‹ Puvis de Chavannes, notices rédigéesChapitre 20 sur 51 · XXI. — RENCONTRE DE SAINTE GENEVIÈVE ET DE SAINT GERMAIN · texte numérisé non relu

XXI. — RENCONTRE DE SAINTE GENEVIÈVE ET DE SAINT GERMAIN

Nous arrivons devant l'osuvre la plus populaire de l'auteur, celle aussi qui permet le mieux par comparaison avec ses voisines de mettre en évidence la valeur propre de son art.

On sait que le Panthéon, le plus pesant et le plus rassis des monuments parisiens, a changé de destination aussi souvent que le pays de politique. Primitivement destiné à remplacer la vieille église abbatiale de Sainte Geneviève, consacré ensuite par la Constituante au culte des grands hommes , l'édifice était redevenu religieux sous la Restauration, laïque en 1830, religieux en 1851, pour redevenir plus tard laique en 1885, à l'occasion des funérailles de Victor Hugo.

Une première fois, en 1848, la décoration murale en avait été confiée à Chenavard. Le compatriote de Puvis avait conçu et en partie exécuté une formidable histoire philosophique de l'humanité, qu'interrompirent pour toujours les événements de 1851. On n'eut fait aucun plaisir à son successeur en instituant une parenté entre leurs oeuvres. Et pourtant, dans certains des cartons de Chenavard (comme le Déluge, les Enfants de la Louve, LES Catacombes, les Poètes de l'Italie) il y a bien déjà un certain symbolisme dans la concep-

tion, une certaine façon aussi de simplifier les formes qui rendent le rapprochement inévitable.

Le projet de décorer Je Panthéon, rendu au culte, fut repris en 1874 par le directeur des Beaux -Arts, Philippe de Chennevières. « Je voudrais — déclarait-il dans son rapport du 6 mars — utiliser au décor d'un monument vraiment digne de ce nom, d'un monument vraiment national, le groupe qui nous reste de cette superbe armée (d'artistes). — La décoration du Panthéon doit former un vaste poème de peinture et de sculpture à la gloire de Sainte Geneviève, qui restera la figure la plus idéale des premiers temps de notre race, poème où la légende de la patronne de Paris se combinerait avec l'histoire généreuse des origines chrétiennes de la France, n

Baudry, Joseph Blanc, Bonnat, Cabanel , J.-P. Laurens, Henri Lévy, Meissonier furent désignés pour ce travail. Puvis de Chavannes, que Chennevières conservera la gloire d'avoir pressenti un des premiers, accepta avec joie, en mai 1874, r « offre du magnifique travail. »

L'exécution dura près de quatre ans, troublés par les justes inquiétudes de l'artiste. La situation politique était instable, la position du directeur très ébranlée. Le projet était attaqué à la fois par les radicaux, qui le trouvaient trop clérical, et par les cléricaux, comme insuffisamment religieux... « A chaque jour suffit sa peine — disait Puvis en poursuivant sa tâche — ; mettons des œillères et en avant I »

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