‹ Puvis de Chavannes, notices rédigéesChapitre 23 sur 51 · XXIV. — LA GRANDE SŒUR · texte numérisé non relu

XXIV. — LA GRANDE SŒUR

Ce qui triomphait à ce Salon de 1876, ce n'est pas seulement une certaine conception élevée du sujet et de la nature, c'est surtout une formule décorative.

Si l'habitude avait fait peu à peu l'éducation du public, il faut bien dire aussi que cette formule s'était progressivement perfectionnée et épurée. Paul Mantz, qui goûte pleinement à cette date ces formes simplifiées, cette harmonie de tons proportionnellement abaissés, n'a pas tort de dire que l'artiste est en progrès sur ses premières œuvres et qu'il arrive enfin à la réalisation complète de ses efforts.

Au Panthéon, ainsi que la remarquait Bonnin, tout imposait ce parti-pris. Pas de dorures éclatantes et de marbres précieux , comme dans l'Opéra récemment décoré par Baudry. C'est la pierre froide et nue qu'il s'agit d'animer et l'un des grands mérites de Pu vis est d'avoir su compter avec son cadre.

« Le souci de l'harmonie parfaite de sa peinture avec la pierre — raconte Chennevières — l'horreur de défoncer la muraille par quelque trou noir de son pinceau n'ont cessé de préoccuper Pu vis de Chavannes pendant tout le cours de son travail. Jamais je ne l'ai vu entrer dans le Panthéon, pendant qu'il exécutait ses toiles dans son grand atelier de Neuilly, sans qu'il s'assurât du ton de

la pierre par la comparaison avec un petit carnet qu'il portait dans sa poche. J'ai ouï dire qu'un jour, comme on lui racontait qu'un de ses collègues avait déclaré que quant à lui il ne s'occuperait que de peindre à sa manière et qu'il se /... de la muraille, — S'il se f... de la muraille, repartit énergiquement Puvis de Chavannes, la muraille le vomira î »

Peut-être ne verra-t-on pas tout d'abord ce que la Grande Sceur, de notre planche ci-contre, vient faire au Panthéon. Ce petit groupe, bien plus ancien en effet, a pourtant été introduit par l'artiste dans sa Rencontre de Sainte Geneviève. Rien ne serait plus instructif que de pouvoir en rapprocher aussi toute la série d'études et de croquis (voir notamment au Musée d'Amiens) qui relient notre petite toile à la composition définitive. Ce ne sont pas seulement le costume et la couleur qui se modifient graduellement pour prendre leur place dans l'ensemble de l'œuvre. Au fur et à mesure des recherches, c'est le poids du marmot qui se fait plus lourd; sa tête retombe dans un geste plus confiant; il se pelotonne davantage dans les bras de la petite mère qui serre le précieux fardeau avec plus de tendresse discrète. Puvis, certes, est aux antipodes des naturalistes qui introduisent toutes vives dans leurs tableaux leurs études d'après nature, mais on voit qu'il ne se vante pas quand il dit avoir pris à la nature le meilleur de son inspiration.

XKiv. — La Grande Sœur

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