SAINTE GENEVIÈVE
Un quatrième panneau, qui se juxtapose aux précédents, forme une composition indépendante : « Dès son âge le plus tendre — dit l'inscription — Sainte Geneviève donna les marques d'une piété ardente. Sans cesse en prière, elle était un sujet de surprise et d'admiration pour tous ceux qui la voyaient. »
Ce panneau figurait — entièrement terminé — au Salon de 1876.
(( Rien de plus simple — constatait Paul Mantz, — une prairie fraîche comme les premières verdures d'avril; plus loin, quelques arbres au pied desquels Geneviève, encore enfant, s'agenouille dans les ferveurs de sa foi instinctive ; sur le devant, deux figures, un laboureur et sa femme, robustes paysans, qui admirent les effusions de ce petit cœur tout plein de Dieu. Cette scène naïve dans ce paysage clair, c'est comme une idylle antique, avec la prière en plus, ou, pour mieux dire, c'est le printemps de la dévotion. »
« La conception de l'ceuvre — accorde Bonnin —
est en accord parfait avec le sentiment qui l'a inspirée et qu'elle devait produire... Mais si l'on va plus avant dans l'examen de son tableau, si l'on veut en aborder l'analyse, on peut relever, à côté de ces qualités évidentes, des défauts moins frappants. Tout d'abord, la perspective du paysage semble un peu trop montante et cet effet est produit par la disproportion du berger placé au troisième plan. Cette figure est gigantesque, et sa grande taille, qui contredit l'idée de l'éloignement, rapproche le plan sur lequel elle est posée et le fait subitement remonter vers le haut du cadre. La figure agenouillée de la Sainte offre un mouvement de ferveur plein d'élan, mais qui est indiqué avec une simplicité de lignes excessive. Il faut également reprocher au peintre de l'avoir revêtue d'un costume un peu trop sommaire. Cette robe de lin blanc, qui l'enveloppe du cou au talon, est absolument rudimentaire et fait songer à la draperie de la triste Espérance dont M. Puvis de Chavannes exposait la inaigre image au Salon de 1872. Le groupe du premier plan est la meilleure partie du tableau. Dessiné avec la simplicité habituelle à l'auteur, il présente une certaine largeur de contours, empreinte de naïveté et de force, et un caractère rustique très heureusement accentué... Le sentiment de la vérité, de la nature, est très frappant et il concourt à créer un style qui n'a rien de convenu ni de banal, en un mot rien d'appris par cœur, et qui résulte d'une interprétation bien personnelle du modèle. »