moisson (dite auss L'ÉTÉ), exposée en 1873, acquise par l'État et envoyée au Musée de Ctiartres, Puvis se consacra à la décoration de l'escalier de l'Hôtel de Ville de Poitiers, dont il avait reçu la commande en 1872. Voici les dates du travail, telles que nous les trouvons inscrites au crayon, de la inain de l'artiste, à même un petit meuble d'atelier conservé pieusement par M. Paul Baudouin :

Mardi, 5 août (1873), MARTEL, 1" séance de mise en place sur la grande toile; — mercredi, 10 septembre, midi, commencé à peindre; — vendredi, 21 novembre, fini; — recommencé et fini pour la 2' fois... le 13 janvier 74; — signé le 1" février; — signé le carton (de RADECONDE) le 7 mars; — signé, fini... le 27 septembre...

Si le peintre eût tenu aussi fidèlement la comptabilité de toutes ses journées de travail, c'est tout le calendrier qui eût passé sur la petite armoire, car le vaillant ouvrier n'a jamais chômé. Ces graffiti en sont un des nombreux témoignages et c'est pourquoi nous avons cru devoir leur faire place ici, au détriment de quelques belles descriptions enthousiastes.

comme celles de M. Louis Conse, qui saluèrent, au Salon de 1874, la peinture de Charles Martel et le carton de Sainte Radeconde, écoutant, dans le cloître Sainte-Croix de Poitiers, une lecture du poète Fortunat. En dépit des mauvais plaisants, qui baptisèrent cette dernière œuvre : Apothéose de Théophile Gautier, les deux toiles de Poitiers reçurent aux Salons de 1874 et 1875 un accueil assez sympathique.

Demandons, comme d'habitude, à Paul Mantz l'opinion des modérés. « M. Puvis de Chavannes est systématique — nous répond-il — ,• il est incomplet; il élimine ce qui le gène; il commence des phrases qu'il n'achève pas. Qui osera dire cependant qu'il n'intéresse point le regard dans ses vastes machines silencieuses qui sont à peine de la peinture ? Le Charles martel sauvant la Chrétienté par sa victoire sur les Sarrazins est un type tout à fait significatif des défauts et des qualités de ce bizarre inventeur... La scène se passe dans un brouillard gris où tout s'éteint et se décolore. Les formes sont plus rêvées qu'elles ne sont écrites... tout cela est étrange et discutable, de ne me déclare pas enthousiasmé... » Le critique accorde cependant que Puvis parvient à réaliser une harmonie très décorative. « Plus de tons violents cette fois; tout rentre dans l'ordre; il y a des gris partout. L'effet est un peu arbitraire, mais la peinture calmée ne crie plus et le silence des couleurs permet de percevoir plus aisément le murmure de la pensée ».

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