‹ Puvis de Chavannes, notices rédigéesChapitre 36 sur 51 · XXXVIII. — LE RHONE ET LA SAONE · texte numérisé non relu

XXXVIII. — LE RHONE ET LA SAONE

Exposée avec les deux panneaux précédents au Salon de 1886, cette composition encadre aujourd'hui la porte d'entrée des galeries des Beaux- Arts, au Musée de Lyon.

« Elle représente — nous dit Alfred de Lostalot — le confluent du Rhône et de la Saône dans un paysage idéal, d'un caractère français très marqué et d'un charme auquel personne ne résiste. Deux figures nues, aux formes substantielles cette fois et approchant la vérité naturelle, occupent les premiers plans : ce sont les figures allégoriques du Rhône et de la Saône, mais le livret nous apprend qu'il faut y voir aussi le symbole de la Force prête à s'unir à la Grâce. Nous n'y contredisons pas. »

Ainsi que le remarquait A. de Lostalot, l'œuvre a un parfum de nature plus accentué que de coutume. Le paysage, en particulier, est un des premiers qui puisse être situé avec quelque précision. C'est que Pu vis a aimé avec passioti ce Rhône, « qui se teinte des brumes argentées du ciel lyonnais, gaze légère, transparente, voilant, sans la cacher, la froide beauté de la mystique et industrieuse cité h.

M. Vachon, à qui nous empruntons cette phrase, cite quelques lignes de l'artiste pleines de cet amour du pays natal : » Je pense souvent à notre grand Rhône — écrivait le maître à un ami, — que de fois j'aurais pris le train pour aller me retremper un peu dans ses grands horizons ; mais c'est un rêve, comme tant d'autres! »

Quand il allait à Lyon, Puvis ne manquait pas de diriger sa promenade vers les rives du fleuve. Un jour qu'il avait entraîné avec lui deux de ses élèves, raconte Arsène Alexandre, « voilà pourtant, dit-il, après un silence et une contemplation qui auraient pu faire croire qu'il suivait quelque vision épique, voilà pourtant l'endroit où j'ai fait, étant collégien, de bien beaux ricochets dans l'eau I Ah I mes pauvres enfants, je ne sais pas si maintenant je réussirais aussi bien... Là-dessus il se baisse, ramasse des cailloux plats, et du bras le plus vigoureux il commence une série de ricochets magnifiques. On regarde ce monsieur, avec sa rosette de la Légion d'honneur, qui jette des pierres dans l'eau. Des passants s'ébahissent. Des gamins s'attroupent, qui jugent les coups en connaisseurs. Chavannes était content comme un Dieu ».

L'anecdote ne se prétend pas indispensable à la compréhension des peintures de Lyon , mais quelques ricochets sont bien permis — c'est Puvis qui nous l'apprend — même dans les parages du Bois Sacré.

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