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S'EXERÇANT A LA LANCE

La partie principale de la décoration de l'escalier, au Musée d'Amiens, restait encore à exécuter. Un grand mur nu, le plus accessible au regard, s'étendait en face de l'AvE Picardia Nutrix, entre le Repos et le Travail. La municipalité était bien désireuse de voir Puvis terminer son œuvre, mais l'État lui refusa son concours.

L'artiste dut entreprendre alors à ses risques et périls le carton de sa future composition. Il l'exposa en 1880.

Le Salon qui comprend une œuvre aussi admirable, s'écria Chennevières , « ne sera jamais le premier Salon venu. L'artiste qui a conçu, dans le déroulement de cette composition immense , le poème entier de la Picardie primitive, avec ses bosquets espacés et les vastes solitudes de ses tourbières, avec ses groupes superbes de jeunes lanceurs de piques, aussi élégants dans leurs nobles attitudes que des athlètes de la Grèce antique, avec ses vieux

chasseurs de cygnes et de hérons à la mine sauvage comme leur gibier, avec ses autres groupes de belles filles et d'enfants se délassant des soins rustiques près des huttes de la tribu, l'artiste qui exprime les choses de la vie idéale avec cette simplicité grandiose et cette observation instinctive et profondément juste de la nature en ce qu'elle a d'essentiel dans les gestes et dans les habitudes humaines, est vraiment un homme des grandes époques, et de ce qu'on dit qui lui manque je me moque, car s'il me montrait les roueries vulgaires que les pédants regrettent, il ne serait pas l'abstracteur de poésie suprême, l'étonnant géorgique, si harmonieux en sa mâle sobriété, qui me charme jusqu'au fond du cœur. Et dire qu'un tel homme, de valeur si extraordinaire, parce qu'il est lui-même et vit sur les hauteurs, en est réduit, pour occuper dans sa pleine maturité les loisirs qui lui sont faits, après ses vastes et admirables compositions du Musée d'Amiens, après celles de l'escalier du Musée de Marseille, après la muraille de la basilique Sainte - Geneviève , acclamée par tous les artistes, en est réduit à se commander à lui-même ces Lanceurs de Piques, destinés dans sa pensée à compléter sa décoration de l'escalier d'Amiens I La France compte-t-elle donc tant de Puvis de Chavannes I Et le Louvre n'a-t-il donc plus d'escaliers monumentaux, et l'Hôtel de Ville n'en a-t-il donc pas prévus, pour lesquels ce serait une fortune rare de se prêter aux combinaisons de cet incomparable décorateur? »

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