XXXVII. — INSPIRATION CHRÉTIENNE
« Sous les arceaux d'un cloître roman — explique M. Ponsonailhe en 1886 — M. Puvis de Chavannes a tracé l'antithèse de la Vision Antique : 1' Inspiration Chrétienne, cette autre source de l'art moderne, de l'art de tous les temps au point de vue du sentiment. Les derniers feux du jour rosissent les portiques dont un moine peintre décore les murs. Nous apercevons déjà certains fragments achevés de son œuvre pieuse. Voici un Christ au Jardin des Olives... repoussant d'une main soumise le calice de fiel apporté par trois chérubins ; à côté, le commencement d'une procession lente de bienheureux et de saintes nimbées d'or... Au pied de l'échelle qui conduit aux échafaudages, le peintre religieux s'avance, le pinceau en main, l'œil perdu dans son rêve... Quelques clercs, quelques laïcs ont obtenu d'être ses élèves... Au premier plan, un gracieux êphèbe cherche quelques dessins au fond d'un carton. Il est auprès d'un banc sur lequel fleurit un lis, la fleur emblématique des jardins de Sâron, dont Dieu lui-même tisse les blancs pétales... Du côté opposé du tableau sont trois religieux en robe blanche et capuchon de laine noire... Le fond de la toile se compose d'une cour dont le portail s'est entr'ouvert devant quelques malheureux : Un vieillard voit ses plaies pansées par un religieux... ; une femme reçoit une
aumône et un enfant repose dans les bras d'un m oin e . . .
(( Le mur du cloître n'est pas si haut qu'on n 'aperçoive un coin de la nature extérieure. Mais cette échappée sur le monde n'est pas faite pour arrêter sur les lèvres la psalmodie des prières. Un champ des morts, triste et austère, gravit le flanc d'une colline. Quelques cyprès y dressent leur quenouille d'un vert immuable. Au delà des monts arides et tout en haut..., un ciel d'une verdeur maladive qu'argenté le pâle croissant de la lune. Ainsi rien ne viendra troubler dans le pieux monastère cette paix de l'âme qu'ont recherchée ses hôtes, cet oubli du passé, cette contemplation de l'avenir, qui est le but de la vie monacale. Que le regard du peintre se détache de sa vision intérieure. .. , qu'il considère la campagne, et ses cyprès droits comme les chandeliers mystiques de l'autel le feront songer à la tombe qui est à leurs pieds... »
Parmi les personnages principaux, dont nous avons dû abréger beaucoup la description, signalons l'élève appuyé au mur, à qui Puvis a donné les traits de son compatriote Flandrin .
La réplique réduite, reproduite ici, a été exécutée comme beaucoup d'œuvres analogues, à la demande de M. Durand-Ruel. Une petite esquisse antérieure, conservée aujourd'hui par M. Paul Baudouin, mériterait d'être connue autant que l'œuvre définitive, dont elle contient par avance toute la délicate sensibilité de vision et de sentiment.