‹ Puvis de Chavannes, notices rédigéesChapitre 2 sur 51 · IL — PI ET A · texte numérisé non relu

IL — PI ET A

C'est par un début fort modeste que s'ouvre, au Salon de 1850, la carrière artistique de Pierre Puvis de Chavannes, — début en harmonie avec la vie la moins fertile en surprises merveilleuses et en anecdotes dramatiques, u la plus simple du monde », ainsi que le peintre lui-même s'est plu à le répéter avec ce bon sens narquois qui le défendait contre des admirateurs trop zélés.

Une certaine aisance, due à sa famille, lui avait permis d'obéir sans hâte à une vocation assez tardive. On sait qu'il passa vers 1847, à vingt-trois ans, par l'atelier d'Henri Scheffer, traversa ensuite celui de Delacroix et travailla trois mois chez Couture. Mais, sous aucun de ces maîtres, il ne fut tenté de devenir un de ces forts-en-thème qui, de médailles en prix et de prix en médailles, arrivent sans à-coups aux grades supérieurs de la profession. C'est un peu en amateur et en isolé qu'il se présen-

tait pour la première fois, à vingt-six ans, au Salon de 1850.

Dans la composition qui fut admise par le jury, la personnalité de Puvis de Chavannes est encore difficile à démêler. Son sens dramatique comme sa technique sont encore sous J'influence visible de Delacroix. Ce n'est point par hasard cependant que l'artiste s'était arrêté déjà à un sujet grave et touchant et qu'il se montrait moins soucieux de faire preuve d'habileté pittoresque que de provoquer une forte et noble émotion.

Son ingénuité n'avait au reste rien d'affecté et il a raconté lui-même, avec sa bonhomie accoutumée, qu'il eut l'occasion, dès le jour du vernissage, de constater son inexpérience, u Tant bien que mal — rappelait-il à M. Vachon — j'étais venu à bout d'une PiETA. Sur les genoux de la Vierge, le Christ mort; la Madeleine agenouillée tout auprès. Ravi d'avoir été reçu, je pars dès le matin, le jour de l'ouverture, pour me contempler dans mon œuvre. Arrivé devant ma toile, que vois-je ? Deux figures seulement au lieu de trois I Je m'approche étonné et je constate, avec désolation, que ma vierge drapée de violet se confondait avec le fond, qu'ingénument j'avais fait violàtre... Je compris désormais le poids d'un ton. C'est de ce jour-là seulement que je fus peintre. »

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